SACRIFICE SANGLANT

C’est par du sang que tous les jalons du progrès humain ont été marqués jusqu’ici, et il en sera ainsi jusqu’à ce que toute la matière soit rachetée. Un grand nombre de gens ont essayé d’interpréter la déclaration imputée à l’apôtre Paul à l’effet que « sans effusion de sang, il ne peut y avoir de rémission des péchés1 ». Des déclarations semblables ou identiques ont été faites par des instructeurs Initiés dans la première moitié de toutes les périodes raciales depuis que l’homme est devenu un être conscient et responsable, et ils l’ont fait pour exprimer la nécessité du sacrifice rédempteur lorsqu’on a enfreint une loi. Ces déclarations ont généralement été produites suite au sacrifice de la vie d’un Grand Instructeur ou dirigeant. Toutefois, on a rarement compris qu’elles pouvaient plus particulièrement référer à un état de la nature – l’action d’une loi universelle.

Le sang est le véhicule du Prana, la force de vie matérielle, que cette force circule dans des veines humaines ou animales, dans la sève d’un arbre ou dans les molécules d’une pierre. Lorsque les anciens ont utilisé le terme « sacrifice sanglant » pour désigner la rédemption d’une race ou d’un monde du pouvoir du mal, cette expression avait un sens générique, et incluait tous les contenants et transmetteurs de force de vie, dans leur forme ou dans leur nature, que l’on pouvait forcer à rendre cette force de vie au cours d’un rituel sacrificiel.

On pense généralement que la loi du karma s’applique uniquement aux êtres conscients, mais c’est une erreur, parce que son action est tout aussi certaine, quoique ni aussi radicale ni aussi prononcée, dans le cas de toute molécule de matière vivante que dans le cas de l’homme.

Toute molécule de matière vivante contient une âme embryonnaire – rudimentaire – qui est en route vers l’existence consciente, et est par conséquent sujette aux lois qui gouvernent toute les formes conscientes de vie – les lois du karma, de la réincarnation et du progrès éternel.

Aucune race ou royaume de choses ou d’êtres vivants, que ce soit dans le royaume humain, animal, végétal, ou minéral, ne peut s’élever d’un degré dans l’échelle de l’évolution à la fin d’une période raciale, tant qu’elle n’a pas racheté sa dette raciale par une effusion de sang. Cela signifie qu’elle doit céder une partie de ses enveloppes corporelles, afin que la valeur des expériences qu’ont vécues les molécules constituantes de ces enveloppes soit imprimée sur elles par un contact avec les forces spirituelles de vie d’un plan supérieur de l’existence, et qu’elles puissent recevoir ainsi une poussée vers une activité plus élevée lorsqu’elles feront de nouveau partie d’un corps physique. Ces vies élémentales inférieures doivent être libérées de la compression et de l’emprisonnement dans la forme avant de recevoir cet élan spirituel, tout comme l’âme de l’homme doit être libérée de la forme physique, soit par la concentration, le sommeil ou la mort, pour communiquer avec les forces ou les êtres spirituels d’un niveau de conscience plus élevé, et pour recevoir la poussée qui lui permettra de poursuivre sa croissance.

Il s’agit de l’un des grands mystères de la vie que la science rejette parce qu’elle ne peut pas le prouver, mais qui se trouve néanmoins à la racine même de l’évolution. Lorsqu’on accepte cette vérité, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi ce n’est que la chose morte, que ce soit un monde mort, un gouvernement mort ou une entreprise morte, qui peut rester immobile. Aussi longtemps que l’un d’entre eux est vivant, le changement organique est inévitable. Le changement dépend du mouvement, et tout mouvement est activé par des entités spirituelles.

L’homme qui quitte une forme de vie établie afin de réaliser un idéal doit payer le prix de son départ, et il le paie en abandonnant une partie ou une forme de sa vie, que ce soit littéralement son sang, ou une catégorie plus élevée des transmetteurs de vie qui se trouvent incarnés dans son esprit ou son âme. Ceux qui viendront après lui profiteront de son sacrifice dans la mesure où il a lui-même profité du sacrifice des autres. Mais lui, c’est-à-dire l’Ego, l’homme réel, reviendra dans la vie consciente pour partager le succès qu’il a aidé à créer par son sacrifice.

