REALITES ET ILLUSIONS – Partie 4

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS

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De tels faits ne sont rien en comparaison de ce qu’accomplissent les jongleurs affirmés. « Faits qui pourraient être considérés comme de simples inventions, dit l’auteur ci-dessus cité, s’ils n’étaient rapportés que par un seul auteur, mais qui paraissent mériter une sérieuse attention, lorsqu’ils sont racontés par toute une série d’écrivains assurément indépendants les uns des autres, et écrivant à de longues distances et à de longs intervalles. Notre premier témoin est Ibn Batoutha, et il est nécessaire de le citer en entier aussi bien que les autres, afin de montrer jusqu’à quel point leurs témoignages concordent. Le voyageur arabe assistait à une grande représentation à la Cour du vice-roi de Khrausa… « Ce même soir, un jongleur, un des esclaves du Khan fit son apparition, et l’Emir lui dit : « Viens, et montre-nous quelques-uns de tes tours ». Là-dessus, il prit une bille de bois percée de plusieurs trous dans lesquels étaient passées de longues lanières, et tenant une de celles-ci, il lança la bille dans les airs. Elle s’y éleva si haut que nous la perdîmes entièrement de vue… (Nous étions au milieu de la cour du palais). Il ne restait plus qu’un petit bout d’une des lanières dans la main de l’escamoteur, et il demanda que l’un des garçons qui l’assistait le prît et y montât. Le garçon le fit et monta le long de la courroie si bien, qu’il eut vite disparu à nos regards. Le magicien l’appela alors par trois fois, mais n’en obtenant pas de réponse, il prît un couteau, comme s’il eut été dans un violent accès de colère, prit la lanière, et disparut à son tour. L’un après l’autre, il jeta à terre une des mains du jeune homme, puis un pied, ensuite l’autre main, après cela l’autre pied, le tronc, et enfin la tête ! Il redescendit alors lui-même, soufflant avec effort, et les vêtements tout ensanglantés, il se prosterna et baisa la terre en présence de l’Emir, en lui adressant quelques mots en chinois. L’Emir lui donna un ordre en réponse ; et l’homme prit les membres du gamin, les remit à leur place, et frappant la terre du pied, voilà que le garçon se relève et se plante droit devant nous ! Tout cela me surprit outre mesure, et j’eus des palpitations comme lorsque le Sultan de l’Inde me fit voir quelque chose du même genre. Mais l’on me donna un cordial qui me guérit et fit cesser l’attaque. Le Kaji Afkharuddin qui se trouvait auprès de moi me dit à voix basse : « Allah, je crois qu’il n’y a eu ni ascension, ni descente, ni mutilation, ni reboutage ! Tout cela, c’est un tour de passe-passe (315) ! ».

Et qui doute que ce ne soit un tour de passe-passe, une illusion, ou Mayta, comme le nomment les Hindous ? Mais lorsqu’une pareille illusion est imposée, pour ainsi dire, chez plusieurs milliers d’individus en même temps, comme nous l’avons vu, nous même, durant une fête publique, certainement les moyens à l’aide desquels cette étonnante hallucination est provoquée méritent l’attention de la Science ! Lorsque, par une magie pareille, un homme qui se tient devant vous, dans une chambre, dont vous avez vous-même fermé les portes et dont vous tenez les clés dans votre main, disparaît tout à coup, s’évanouit comme un éclair, et que vous ne le voyez nulle part, tout en entendant sa voix de divers côtés de la chambre, vous adressant la parole et riant de votre perplexité, assurément un tel art n’est pas indigne de M. Huxley ni du Dr Carpenter. Est-ce que cela ne vaut pas la peine que l’on consacre à son étude autant de temps qu’on en a mis à examiner un moindre mystère, pourquoi des coqs de ferme chantent à minuit.

