Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS
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Dans les cas de la plus profonde clairvoyance cataleptique, tels que ceux obtenus par le baron du Potet, et décrits très minutieusement par feu le professeur Villiam Gregory, dans ses Letters… on Animal Magnetism, l’esprit est tellement dégagé du corps, qu’il lui serait impossible d’y rentrer sans un effort du magnétiseur. Le sujet est pratiquement mort, et s’il était abandonné à lui-même, l’esprit s’échapperait pour toujours. Bien qu’indépendant de l’enveloppe physique endormie, l’esprit, à demi-affranchi, est encore lié à celle-ci par un cordon magnétique, que les clairvoyants décrivent comme ayant un aspect sombre et nébuleux, par contraste avec l’ineffable clarté de l’atmosphère astrale dans laquelle plongent leurs regards. Plutarque racontant l’histoire de Thespesius (341b), qui tomba d’une grande hauteur, et resta trois jours avec toutes les apparences de la mort nous fait connaître les sensations éprouvées par lui dans cet état de mort partielle. « Thespesius », dit-il, « remarqua alors qu’il était différent des morts dont il était environné… Ils étaient transparents et enveloppés d’un rayonnement, mais il paraissait lui-même traîner avec lui un rayon sombre, ou une ligne d’ombre« . Toute sa description, très circonstanciée dans les détails, parait confirmée par les clairvoyants de toutes les époques, et, en tant que ce genre de témoignage peut être admis, cela a une certaine importance. Suivant l’interprétation donnée de leur doctrine par Eliphas Levi, dans la Science des Esprits, les cabalistes prétendent que, lorsqu’un homme tombe dans son dernier sommeil, il est plongé d’abord dans une sorte de rêve, avant de reprendre conscience de l’autre côté de la vie. Il voit alors, soit une vision belle, soit un terrible cauchemar, le paradis ou l’enfer, auxquels il croyait pendant son existence physique. C’est pour cela qu’il arrive souvent que l’âme effrayée revient violemment dans la vie terrestre qu’elle vient de quitter, et que quelques-uns qui étaient réellement morts, c’est-à-dire qui, s’ils eussent été laissés tranquilles abandonnés à eux-mêmes, auraient paisiblement passé pour toujours dans cet état de léthargie inconsciente, s’ils étaient enterrés prématurément, se réveillaient à la vie dans le tombeau (342) ».
À ce propos, le lecteur se rappellera peut-être le cas bien connu du vieillard qui avait légué, par son testament, quelques généreux dons à ses nièces orphelines ; au moment de sa mort, il avait confié ce document à son fils qui était riche, en lui enjoignant d’exécuter ses volontés. Mais il y avait à peine quelques heures qu’il avait rendu le dernier soupir, que son fils déchira le testament et le brula. La vue de cet acte impie rappela, semble-t-il, l’esprit encore errant, et le vieillard, se dressant sur son lit de mort, prononça une terrible malédiction contre le misérable saisi d’horreur, et, retombant sur sa couche, rendit l’âme, cette fois pour toujours. Dion Boucicaut fait usage d’un incident de ce genre dans son puissant drame Louis XI ; et Charles Kean fit une profonde impression dans le rôle du monarque français, lorsque le mort ressuscite pour un instant, et saisit la couronne, au moment où l’héritier présomptif s’en approche.
Eliphas Levi dit que la ressuscitation n’est pas impossible tant que l’organisme vital n’est pas détruit, et que l’esprit astral est encore à portée. « La nature, dit-il, ne fait rien par soubresauts, par secousses, et la mort éternelle est toujours précédée d’un état qui tient un peu de la nature de la léthargie. C’est une torpeur qu’un choc puissant ou le magnétisme d’une volonté puissante sont capables de surmonter« . Il explique de cette façon la résurrection du mort jeté sur les ossements d’Elisée, en disant qu’à ce moment l’âme planait près du corps ; les personnes du cortège mortuaire, d’après la tradition, furent attaquées par des brigands ; et leur frayeur se communiquant par sympathie à cette âme, elle fut saisie d’horreur à l’idée de voir ses restes profanés, et « elle rentra violemment dans son corps pour le relever et le sauver ». Ceux qui croient à la survivance de l’âme ne voient rien dans cet incident qui ait un caractère surnaturel ; ce n’est qu’une manifestation parfaite de la loi naturelle. Raconter à un matérialiste un fait pareil, si bien prouvé soit-il, serait un discours inutile ; le théologien regardant toujours au-delà de la nature pour y trouver une providence spéciale, le considère comme un prodige. Eliphas Levi dit : « On attribua cette résurrection au contact des ossements d’Elisée ; et le culte des reliques date logiquement de cette époque (343) ».
