REALITES ET ILLUSIONS – Partie 13

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS

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La tradition déclare que sur le cadavre d’Hermès, à Hébron, un Isarim, un initié, trouva la tablette connue sous le nom de Table d’Emeraude. Elle contient en quelques phrases l’essence de la Sagesse Hermétique. À ceux qui ne lisent qu’avec les yeux du corps les préceptes qu’elle renferme ne suggéreront rien de nouveau ni d’extraordinaire, car elle commence purement et simplement par dire qu’elle ne parle pas de choses fictives, mais de ce qui est vrai et très certain.

« Ce qui est en bas est pareil à ce qui est en haut, et ce qui est en haut est semblable à ce qui est en bas, pour accomplir les merveilles d’une seule chose.

« De même que toutes choses ont été produites par la médiation d’un être, de même toutes choses ont été produites de celui-ci par adaptation.

« Son père est le soleil, sa mère est la lune.

« C’est la cause de toute perfection dans la terre entière.

« Son pouvoir est parfait, s’il est changé en terre.

« Séparez la terre du feu, le subtil du grossier, en agissant avec prudence et jugement.

« Montez avec la plus grande sagacité de la terre au ciel, et descendez ensuite de nouveau sur la terre, et réunissez les forces des choses inférieures et supérieures ; vous posséderez ainsi la lumière du monde entier, et toute obscurité s’éloignera de vous.

« Cette chose a plus de force que la force elle-même, parce qu’elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide.

« C’est par elle que le monde est formé (376b) »…

Cette chose mystérieuse est l’agent universel, magique, la lumière astrale qui, par la corrélation de ses forces, fournit l’alkahest, la pierre philosophale et l’élixir de vie. La philosophie Hermétique la nomme Azoth, l’âme du monde, la vierge céleste, le grand Aimant, etc…. etc… La science physique la connaît sous la forme de chaleur, lumière, électricité et magnétisme ; « mais, ignorant ses propriétés spirituelles et la puissance occulte contenue dans l’éther, elle repousse tout ce qu’elle ignore. Elle explique et dépeint les formes cristallines des flocons de neige, leurs modifications d’un prisme hexagonal, qui produit une infinité d’aiguilles délicates. Elle les a si parfaitement étudiées qu’elle a même calculé, avec la précision mathématique la plus étonnante, que toutes ces aiguilles forment un angle divergent de 60 degrés. Peut-elle nous indiquer aussi bien la cause de cette infinie variété de formes les plus exquises », dont chacune est en elle-même une figure géométrique la plus parfaite ? Ces corolles gelées, semblables à des étoiles ou à des fleurs, peuvent être, en plus de ce que la science matérialiste en connaît, une averse de messages lancés par des mains spirituelles des mondes d’en haut, lisibles pour les yeux spirituels d’en bas.

La croix philosophique, les deux lignes courant dans des directions opposées, l’horizontale et la perpendiculaire, la hauteur et la largeur, que la Divinité géométrisant divise au point d’intersection, et qui forme le quaternaire magique, aussi bien que scientifique, lorsqu’elle est inscrite dans un carré parfait, est la base de l’occultiste. Dans sa mystique enceinte se trouve la clé qui ouvre la porte de toute science, physique aussi bien que spirituelle. Elle symbolise notre existence humaine, car le cercle de la vie circonscrit les quatre pointes de la croix qui représentent, dans leur succession, la naissance, la vie, la mort et l’IMMORTALITE. Chaque chose en ce monde est une trinité, complétée par le quaternaire (377b), et chaque élément est divisible d’après ce même principe. La physiologie peut diviser l’homme à l’infini, de même que la science physique a divisé les quatre éléments primordiaux et principaux, en plusieurs douzaines d’autres ; elle ne réussira à en changer aucun. La naissance, la vie et la mort seront toujours une trinité qui n’est complétée qu’à la fin du cycle. Même dans le cas où la science arriverait à changer l’immortalité désirée en annihilation, elle serait toujours un quaternaire ; car Dieu « géométrise ».

C’est pourquoi peut-être serait-il permis un jour à l’alchimie de parler de son sel, de son mercure, de son soufre et de l’azoth, de ses symboles et de ses mirifiques lettres, et de répéter, avec l’exposé de « l’homérisme et la Synthèse des Composés Organiques« , « qu’il faut bien se souvenir que le groupement n’est pas un jeu de fantaisie, et que l’on peut fournir de très bonnes raisons pour la position de chaque lettre (378) ».

