Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS
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Les prétentions des amis de la science ésotérique qui affirment que Paracelse produisait chimiquement de certaines combinaisons encore inconnues de la science officielle les Homunculi, sont, comme de raison, reléguées parmi les mystifications démasquées. Mais pourquoi donc ? Si Paracelse n’a pas fabriqué d’homunculi, d’autres adeptes en ont développé et cela il n’y a pas mille ans. Ils ont été produits, de fait, d’après exactement le même principe, en vertu duquel le chimiste et le physicien donnent vie à leurs animalcules. Il y a quelques années, un gentleman anglais, A. Crosse du Sommersetshire, produisit des acares par le procédé suivant : « Du silex noir ayant été chauffé au rouge et réduit en poudre fut mêlé à du carbonate de potasse et exposé à une grande chaleur pendant quinze minutes ; le mélange fut ensuite versé dans un creuset de mine de plomb, dans un fourneau à air. Il fut réduit en poudre encore chaud et mêlé avec de l’eau bouillante que l’on laissa bouillir pendant quelques minutes, et l’on y ajouta ensuite de l’acide chlorhydrique jusqu’à sursaturation. Après l’avoir exposé à l’action voltaique pendant vingt-six jours, un insecte parfait de la tribu des acares apparut, et dans l’espace de quelques jours on en obtint une centaine d’autres. L’expérience fut renouvelée avec d’autres liquides chimiques et avec des résultats analogues. Un M. Weeks de Sandwich en produisit aussi avec du ferrocyanure de potasse… Cette découverte produisit une sensation profonde… M. A. Crosse fut accusé d’impiété et de viser au rôle de -créateur ». Il répliqua, en niant l’imputation, qu’il considérait que « créer c’était former quelque chose de rien (309b) ».
Un autre, considéré par plusieurs personnes comme un homme de grand savoir, nous a répété plusieurs fois qu’il était sur le point de prouver que même les œufs non fécondés pouvaient être amenés à éclosion, en faisant passer à travers eux un courant d’électricité négative.
Les mandragores (dudim ou fruit d’amour) trouvées dans le champ de Ruben fils de Jacob, qui excitèrent la convoitise de Rachel, étaient des mandragores cabalistiques malgré toutes les négations ; et les versets qui s’y rapportent appartiennent aux passages les plus osés, dans leur signification ésotérique (310), de tout l’ouvrage. La mandragore est une plante ayant la forme rudimentaire d’une créature humaine ; avec une tête, deux bras et deux jambes formant racines. La superstition qui veut que lorsqu’on l’arrache elle crie avec la voix humaine n’est pas complètement dénuée de fondement. Elle produit une espèce de son qui ressemble à un cri aigu, qui est dû à la nature résineuse de la substance dont sont formées ses racines, ce qui les rend difficiles à arracher ; elle possède plus d’une propriété secrète, absolument ignorée du botaniste.
Le lecteur qui voudrait avoir une idée claire et précise de la commutation des forces, et de la ressemblance qui existe entre les principes de vie des plantes, des animaux et des êtres humains, peut consulter avec profit un travail sur la corrélation des forces nerveuses et mentales, par le professeur Alexandre Bain de l’Université d’Aberdeen. Cette mandragore paraît occuper sur la terre le point où les règnes végétal et animal se touchent comme le font dans la mer les zoophites et les polypes ; la barrière entre les deux étant, dans l’un et l’autre cas, si peu distincte, qu’elle rend presque imperceptible le point où l’une finit et où l’autre commence. Il semblerait improbable qu’il y ait des homunculi, mais un naturaliste quelconque osera-t-il, en présence de l’extension récente de la science, assurer que c’est impossible ? « Qui, dit Alexandre Bain, limite les possibilités de l’existence ? »
Les mystères inexpliqués de la nature sont nombreux, et de ceux que l’on présume avoir expliqués, à peine il y en a-t-il un, dont on puisse dire qu’il est devenu absolument intelligible. Il n’est pas une plante ou un minéral qui ait révélé la dernière de ses propriétés aux savants. Que savent les naturalistes sur la nature intime des règnes végétal et minéral ? Comment peuvent-ils penser que, pour chacune des propriétés découvertes il n’y a pas beaucoup de forces cachées dans la nature intime de la plante ou de la pierre. Elles ne font qu’attendre d’être mises en relation avec quelque autre plante ou minéral, ou avec quelque force de la nature, pour se manifester dans ce qu’on veut bien considérer comme « une façon surnaturelle ». Partout où Pline le naturaliste, Alien et même Diodore, qui cherchèrent avec une si louable persévérance à débrouiller la vérité historique de son pêle-mêle d’exagérations et de fables, ont attribué à quelque plante ou minéral une propriété inconnue à nos botanistes ou physiciens modernes, leurs assertions ont été mises de côté, sans plus de cérémonie, comme absurdes, et on n’en parle plus.