Ce que Ibn Batoutha le Maure vit en Chine vers l’an 1348, le colonel Yule nous apprend qu’Edouard Melton, voyageur anglo-hollandais en fut témoin à Batavia vers l’année 1670. « Un individu de la même bande (de sorciers), dit Melton (316b), prit une petite pelote de corde, et en gardant le bout dans sa main, il lança la pelote avec une telle force en l’air, que l’autre extrémité fut bientôt hors de vue. Il grimpa alors le long de la corde avec une indescriptible rapidité… J’étais plein de surprise, ne concevant pas ce qui allait se produire lorsque voilà une jambe qui tombe d’en haut… Un moment après c’est le tour d’une main, etc… En résumé, tous les membres du corps tombèrent successivement et furent mis ensemble dans un panier. Le dernier fragment qui parut… fut la tête, et à peine avait-elle touché la terre, que l’homme qui le servait et qui avait ramassé les membres, les retourna sens dessus dessous, en renversant le panier. Aussitôt, nous vîmes de nos propres yeux ces membres ramper l’un vers l’autre, se rejoindre et, en un mot, reconstruire un homme complet, qui peut dès lors se redresser et agir comme auparavant, sans paraître sentir le moindre mal. Jamais, dans le cours de ma vie, je n’ai été aussi étonné… et je ne doutais plus que ces hommes égarés ne fissent ces choses avec le secours du Diable ».

Dans les mémoires de l’empereur Jehangire, les exercices de sept jongleurs ou sorciers du Bengale, qui opérèrent devant lui, sont décrits en ces termes : « Neuvième : ils présentèrent un homme dont ils détachèrent les membres l’un après l’autre, en finissant par séparer la tête du tronc. Ils éparpillèrent ces membres mutilés sur le sol et les y laissèrent pendant quelque temps. Ils étendirent ensuite un drap au-dessus d’eux, et l’un des hommes s’étant mis sous le drap, en ressortit au bout de quelques minutes, suivi de l’homme que l’on avait cru coupé en morceaux, en parfait état de santé, et sans aucune avarie… Vingt-troisième. Ils montrèrent une chaîne de cinquante coudées de longueur, et, en ma présence, ils en lancèrent un des bouts vers le ciel où elle demeura comme fixée à quelque chose en l’air. Un chien fut alors amené et placé au bas de la chaîne ; immédiatement il y grimpa, et, gagnant l’autre extrémité, il disparut dans les airs. De la même façon, un porc, une panthère, un lion et un tigre furent successivement envoyés en haut de la chaîne, et tous disparurent de même à l’extrémité supérieure. Enfin ils firent retomber la chaîne qu’ils remirent dans le sac sans que personne ait pu découvrir de quelle manière ces différents animaux avaient pu ainsi disparaître mystérieusement en l’air comme nous l’avons rapporté (317) ».

Nous avons en notre possession un tableau représentant un magicien persan avec un homme, ou plutôt les divers membres de ce qui, une minute auparavant, était un homme, épars devant lui. Nous avons vu de ces jongleurs, et nous avons été témoins de ces exercices plus d’une fois en divers endroits.

Ne perdant pas de vue que nous répudions l’idée de miracle, et revenant à des phénomènes plus sérieux, nous demanderons maintenant quelle objection logique l’on peut faire contre la prétention que beaucoup de thaumaturges aient réussi à réanimer des morts ? Le fakir cité dans l’article du Franco American, que nous venons de reproduire dans une note pourrait avoir poussé les choses jusqu’à dire que le pouvoir de la volonté de l’homme est si énergique qu’il a la faculté de réanimer le corps en apparence mort, en rappelant l’âme envolée qui n’a pas encore rompu le fil qui les unissait l’un à l’autre par la vie. Des douzaines de fakirs comme celui-là se sont laissés enterrer vivants devant des milliers de témoins, et ont été ressuscités des semaines après. Si les fakirs ont le secret de ce processus artificiel, identique ou analogue à l’hibernation, pourquoi ne pas admettre que leurs ancêtres, les gymnosophes et Apollonius de Tyane, qui avait étudié chez eux dans l’Inde, et Jésus et d’autres prophètes et voyants qui tous en savaient bien plus long sur les mystères de la vie et de la mort que n’importe lequel de nos savants modernes, aient pu ressusciter des hommes et des femmes morts ? Etant tout à fait familiers avec cette puissance, ce mystérieux quelque chose « que la science ne peut pas encore comprendre » ainsi que le confesse le professeur Le Conte, sachant en outre « d’où elle vient et où elle va », Elie, Jésus, Saint Paul et Apollonius, ascètes enthousiastes et initiés instruits, ont pu aisément rappeler à la vie tout homme qui « n’était pas mort, mais endormi », et cela sans aucune espèce de miracle.