Il est possible qu’une famille, une tribu, une association ou un gouvernement se soit élevé en beauté, en force et en puissance, et finisse tout simplement par disparaître comme groupe, pour laisser la place, à une autre époque, à une forme supérieure de vie de groupe. Mais l’Ego qui a présidé au premier sacrifice fait pour atteindre la condition idéale partagera les avantages et les sacrifices futurs du groupe avec lequel il était lié.

Chaque fois que vous voyez un homme s’élever à la hauteur d’un grand sacrifice, vous pouvez être certain qu’il a déjà fait auparavant un nombre incalculable de petits sacrifices, tout comme vous pouvez être certain qu’il recevra bientôt les avantages qu’il a gagnés ainsi, parce que la justice règne dans l’univers. S’il désire atteindre les hauteurs, l’homme doit construire son échelle barreau par barreau.

Le spectateur peut trouver pitoyable qu’on fasse constamment tant de sacrifices qui semblent inutiles. Il semble très malheureux que le destructeur doive inévitablement venir annuler les fruits d’un grand travail et de sacrifices sans limites, mais les forces élémentaires, les vies inférieures qui constituent les hôtes des destructeurs, que leur travail soit fait en poussant la haine ou d’autres passions humaines à commettre des actes destructeurs, ou par les grandes tempêtes et les grands bouleversements de la Terre, ou par d’autres méthodes de destruction de la nature – ces hôtes élémentaires font le travail pour lequel ils ont été créés, et ce sont des agents de la loi karmique en route vers des formes supérieures de développement.

Les grands idéaux des dieux et des hommes sont seuls éternels, tout le reste est changement, tout le reste est sacrifice. En conséquence, « ne vous attachez pas aux fruits de vos actions2 ». Vivez bien aujourd’hui, et demain sera heureux. Vivez mal aujourd’hui, et demain vous apportera certainement le remords et le découragement. Ne comptez pas que les sacrifices que votre frère a faits aujourd’hui vous procureront un avantage personnel plus tard, parce que seuls vos propres sacrifices peuvent vous apporter une réalisation personnelle. Vous partagerez les résultats du sacrifice qu’a fait votre frère de sa force de vie dans la mesure où vous l’aurez aidé dans ses difficultés, et donc que vous aurez répandu en même temps que lui votre propre sang – votre propre force de vie, – que ce soit le sang de votre âme ou celui de votre corps.

Souvenez-vous que le sacrifice est la loi de toute vie et de tout progrès. Sans sacrifice, il n’y a pas de rémission des péchés, pas d’effacement du mal, de l’inharmonie, de la mort. L’affirmation que le sang d’un frère crie vengeance depuis la tombe est généralement considérée comme une expression figurée, mais pour un psychique avancé, il s’agit d’un fait réel. En effet, lorsque le sang coule d’un corps animal ou humain, il se produit une réunion prématurée, un mélange prématuré des élémentaux de la terre et du feu qui ont fourni les premiers éléments matériels du sang. En conséquence, ces élémentaux demandent à la loi universelle le paiement de la dette contractée par celui qui a fait avancer le moment où ils auraient été libérés par la loi naturelle et auraient eu l’occasion d’obtenir l’impulsion vers un niveau supérieur. En effet, la loi décrète que les âmes des mortels qui meurent d’une mort violente doivent demeurer dans le Kama Loka jusqu’au jour prévu pour leur mort, et à ce moment-là, ils sont relâchés dans le Dévachan, où ils peuvent recevoir l’impulsion supérieure, l’impulsion spirituelle. Cette même loi agit de la même façon dans le cas des vies inférieures qui constituent le corps physique de l’homme. En fait, c’est principalement le mépris de cette loi qui a entraîné le confinement de l’âme dans le Kama Loka, durant la période que j’ai mentionnée, dans le cas de ceux qui meurent d’une mort violente. Une mort violente est une mort non naturelle, et il n’y a pas moyen de forcer la nature.

Les conditions de vie des élémentaux du sang qui est versé dans un acte de violence sont comparables à celles du Kama Loka, où tout est confusion et changement intermittent, c’est-à-dire de la souffrance à divers degrés.

1 – N.D.É. Épîtres de Paul, Hébreux 9 22.

2 – N.D.É. Bhagavad Gîta (passim).

HILARION - Temple 1 - Leçon 135
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