REALITES ET ILLUSIONS – Partie 8

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS

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« On connaît l’arbre à ses fruits ». Côte à côte avec les médiums passifs apparaissent, dans l’histoire du monde, les médiateurs actifs. Faute d’une meilleure, nous les désignons par cette qualification. Les anciens sorciers et enchanteurs, et ceux qui avaient un « esprit familier » faisaient généralement commerce de leur faculté ; et la femme fétiche d’En-d’Or si bien dépeinte par Henry More, quoiqu’elle puisse avoir tué son veau pour Saül, n’en accepta pas moins un salaire d’autres visiteurs. En Inde, les jongleurs qui, soit dit en passant, le sont moins que beaucoup de médiums modernes, et les Essaoua ou sorciers et charmeurs de serpents d’Asie et d’Afrique, tous exercent leurs talents pour de l’argent. Il n’en est pas ainsi des médiateurs ou des hiérophantes. Le Bouddha était mendiant, et refusa le trône de son père. Le « Fils de l’Homme n’avait pas un lieu où reposer sa tête » ; les apôtres choisis n’avaient « ni or, ni argent, ni monnaie de billon dans leurs bourses ». Apollonius donna la moitié de sa fortune à ses proches, et l’autre moitié aux pauvres ; Jamblique et Plotin étaient renommés pour leur charité et leur abnégation ; les fakirs ou saints mendiants de l’Inde sont fidèlement dépeints par Jacolliot ; les Esséniens Pythagoriciens et les Thérapeutes croyaient souiller leurs mains par le contact de l’argent. Lorsqu’on offrit de l’argent aux apôtres pour qu’ils communiquassent leurs pouvoirs spirituels, Pierre(), bien que la Bible le représente comme un lâche, trois fois renégat, repoussa néanmoins avec indignation cette offre en disant : « Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé que les dons de Dieu pouvaient être achetés (346) ». Ces hommes étaient les médiateurs, guidés simplement par leur esprit personnel, ou âme divine, et se servant du concours des esprits seulement tant que ceux-ci restaient dans le bon chemin.

Loin de nous la pensée de flétrir les médiums à phénomènes physiques. Harcelés par des intelligences diverses, subjugués par une influence prédominante, à laquelle leurs natures faibles et nerveuses sont incapables de résister, à un état morbide, qui finit par devenir chronique, ils sont empêchés par ces « influences » d’entreprendre d’autres occupations. Ils deviennent mentalement et physiquement impropres à autre chose. Qui pourrait les juger sévèrement, lorsque poussés à la dernière extrémité, ils sont obligés d’accepter la médiumnité comme un métier ? Et le Ciel sait, ainsi que de récents événements l’ont trop bien démontré, si cette vocation est de nature à être enviée par qui que ce soit ! Ce ne sont pas les véritables médiums loyaux et honnêtes que nous avons jamais blâmés, mais leurs patrons, les spirites.

Sollicité d’assister au culte public des dieux, Plotin répondit fièrement : « C’est à eux (aux esprits) à venir à moi (347) ». Jamblique affirmait et prouvait par son propre exemple que notre âme peut s’élever à la communion avec les intelligences les plus hautes, avec « les natures plus élevées que la sienne », et il écartait soigneusement de ses cérémonies théurgiques (348) tout esprit inférieur, ou mauvais démon, qu’il apprenait à ses disciples à reconnaître. Proclus, qui « élabora la théosophie entière et la théurgie de ses prédécesseurs en un système complet, suivant le professeur Wilder (349b), croyait avec Jamblique à la possibilité d’atteindre à une puissance divine qui, triomphant de la vie mondaine, faisait de l’individu un organe de la Divinité ». Il enseignait même qu’il y avait « un mot de passe mystique qui transporterait une personne d’un ordre d’ores spirituels à un autre, de plus en plus haut, jusqu’à atteindre l’absolu divin ». Apollonius méprisait les sorciers et les « vulgaires diseurs de bonne aventure », et déclarait que c’était son genre particulier « de vie régulière et sobre qui produisait cette acuité des sens et créait les autres facultés, de sorte que l’on pouvait ainsi produire les choses les plus grandes et les plus remarquables ». Jésus proclamait l’homme le seigneur du sabbat, et à son ordre les esprits terrestres et élémentaires fuyaient de leurs séjours temporaires ; puissance qui était partagée par Apollonius, et par nombre de membres de la Confrérie des Esséniens de la Judée et du Mont Carmel.