Si les molécules du cadavre sont imprégnées des forces physiques et chimiques de l’organisme vivant (318), qu’est-ce qui peut les empêcher d’être de nouveau mises en mouvement pourvu que l’on sache quelle est la nature de la force vitale, et comment la commander ? Le matérialiste ne fera certes pas d’objection, car pour lui il n’est nullement question de réinfuser une âme. Pour lui, l’âme n’existe pas, et le corps humain doit être considéré, tout simplement, comme une machine vitale, une locomotive qui partira lorsqu’on lui appliquera chaleur et force, et qui s’arrêtera lorsqu’elles lui seront retirées. Pour le théologien, le cas présente des difficultés plus grandes, car, à son point de vue, la mort coupe tout net le lien qui unit l’âme et le corps, et l’une ne peut pas plus retourner dans l’autre sans miracle, que l’enfant déjà né ne peut être poussé à reprendre son existence fœtale après l’accouchement et la section du cordon. Mais le philosophe Hermétiste se place entre ces deux antagonistes irréconciliables, en maître de la situation. Il connaît la nature de l’âme, cette forme composée de fluide nerveux et d’éther atmosphérique, et il sait comment la force vitale peut être rendue à volonté active ou passive, tant que quelque organe essentiel n’a pas été définitivement détruit. Les prétentions formulées par Gaffarilus, qui, soit dit en passant, parurent si déraisonnables en 1650 (319), ont été plus tard corroborées par la science. Il soutenait que chaque objet existant dans la nature – pourvu qu’il ne soit pas artificiel – lorsqu’il était brûlé, conservait néanmoins sa forme dans les cendres dans lesquelles il restait ainsi, jusqu’à sa résurrection. J. Duchesny, chimiste éminent, s’assura du fait. Les cendres des plantes brûlées, renfermées dans les flacons, lorsqu’on les chauffe, présentent de nouveau leurs diverses formes. « Un petit nuage obscur s’éleva graduellement dans le flacon, prit une forme définie et offrit à nos yeux la fleur ou la plante qui avaient donné les cendres ». Kircher, Digby et Vallemont ont démontré que les formes des plantes pouvaient être ressuscitées de leurs cendres. Dans une réunion de naturalistes en 1834, à Stuttgart, une recette pour produire ces expériences fut trouvée dans un ouvrage d’Oetinger (320b). « L’enveloppe terrestre », écrit-il, « reste dans la cornue, tandis que l’essence volatile monte comme un esprit, parfaite de forme, mais dépourvue de substance (321) ».

Or, si la forme astrale, même d’une plante, survit encore dans les cendres, lorsque le corps est mort, les sceptiques persisteront-ils à dire que l’âme de l‘homme, l’égo intérieur, est, après la mort de la forme plus grossière, dissoute en même temps et qu’elle n’existe plus ? « À la mort, dit le philosophe, un des corps s’échappe de l’autre, par osmose et à travers le cerveau ; il est maintenu près de son ancienne enveloppe, par une double attraction, physique et spirituelle, jusqu’à ce que cette dernière se décompose ; et si les conditions convenables sont remplies, l’âme peut se réincarner et reprendre la vie suspendue. Elle le fait dans le sommeil ; elle le fait encore plus complètement dans la léthargie ; et enfin elle le fait d’une façon plus surprenante encore au commandement, et avec le concours d’un adepte de l’Hermétisme. Jamblique déclarait qu’une personne bien douée de ce pouvoir de ressusciter était « remplie de Dieu ». Tous les esprits subordonnés des sphères supérieures sont à ses ordres, car il n’est plus un mortel, mais bien un dieu lui-même. Dans son Epître aux Corinthiens, Paul (Saint Paul) remarque que « les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes (322) ».

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