De temps immémorial, la spéculation des savants a eu pour objet ce qu’est cette force vitale ou principe de vie. À notre avis seule la « doctrine secrète » peut fournir le fil conducteur. La science exacte ne reconnaît que cinq forces dans la nature : une molaire, et quatre moléculaires ; les cabalistes en admettent sept ; et dans ces deux forces additionnelles gît tout le mystère de la vie. L’une d’elle est l’esprit immortel, dont le reflet est rattaché par d’invisibles liens, même avec la matière inorganique ; nous laissons à chacun le soin de faire la découverte de l’autre. Le professeur Joseph LeConte dit : « Quelle est la nature de la différence qui existe entre l’organisme vivant et l’organisme mort ? Nous n’en pouvons découvrir aucune, physique ou chimique. Toutes les forces physiques ou chimiques tirées du fond commun de la nature et incorporées dans l’organisme vivant, paraissent être encore incorporées dans l’organisme mort, jusqu’à ce que petit à petit il tombe en décomposition. Et pourtant la différence est immense, inconcevablement grande. Quelle est la nature de cette différence exprimée dans la formule de la science matérielle ? Qu’est-ce qui est parti, et où est-ce allé ? Il y a ici quelque chose que la science ne peut pas encore comprendre. Et cependant c’est cette chose manquante qui disparaît à la mort, et avant la décomposition, qui représente, au plus haut degré, la force vitale (311b) ! ».
Pour si difficile, voire même impossible que paraisse à la science de découvrir le moteur invisible et universel de toutes Choses, la Vie, d’en expliquer la nature, ou même de suggérer une hypothèse raisonnable à ce sujet, le mystère n’est pourtant qu’un demi-mystère, non seulement pour les grands adeptes et voyants, mais encore pour les sincères et fermes croyants au monde spirituel. Pour le simple croyant, non favorisé par un organisme personnel pourvu de cette sensibilité nerveuse et délicate qui le mettrait à même, comme elle le fait pour le voyant, d’apercevoir l’univers visible reflété, comme dans une glace, dans l’Invisible, et cela d’une façon objective, il reste la foi divine. Elle est fortement enracinée dans ses sens internes ; dans son infaillible intuition, avec laquelle la froide raison n’a rien à voir, il sent qu’elle ne peut le tromper. Que les dogmes erronés, enfants de l’esprit humain et les sophismes de la théologie se contredisent ; qu’ils se bousculent les uns les autres, et que la subtile casuistique d’une croyance détruise le raisonnement artificieux de l’autre ; la vérité demeure toujours une, et il n’y a pas de religion, chrétienne ou païenne, qui ne soit fermement bâtie sur le roc séculaire, le Dieu Universel et l’Esprit immortel.
Chaque animal est plus ou moins doué de la faculté de percevoir, sinon les esprits, du moins quelque chose qui demeure pour le moment invisible à l’homme ordinaire et ne peut être discerné que par un clairvoyant. Nous avons fait des centaines d’expériences dans ce sens, avec des chats, des chiens, des singes de divers genres, et une fois, avec un tigre apprivoisé. Un miroir rond et noir, connu sous le nom du « cristal magique« , fut fortement magnétisé par un hindou, résidant antérieurement à Dindigal et domicilié maintenant dans un endroit plus retiré, dans les montagnes connues sous le nom de Western Ghàts. Il avait apprivoisé un jeune tigre, qui lui avait été apporté de la côte du Malabar, partie de l’Inde ou les tigres sont d’une férocité proverbiale ; c’est avec cet intéressant animal que nous fîmes nos expériences.
De même que les anciens Marses et Psyllis, les célèbres charmeurs de serpents, cet hindou prétendait posséder le don mystérieux d’apprivoiser toute espèce d’animaux. Le tigre avait été réduit à un état de torpeur mentale chronique, pour ainsi dire, il était devenu aussi inoffensif et doux qu’un chien. Les enfants pouvaient le taquiner et lui tirer les oreilles, et il ne faisait que se secouer et gémir comme un chien. Mais toutes les fois qu’on le forçait à regarder dans le « miroir magique », la pauvre bête était instantanément poussée à une sorte de frénésie. Son regard était empreint d’une terreur humaine ; il hurlait de désespoir, incapable de détourner les yeux du miroir auquel son regard semblait cloué par un charme magnétique ; il se tordait et tremblait, jusqu’à tomber en convulsions par la crainte de quelque vision, qui pour nous restait inconnue. Il se couchait alors en poussant de faibles gémissements, mais toujours les yeux fixés sur le miroir. Lorsqu’on l’enlevait, l’animal restait pantelant et dans un état de prostration visible pendant près de deux heures. Que voyait-il ? Quel tableau spirituel de son propre monde animal invisible pouvait produire un effet si terrible sur une bête sauvage, naturellement féroce et hardie ? Qui le dira ? Petit-être celui qui provoqua la scène.
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