Le Dr Piesse de Paris écrivait en 1863 les lignes suivantes :

« Un mot à propos d’alchimie. Que devons-nous penser de l’art Hermétique ? Est-il correct de croire que nous pouvons transmuer les métaux, faire de l’or ? Eh bien, les hommes positifs, les esprits forts du XIXème siècle savent que M. Figuier, docteur ès sciences et en médecine, analyste chimiste à l’école de Pharmacie de Paris, n’a nulle envie de se prononcer sur cette question. Il doute, il hésite. Il connaît plusieurs alchimistes (car il en existe) qui, se fondant sur les découvertes chimiques modernes, et spécialement sur la singulière circonstance des équivalents, démontrée par M. Dumas, prétendent que les métaux ne sont pas des corps simples, de véritables éléments dans l’absolue acception du mot, et que, par conséquent, ils peuvent être produits par le procédé de la décomposition… Cela m’encourage à faire un pas en avant, et à avouer candidement que je ne serais guère surpris de voir quelqu’un faire de l’or. Je n’ai qu’une raison à en donner, mais elle paraît suffisante ; c’est que l’or n’a pas toujours existé ; il a été formé par un travail chimique ou autre, dans le sein de la matière en fusion de notre globe (379) ; peut-être il y en a-t-il maintenant en voie de formation. Les prétendus corps simples de notre chimie sont fort probablement des produits secondaires, dans la formation de la masse terrestre. Cela a été démontré pour l’eau, un des plus respectables éléments de la physique ancienne. Aujourd’hui nous créons l’eau. Pourquoi ne ferions-nous pas de l’or ? Un éminent expérimentateur M. Despretz a fait du diamant. Il est vrai que ce diamant n’est qu’un diamant scientifique, un diamant philosophique, qui peut n’avoir aucune valeur ; mais malgré cela, ma thèse tient bon. D’ailleurs, nous n’en sommes pas réduits à cet égard à de simples conjectures. Il existe encore un homme qui, dans un mémoire adressé aux corps savants, en 1853, a souligné ces mots : « J’ai découvert la méthode pour produire de l’or artificiel, j’ai fait de l’or ». Cet adepte, c’est M. Théodore Tiffereau, ex-préparateur de chimie à l’École Professionnelle Supérieure de Nantes (380) ». Le cardinal de Rohan, la célèbre victime de l’affaire du collier de la Reine, attesta qu’il avait vu le Comte de Cagliostro faire des diamants et de l’or. Nous présumons que ceux qui sont d’accord avec le professeur T. Sterry Hunt, ne seront pas satisfaits de la théorie du Dr Peisse, car ils croient que tous nos dépôts métallifères sont dus à l’action de la vie organique. Par conséquent jusqu’à ce qu’ils se soient mis d’accord en nous faisant connaître avec certitude la nature de l’or, et s’il est le produit d’une alchimie volcanique intérieure, ou une ségrégation et filtration de surface, laissons-les régler leur querelle, et faisons crédit en attendant aux philosophes de l’antiquité.

Le professeur Balfour Stewart que personne ne s’avisera de ranger parmi les esprits mesquins, qui plus loyalement et plus fréquemment que ses collègues admet les défaillances de la Science moderne, se montre néanmoins en cela aussi imbu de préjugés que les autres savants. La lumière perpétuelle n’étant qu’une autre expression du mouvement perpétuel, nous dit-il, et ce dernier étant impossible, parce que nous n’avons pas les moyens d’équilibrer la déperdition du matériel combustible, une lumière hermétique est, par conséquent, une impossibilité (381). Notant le fait « qu’une lumière perpétuelle doit être le résultat de pouvoirs magiques« , et faisant observer en outre qu’une pareille lumière « n’est certainement pas de cette terre, où la lumière et toutes les autres formes d’énergie supérieure sont essentiellement transitoires », ce savant en tire un argument, comme si les philosophes Hermétiques avaient toujours prétendu que la flamme dont il s’agit était une flamme terrestre ordinaire, résultant de la combustion de matières luminifères. Sur ce point-là, les philosophes ont toujours été mal compris et mal interprétés.

Que de grands esprits, incrédules au début, après avoir étudié la « doctrine secrète », ont modifié leurs opinions, et reconnu à quel point ils étaient dans l’erreur ! Et comme il parait contradictoire de voir, à un moment donné, Balfour Stewart citer quelques maximes philosophiques et morales de Bacon, qu’il nomme le père de la science expérimentale, et dire… « Sûrement nous devons tirer une leçon de ces remarques… et nous garder de rejeter comme inutiles une branche quelconque des connaissances, ou de l’exercice de la pensée », puis, à un autre moment, repousser comme complètement impossibles les prétentions des alchimistes ! Il montre Aristote « entretenant l’idée que la lumière n’est nullement un corps, ni l’émanation d’un corps quelconque… et que, par conséquent, la lumière est une énergie ou action ; et pourtant, bien que les anciens aient été les premiers à faire voir la doctrine des atomes par Démocrite, jusqu’à John Dalton, et, par Pythagore et même les plus anciens oracles de la Chaldée, celle de l’éther comme agent universel, leurs idées, dit Stewart, « n’étaient pas fécondes ». Il admet qu’ils « possédaient un grand génie et la puissance intellectuelle », mais il ajoute qu’ils étaient très pauvres en conceptions physiques, et que, par conséquent, leurs idées ne furent pas fécondes (382) ».

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