Il a dû y avoir incontestablement de bonnes raisons pourquoi les anciens persécutaient les médiums qui n’avaient point de règle. Sans cela, pourquoi du temps de Moise, de David() et de Samuel(), aurait-on encouragé le don de prophétie et de divination, l’astrologie et l’art de prédire l’avenir, entretenu des écoles et collèges dans lesquels ces dons naturels étaient renforcés et développés, tandis que les sorcières et ceux qui faisaient de la divination par l’esprit d’Ob étaient mis à mort ? Même au temps du Christ, les pauvres médiums opprimés étaient chassés vers les tombeaux et les endroits déserts, hors des murs. Pourquoi cette injustice grossière en apparence ? Pourquoi le bannissement, la persécution et la mort auraient-ils été le partage des médiums physiques de ces temps-là, tandis que des communautés entières de thaumaturges, tels que les Esséniens, étaient non seulement tolérées mais révérées ? C’est parce que, bien différents de nous, les anciens pouvaient « éprouver » les esprits, et discerner la différence qu’il y avait entre les bons et les mauvais, les humains et les élémentaux. Ils savaient aussi que le commerce sans règle des esprits était une cause de ruine morale pour les individus, et de désastres pour la communauté.

Cette manière de voir la médiumnité est peut-être nouvelle et même antipathique pour un grand nombre de spirites ; mais c’est pourtant l’opinion enseignée dans l’ancienne philosophie, et démontrée de temps immémorial par l’expérience du genre humain.

C’est une erreur de dire qu’un médium a des pouvoirs développés ; un médium passif n’a pas de pouvoirs. Il réunit certaines conditions morales et physiques qui produisent des émanations ou une aura, dans laquelle les intelligences qui le guident peuvent vivre, et au moyen de laquelle elles peuvent se manifester. Il est tout simplement le véhicule grâce auquel elles exercent leur pouvoir. Cette atmosphère varie tous les jours et, même, d’après les expériences de M. Crookes, d’une heure à l’autre. C’est un effet extérieur résultant de causes internes. L’état moral du médium détermine le genre d’esprits qui viennent ; et ces esprits influencent réciproquement le médium au point de vue intellectuel, physique et moral. La perfection de sa médiumnité est en raison directe de sa passivité, et le danger qu’il court est au même degré. Lorsque le médium est complètement « développé », parfaitement passif, son propre esprit astral peut être engourdi et même poussé hors du corps qui est alors occupé par un élémental, ou ce qui est pire, par un monstre humain de la huitième sphère, qui s’en sert comme de son propre corps. Trop souvent, hélas, la cause des crimes les plus fameux doit être cherchée dans ce genre de possession.