Balfour Stewart a raison de dire que les savants « ne savent rien ou presque rien de la structure ultime et des propriétés de la matière organique ou inorganique » !
Nous sommes maintenant sur un terrain si solide que nous pouvons faire un nouveau pas en avant. La même connaissance et le même empire sur les forces occultes, y compris la force vitale qui permet au fakir de quitter temporairement son corps et d’y rentrer, et à Jésus, Apollonius et Elisée de rappeler leurs divers sujets à la vie, rendaient possible aux anciens hiérophantes d’animer les statues, et de les faire agir et parler comme des créatures vivantes. C’est cette même connaissance et ce même pouvoir qui rendit possible à Paracelse la création de ses homuncuti ; à Aaron de changer sa verge en serpent et en branche fleurie ; à Moise de couvrir l’Egypte de grenouilles et autres fléaux ; et au théurgiste égyptien de nos jours de vivifier sa mandragore pygmée, qui possède la vie physique, mais pas d’âme. Ce n’était pas plus étonnant pour Moïse, dans des conditions convenables, d’appeler à la vie de grands reptiles et des insectes, que pour nos physiciens modernes d’appeler à la vie, dans les mêmes conditions favorables, de plus petits auxquels ils donnent le nom de bactéries.
Et maintenant, par rapport aux faiseurs de miracles et aux prophètes de l’ancien temps, examinons les prétentions des médiums modernes. Nous constatons qu’ils prétendent reproduire aujourd’hui presque toutes les formes de phénomènes rapportées dans les histoires sacrées et profanes du monde. Choisissons dans le nombre des prétendues merveilles, la lévitation de lourds objets inanimés, ainsi que les corps humains, nous fixerons notre attention sur les conditions dans lesquelles le phénomène se manifeste. L’histoire cite les noms de théurgistes païens, de saints chrétiens, de fakirs hindous et de médiums spirites, qui ont été ainsi enlevés, et qui restaient suspendus en l’air, souvent pendant un temps considérable. Le phénomène n’a pas été limité à une contrée ou à une époque, mais presque invariablement les sujets ont été des extatiques religieux, des adeptes de la magie ou, comme aujourd’hui, des médiums spirites.
Nous considérons que ce fait est si bien établi qu’il n’est pas besoin maintenant d’un grand effort de notre part, pour prouver que les manifestations inconscientes de la puissance des esprits, de même que les exploits conscients de haute magie ont eu lieu dans tous les pays, dans tous les temps, et par des hiérophantes aussi bien que par des médiums irresponsables. Lorsque la civilisation européenne actuelle était encore à l’état d’embryon, la philosophie occulte déjà blanchie par l’âge spéculait sur les attributs de l’homme, par analogie avec ceux de son Créateur. Plus tard, des individus, dont les noms resteront à jamais immortels inscrits sur le portique de l’histoire spirituelle de l’humanité, ont fourni dans leur personne des exemples de l’étendue possible du développement des pouvoirs divins du microcosme. Le Professeur A. Wilder décrivant les Doctrines et les principaux maîtres de l’Ecole d’Alexandrie, dit : « Plotin enseignait qu’il existe dans l’âme une impulsion de retour, l’amour qui l’attire intérieurement vers son origine et son centre, le Bien éternel. Tandis que la personne qui ne comprend pas comment l’âme contient le Beau en elle, cherchera par de laborieux efforts à reconnaître la beauté au dehors, l’homme sage la reconnaît en lui-même, en développe l’idée en se retirant en lui-même, en y concentrant son attention, et en s’élançant ainsi vers la source divine, qui coule au-dedans de lui. Ce n’est pas par la raison que l’on acquiert la connaissance de l’Infini… mais au moyen d’une faculté supérieure à la raison, en entrant dans un état où l’individu cesse, pour ainsi dire, d’être fini, et où la divine essence lui est transmise. C’est l’état d’EXTASE… (344b) ».
Le Professeur fait la belle remarque suivante, au sujet d’Apollonius qui, en raison de sa vie sobre, affirmait qu’il pouvait voir « le présent et l’avenir dans un miroir clair ». « C’est ce que l’on pourrait appeler la photographie spirituelle. L’âme est la chambre noire, dans laquelle les faits et les événements futurs, passés et présents, sont fixés de la même manière ; et le mental en a conscience. Au-delà de notre monde journalier limité, tout est comme un jour ou un état, le passé et l’avenir sont compris dans le présent (345) ».
