Pendant vingt siècles, maintes fois répétés par le bouche à oreille, et évidemment par l’écrit et le symbole, approuvés, contestés par d’innombrables personnes de toutes langues et de toutes contrées, ont été prononcés les mots brûlants de celui qui savait de quoi il parlait : «Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et Mammon». Même de nos jours, ils ne sont pas entièrement compris, sauf par quelques-uns, les élus de la Terre. Appliqué uniquement aux moyens d’échange, à l’or et à l’argent, aux bêtes et aux troupeaux, aux terres et aux maisons, Mammon représente généralement les possessions humaines. Pourtant, celui qui prononça les mots mentionnés plus haut désignait quelque chose de plus que les richesses matérielles auxquelles les associe l’homme d’aujourd’hui. Mammon ! La Bête ! En vérité, ces mots sont interchangeables durant notre Âge et, si par la Bête on désigne aussi le soi inférieur de l’homme, on exprimera de manière tout à fait appropriée ce que le Grand Maître voulait dire par Mammon. L’homme ne peut servir en même temps la bête qui est en lui et son Soi Supérieur, son Dieu.
Le démon annihilerait le Soi Supérieur s’il en avait le pouvoir.
Un menteur, un imposteur, un destructeur, une personnification de l’égoïsme et de la luxure, tel est le soi inférieur – un tentateur pour le pèlerin qui entreprend son ascension sur le sentier du pouvoir.
Si l’homme voulait atteindre une étoile, il devrait entreprendre le voyage solitaire qui l’y conduirait. La route vers l’étoile est une route de solitude. Si, après avoir cherché, l’homme trouvait la seule autre âme qui puisse marcher à ses côtés le long de cette route, il serait en vérité bien heureux. Hélas ! trop souvent, il passe indifférent devant cette âme, peut-être de façon méprisante, sans pitié. Le désir ou l’ignorance retiennent ses pas au seuil même du succès alors qu’il badine avec le tentateur et que, ainsi handicapé, il lutte pour atteindre la prochaine marche. Mais, il ne peut le faire, et il doit attendre que le temps puisse élaborer un autre lien dans la chaîne qui le reliera à son autre soi. Ou bien, ayant trouvé cet autre soi et commencé son avancée sur le sentier, un démon ayant la forme du pouvoir matériel ou de l’orgueil surgit du sommeil dans lequel il s’était lové – et voilà la Bête, le pouvoir de Mammon qui, encore une fois, le saisit et le projette au sol.
Il se relève, se regarde en face, ou encore se met à l’abri derrière chaque halte du sentier, et tant que ses pieds ne seront pas chaussés des sandales de la « connaissance de soi », tant que ses mains ne serreront pas fermement le bâton de la « véritable indifférence », il ne pourra pas parcourir de manière sûre le sentier qui le conduit vers la maison de son Père, et ne pourra pas non plus l’entendre dire : « Bien, mon fils, la Bête est vaincue. »
HILARION - Temple 2 - Leçon 185


