QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE – partie 9

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VIII – QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE

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Aucun auteur n’a donné une description plus vraie et plus poétique de ces êtres que Sir Bulwer-Lytton, l’auteur de Zanoni. Lui-même, non une chose de matière, mais une idée de joie et de lumière », ces paroles semblent un écho fidèle du souvenir, plutôt qu’une exubérante saillie de l’imagination.

« L’homme est arrogant en proportion de son ignorance », fait-il dire par le sage Mejnour à Glyndon. « Pendant plusieurs siècles, il n’a vu dans les mondes innombrables qui resplendissent dans l’espace comme les bulles d’un océan sans rivages que de minuscules chandelles…, que la Providence a bien voulu allumer sans autre but que de rendre la nuit plus agréable à l’homme… L’astronomie a dissipé cette illusion de la vanité humaine ; et l’homme reconnaît maintenant, à contrecœur, que les astres sont des mondes plus grands et plus glorieux que le sien… Ainsi, partout, dans cet immense ensemble, la Science donne une nouvelle vie à la lumière… Raisonnant donc par analogie évidente, si ni une feuille d’arbre, ni une goutte d’eau, n’existe qui ne soit, aussi bien que l’étoile la plus éloignée, un monde habitable et vivant ; si l’homme lui-même est un monde pour d’autres vies et si des millions et des milliards d’êtres peuplent les rivières de son sang, et habitent son corps, comme les hommes peuplent la terre, le sens commun (si nos savants en avaient) devrait suffire pour nous apprendre que l’ambiance infinie que vous nommez l’espace, l’impalpable, sans bornes, qui sépare la terre de la lune et des étoiles, est rempli aussi de sa vie correspondante et appropriée. N’est-il pas absurde de supposer que des êtres pullulent sur une feuille et qu’ils sont absents des immensités de l’espace ? La loi de la grande doctrine n’admet pas même la perte d’un atome ; elle ne reconnaît pas d’endroit où ne vive quelque être… Peut-on donc admettre que l’espace, qui est lui-même l’infini, soit seul désert, seul sans vie, seul plus inutile, dans le plan universel…, que la moindre feuille peuplée et que le globule habité ? Le microscope nous fait voir les créatures sur la feuille ; mais aucune lunette n’a encore été inventée pour découvrir les êtres plus nobles et mieux doués qui planent dans l’air illimité. Et pourtant entre eux et l’homme il existe une mystérieuse et terrible affinité…

Mais, d’abord, pour franchir cette barrière, l’âme, avec laquelle nous écoutons, doit être épurée par un ardent enthousiasme, qui la purifie de tous les désirs terrestres… Ainsi préparée, elle peut appeler la science à son aide ; la vue peut être rendue plus subtile, les nerfs plus sensibles, l’esprit plus vif et plus libre, et l’élément lui-même, l’air, l’espace peut être rendu, par certains secrets de haute chimie, plus palpable et plus clair. Et cela n’est pas de la magie comme disent les gens crédules ; Car, ainsi que je l’ai déjà dit, la magie (science qui viole la nature) n’existe pas ; c’est une science, grâce à laquelle la nature peut être contrôlée. Or, dans l’espace, il y a des millions d’êtres, non pas spirituels au sens littéral du mot, car ils ont tous, comme les animalcules invisibles à l’œil nu, certaines formes de matière, mais d’une matière si délicate, si aérienne, si subtile, qu’elle est comme une pellicule qui enveloppe l’esprit… Cependant, en vérité, ces races diffèrent beaucoup entre elles… quelques-unes se distinguent par une sagesse remarquable ; D’autres par une affreuse malignité ; Ceux-ci sont hostiles à l’homme comme les démons ; ceux-là lui sont dévoués comme des messagers entre la terre et le ciel… Parmi les habitants du seuil, il en est un qui surpasse en malice et en haine tous ceux de sa tribu ; un, dont l’œil a paralysé les plus braves, et dont la puissance en impose à l’esprit, précisément en proportion de la peur qu’il inspire (476). »

Telle est l’esquisse incomplète des êtres élémentaires dénués d’esprit divin, tracée par un homme que bien des gens soupçonnent d’en savoir beaucoup plus long qu’il n’est disposé à en convenir devant un public incrédule.

Dans le chapitre suivant, nous tâcherons d’expliquer quelques-unes des théories ésotériques des initiés du sanctuaire, sur ce que l’homme a été, est, et peut être. Les doctrines qu’ils enseignaient dans les Mystères (source d’où sont sortis l’Ancien, et, en partie, le Nouveau Testaments), appartiennent aux plus hautes notions de la morale et de la révélation religieuse. Tandis que leur sens littéral était abandonné en pâture au fanatisme des classes inférieures, qui ne raisonnent pas, les plus élevées, dont la majorité était composée d‘Initiés, poursuivaient leurs études dans le silence solennel des temples, et leur culte du Dieu unique du Ciel.