La médiumnité physique dépendant de la passivité, son antidote est tout indiqué ; le médium doit cesser d’être passif. Les esprits ne dominent jamais les personnes d’un caractère positif, déterminées à résister à toute influence étrangère. Ils entraînent au vice les faibles d’esprit ou de cœur, dont ils peuvent faire leur victime. Si ces esprits élémentaux et ces diables désincarnés nommés esprits élémentaires, faiseurs de miracles, étaient véritablement les anges gardiens qu’on a voulu faire croire pendant ces trente dernières années, pourquoi n’ont-ils pas donné, au moins à leurs fidèles médiums, une bonne santé et le bonheur domestique ? Pourquoi les abandonnent-ils au moment le plus critique de l’épreuve, lorsqu’on les accuse de fraude ? Il est de notoriété publique que les meilleurs médiums physiques sont ou maladifs, ou quelquefois, ce qui est pis encore, portés à quelque vice anormal. Pourquoi ces « guides » guérisseurs qui font jouer à leurs médiums le rôle de thérapeutes et de thaumaturges à l’égard des autres, ne leur font-ils pas don d’une vigueur physique robuste ? Les anciens thaumaturges et les apôtres, en général, sinon invariablement, jouissaient d’une bonne santé ; leur magnétisme n’apportait jamais au malade une tare morale ou physique quelconque ; et jamais ils ne furent accusés de VAMPIRISME, inculpation qu’un journal spirite formule très justement à l’égard de quelques médiums guérisseurs (350).

Si nous appliquons la loi ci-dessus de la médiumnité et de la médiation à la question de la lévitation, avec laquelle nous avons ouvert notre présente discussion, que trouverons-nous ? Voici un médium et un sujet appartenant à la classe des médiateurs enlevés en l’air, le premier dans une séance, le second pendant une prière, ou dans une contemplation extatique. Le médium étant passif doit être soulevé, l’extatique étant actif doit s’enlever lui-même. Le premier est élevé par ses esprits familiers, quels qu’ils soient ou quoi qu’ils soient et l’autre par la puissance des aspirations de son âme. Peut-on les qualifier tous deux indistinctement, du nom de médiums ?

On pourrait néanmoins nous objecter que les mêmes phénomènes sont produits tant en présence d’un médium moderne, qu’en celle d’un saint de l’antiquité. Sans doute ; et il en était ainsi du temps de Moise ; car nous croyons que le prétendu triomphe de ce dernier sur les magiciens de Pharaon, proclamé dans l‘Exode, est tout simplement une fanfaronnade nationale de la part du « peuple élu (351) ». Le plus probable, c’est que le pouvoir qui produisit les phénomènes de Moise produisit également ceux des magiciens qui, d’ailleurs, avaient été les premiers maîtres du législateur Hébreu, et lui avaient enseigné leur « sagesse ». Mais même à cette époque, l’on paraît avoir bien apprécié la différence entre des phénomènes en apparence identiques. La divinité tutélaire nationale des Hébreux (qui n’est pas le Père Très-Haut (352)), défend formellement dans le Deuteronome (chap. XVIII) à son peuple, d’apprendre à pratiquer les abominations des autres nations… de passer dans le feu, ou de faire usage de la divination, d’étudier l’astrologie, ou l’art des enchanteurs, des sorcières, de ceux qui consultent des esprits familiers, ou des nécromants.

Quelle différence y avait-il donc entre tous les phénomènes que nous venons d’énumérer, produits par « les autres nations » et ces mêmes phénomènes accomplis par les prophètes ? Evidemment on en faisait une, et elle était basée sur quelque bonne raison ; et nous la trouvons dans la Première Epître de saint Jean() (IV) qui dit : « Ne croyez pas à tous les esprits, mais éprouvez-les pour savoir s’ils viennent de Dieu, parce que beaucoup de faux prophètes se sont introduits dans le monde« .

L’unique étalon à la portée des spirites et des médiums de notre temps pour éprouver les esprits consiste à les juger : 1° suivant leurs actes et leurs discours ; 2° par leur promptitude à se manifester ; et 3° par l’objet en vue, s’il est digne ou non de l’apparition d’un « esprit désincarné », ou s’il est de nature à excuser celui, quel qu’il soit, qui vient ainsi déranger les morts. Saul() était sur le point de périr, lui et ses enfants, et cependant Samuel() lui demande : « Pourquoi m’as-tu troublé en me faisant monter (353) ? ». Mais les « intelligences » qui visitent les salles de séances accourent au premier signal du premier farceur venu, qui cherche à se distraire un moment.

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