Ces hommes pareils à Dieu étaient-ils des « médiums », comme les spirites orthodoxes le pensent ? Nullement, si par cette expression nous entendons ces « sensitifs maladifs », qui naissent avec une organisation particulière, et qui, à mesure que leurs aptitudes se développent, deviennent de plus en plus sujets à l’irrésistible influence des esprits de diverses espèces purement humains, élémentaires ou élémentaux. Cela est incontestable, si nous envisageons chaque individu comme un médium, dans l’atmosphère magnétique duquel les habitants des sphères invisibles plus élevées peuvent se mouvoir, agir et vivre : Dans ce sens, tout le monde est médium. La médiumnité peut être ou : 1° développée spontanément ; 2° dépendre d’influences étrangères ; ou 3° conservée à l’état latent pendant toute la vie. Le lecteur doit tenir compte de la définition du terme, car, à moins de le comprendre clairement, la confusion sera inévitable. La médiumnité de ce genre peut être active ou passive, répulsive ou réceptive, positive ou négative. La médiumnité se mesure par la qualité de l’aura dont chaque individu est entouré. Elle peut être dense, brumeuse, malfaisante, méphitique, nauséabonde pour l’esprit pur, et n’attirer que ces êtres incomplets qui s’y plaisent, comme l’anguille dans les eaux vaseuses, ou bien elle peut être pure, cristalline, limpide et opaline comme la rose du matin. Tout dépend du caractère moral du médium.
Autour d’hommes tels qu’Apollonius, Jamblique, Plotin et Porphyre, se condensait ce nimbe céleste. Il était engendré par la puissance de leurs propres âmes en union étroite avec leurs esprits, et par la surhumaine moralité et sainteté de leur vie, et il était aidé par une fréquente contemplation extatique intérieure. Les influences pures et spirituelles pouvaient agir sur des hommes aussi saints. En faisant rayonner autour d’eux une atmosphère divine et bienfaisante, ils mettent en fuite les mauvais esprits. Non seulement, il est impossible à ces derniers d’exister dans leur aura, mais ils ne peuvent pas même rester dans celles des personnes obsédées, si le thaumaturge exerce sa volonté ou même s’approche d’elles. Cela, c’est la MEDIATION, et non pas la médiumnité. De telles personnes sont des temples dans lesquels réside l’esprit du Dieu vivant ; mais si le temple est souillé par l’admission d’une passion, d’une pensée ou d’un désir mauvais, le médiateur retombe dans la sphère de la sorcellerie. La porte est ouverte ; les esprits purs se retirent, et les mauvais y font irruption. C’est encore de la médiation, bien que mauvaise ; le sorcier, de même que le magicien pur, forme sa propre aura, et soumet à sa volonté les esprits inférieurs qui lui sont sympathiques.
Mais la médiumnité, telle qu’elle est comprise et se manifeste de nos jours est différente. Les circonstances indépendantes de sa propre volonté peuvent, soit au moment de la naissance, soit plus tard, modifier l’aura d’une personne, de façon à donner lieu à des manifestations étranges, physiques ou mentales, diaboliques ou angéliques. Ce genre de médiumnité, de même que la médiation dont nous venons de parler, a existé sur terre depuis l’apparition du premier homme. Celle-là est la soumission de la chair faible et mortelle à l’empire et aux suggestions d’esprits et d’intelligences autres que le daïmon immortel de la personne. C’est littéralement l’obsession et la possession ; et les médiums qui se vantent d’être les esclaves fidèles de leurs « guides », et qui repoussent avec indignation l’idée de « contrôler » les manifestations, ne peuvent pas contester le fait sans manquer de logique. Cette médiumnité est symbolisée dans l’histoire d’Eve succombant aux raisonnements du serpent, dans celle de Pandore regardant dans la boite interdite, et en laissant échapper dans le monde le chagrin et le mal ; et enfin dans celle de Marie-Madeleine qui, après avoir été obsédée par « sept diables », fut finalement rachetée par la lutte victorieuse de son esprit immortel touché par la présence d’un saint médiateur, contre l’obsesseur. Cette médiumnité, bienfaisante ou malfaisante, est toujours passive. Heureux sont ceux qui, purs de cœur, repoussent inconsciemment les sombres esprits du mal grâce à cette pureté de leur nature intérieure. Car ils n’ont aucune autre arme pour se défendre, sinon, cette bonté et cette pureté innées chez eux. La médiumnité, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, est un don plus indésirable que la robe de Nessus.
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