Les théories de Platon, dans le Banquet sur la création des hommes primitifs, et l’essai de Cosmogonie du Timée doivent être prises allégoriquement, si nous devons les accepter du tout. C’est le sens Pythagoricien caché dans Timée, Cratyle et Parménide, et quelques autres trilogies et dialogues, que les Néoplatoniciens ont essayé d’exposer, autant que le vœu théurgique du secret leur permettait de le faire. La doctrine Pythagoricienne, que Dieu est le mental universel répandu en toutes choses, et le dogme de l’immortalité de l’âme, sont les traits principaux de ces enseignements en apparence incongrus. La piété et la grande vénération de Platon pour les mystères sont une garantie suffisante qu’il n’aurait jamais consenti à se laisser entraîner à d’indiscrètes révélations, oubliant la responsabilité que ressent chaque adepte. « En se perfectionnant constamment dans les parfaits MYSTERES, dit-il dans le Phèdre, l’homme devient véritablement parfait par eux seuls. »

Il ne dissimulait pas son mécontentement de ce que les Mystères étaient devenus moins secrets qu’auparavant. Au lieu de les profaner en les mettant à la portée de la multitude, il aurait voulu qu’on les gardât avec un soin jaloux, contre tous, sauf les plus sérieux et les plus dignes de ses disciples (477). Tout en faisant mention des dieux à chaque page, son monothéisme est incontestable, car tout le fil de son discours indique que, par ce mot dieux, il entend une classe d’êtres placés fort bas sur l’échelle des divinités et d’un degré seulement plus haut que les hommes. Josephe lui-même observa et reconnut ce fait, malgré le préjugé naturel de sa race. « Cependant, ceux qui, parmi les Grecs, ont philosophé d’accord avec la vérité » , dit cet historien, dans sa célèbre attaque contre Apion « n’étaient ignorants de rien… ils n’avaient pas manqué de percevoir les étranges légèretés des allégories mythiques, qui les leur faisaient mépriser… C’est sous l’influence de ce sentiment, que Platon dit qu’il n’est point nécessaire d’admettre aucun des autres poètes dans « la communauté », et il écarte doucement Homere, après l’avoir couronné et l’avoir oint de baume, afin qu’il ne vînt point détruire, par ses mythes, la croyance orthodoxe au sujet du Dieu unique. »

Ceux qui comprennent le véritable esprit de la philosophie de Platon ne seront guère satisfaits de l’appréciation que Jowett en donne à ses lecteurs. Il nous dit que l’influence exercée sur la postérité par le Timée, est due, en partie, à une mauvaise interprétation de la doctrine de son auteur par les Néoplatoniciens. Il voudrait nous faire croire que le sens caché qu’ils trouvaient dans ce Dialogue est « tout à fait différent de l’esprit de Platon. » Cela équivaut à dire que Jowett comprend ce qu’était réellement cet esprit ; tandis que sa critique sur ce point précisément indique plutôt qu’il ne l’a pas saisi du tout. Si, comme il nous le dit, les chrétiens y trouvent leur trinité, le verbe, l’église, et la création du monde, au sens juif, c’est parce que tout cela s’y trouve ; par conséquent, il n’y a rien d’extraordinaire à ce qu’ils l’y aient trouvé. L’édifice extérieur est le même ; mais l’esprit qui animait la lettre morte de l’enseignement du maître s’est envolé, et nous le chercherions en vain dans les dogmes arides de la théologie chrétienne. Le Sphinx est encore le même que des siècles avant l’ère chrétienne ; mais Œdipe n’est plus là. Il est mort, parce qu’il a donné au monde ce que le monde n’était pas assez mûr pour recevoir. C’était la personnification de la vérité et il fallait qu’il mourût, parce que toute grande vérité doit périr, avant de renaître, comme le Phénix de ses cendres. Chaque traducteur des œuvres de Platon a remarqué l’étrange similitude entre la philosophie des ésotéristes et les doctrines chrétiennes, et chacun d’eux a essayé de l’interpréter conformément à ses propres sentiments religieux. Ainsi, Cory, dans ses Anciens Fragments, essaye de prouver que ce n’est qu’une ressemblance extérieure ; et il fait son possible pour rabaisser la Monade de Pythagore dans l’estime publique, pour élever, sur ses ruines, la divinité anthropomorphique postérieure. Thomas Taylor défendant la monade agit sans plus de façon avec le Dieu Mosaïque. Zeller se moque hardiment des prétentions des pères de l’Eglise qui, malgré l’histoire et la chronologie, que le monde le veuille ou non, soutiennent que Platon et son école ont pris au Christianisme ses principales vérités. Il est aussi heureux pour nous, que malheureux pour l’Eglise, que des tours de prestidigitation comme celui auquel Eusebe a eu recours, soient difficiles dans notre siècle. Il était plus aisé de tronquer la chronologie, « pour le synchronisme », à l’époque de l’évêque de Césarée, qu’aujourd’hui et tant que l’histoire existe il n’est au pouvoir de personne d’empêcher le monde de savoir que Platon vivait six cents ans avant qu’il prit la fantaisie à Irenee d’établir une doctrine nouvelle, sur les ruines de l’Académie plus ancienne de Platon.

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