QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE – partie 5

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VIII – QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE

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Il est fort difficile de déterminer, lorsqu’on n’est pas au courant de l’explication ésotérique de leurs doctrines, comment les anciens envisageaient les corps célestes. Lorsque la philologie et la théologie comparée ont abordé la tâche ardue de l’analyse, elles n’ont, jusqu’à présent, donné que de maigres résultats. La forme allégorique du discours a souvent égaré nos commentateurs, jusqu’à leur faire plus d’une fois confondre les causes et les effets, et vice versa. Dans le phénomène embarrassant de la corrélation des forces, nos plus grands savants eux-mêmes trouveront beaucoup de difficultés pour expliquer laquelle de ces forces est la cause, et laquelle est l’effet, puisque chacune peut être, tour à tour, l’une et l’autre, et qu’elles sont toutes également convertibles. Ainsi, si nous demandons aux physiciens : « Est-ce la chaleur qui engendre la lumière, ou bien est-ce la lumière qui produit la chaleur ? » Ils nous répondraient probablement que c’est certainement la lumière qui crée la chaleur. Fort bien ; mais comment ? Le grand Artisan a-t-il d’abord produit la lumière, ou bien a-t-Il construit en premier lieu le soleil, que l’on dit être l’unique dispensateur de la lumière et conséquemment de la chaleur ? Ces questions peuvent paraître au premier abord un indice d’ignorance ; mais, peut-être, en les scrutant avec soin, prendront-elles un autre aspect. Dans la Genèse, le « Seigneur » crée d’abord la lumière, et l’on prétend que trois jours et trois nuits s’écoulent avant qu’Il crée le soleil, la lune et les étoiles. Cette grossière bévue contre la science exacte a fait beaucoup rire les matérialistes. Ils seraient parfaitement en droit d’en rire si leur doctrine que la lumière et la chaleur dérivent du soleil était inattaquable. Jusqu’à une époque très récente, rien n’est survenu pour ébranler cette théorie qui, à défaut d’une meilleure, règne, suivant l’expression d’un prédicateur, « en souveraine dans l’Empire de l’Hypothèse. » Les anciens adorateurs du soleil regardaient le Grand Esprit comme un dieu de la nature, identique à elle, et le soleil comme la divinité dans laquelle « réside le Seigneur de vie ». D’après la théologie hindoue, Gama est le soleil, et « le soleil est la source des âmes et de toute vie (446). » Agni, le « Feu Divin », la divinité des hindous, est le soleil (447) aussi, car le feu et le soleil sont la même chose. Ormazd est la lumière, le Dieu-Solaire, ou le Vivificateur. Dans la philosophie hindoue, « les âmes proviennent de l’âme du monde et retournent à elle, comme les étincelles au feu (448). » Mais, dans un autre endroit, il est dit que « le Soleil est l’âme de toutes choses ; que tout est sorti de lui, et doit retourner à lui (449) » ; ce qui montre bien que dans ces passages le soleil est pris dans un sens allégorique, et représente le soleil central, invisible, DIEU, dont la première manifestation fut Sephira, l’émanation d’En-Soph – bref la Lumière.

« Je regardai, et voici, il vint du septentrion un vent impétueux, une grosse nuée et une gerbe de feu, qui répandait de tous côtés une lumière éclatante… Il y avait quelque chose en forme de trône… et sur cette forme de trône apparaissait comme une figure d’homme placé dessus, en haut… Je vis encore comme du feu… et qui rayonnait tout autour », dit Ezechiel. (Chap. I, 4, 22) Et Daniel parle de « l’ancien des jours », le cabalistique En-Soph, dont le trône « était comme des flammes de feu et les roues comme un feu ardent… Un fleuve de feu coulait et sortait de devant lui (450). » Comme le Saturne Païen qui avait son palais de flammes dans le septième ciel, le Jehovah des Juifs avait « son château de feu au-dessus des septièmes Enoch</em>, XIV, 7, ff.</span>" data-gt-translate-attributes='[{"attribute":"data-cmtooltip", "format":"html"}]'>cieux (451). »

Si l’espace limité de cet ouvrage nous le permettait, nous pourrions facilement montrer que nul, parmi les anciens, y compris les adorateurs du soleil, ne considérait notre soleil visible autrement que comme un emblème de leur dieu-solaire métaphysique, central et invisible. De plus, ils ne croyaient pas ce que le moderne nous apprend, à savoir que la lumière et la chaleur procèdent de notre soleil, et que c’est cet astre qui donne la vie à toute la nature visible. « Son rayonnement est impérissable », dit le Rig-Veda, « les rayons d’Agni à l’éclat intense, incessant, pénétrant tout, ne s’arrêtent jamais, ni le jour ni la nuit. » Cela se rapporte évidemment au soleil central spirituel, dont les rayons pénètrent sans cesse partout, le vivificateur éternel et infini. IL est le Point ; le centre (qui est partout) du cercle (qui n’est nulle part), le feu éthéré, spirituel, l’âme et l’esprit du mystérieux éther qui pénètre tout ; l’énigme des matérialistes, qui quelque jour trouveront que la cause des innombrables forces cosmiques en éternelle corrélation n’est qu’une divine électricité, ou plutôt un galvanisme, et que le soleil n’est qu’un des myriades d’aimants disséminés dans l’espace, un réflecteur, selon le général Pleasonton. Ils trouveront que le soleil n’a pas, en lui, plus de chaleur que la lune, ou que l’innombrable essaim d’étoiles étincelantes qui fourmillent dans l’espace. Ils reconnaîtront qu’il n’y a point de gravitation dans le sens Newtonien, mais seulement une attraction et une répulsion magnétiques (452) ; et que c’est en vertu de leur magnétisme que les mouvements des planètes du système solaire sont réglés, dans leurs orbites respectives, par le magnétisme encore plus puissant du soleil, et non point par leur poids ou gravitation. Ils apprendront cela et bien d’autres choses encore ; mais jusque-là, nous nous contenterons d’être raillés, au lieu d’être brûlés vifs pour impiété, ou enfermés dans un asile d’aliénés.

Les lois du Manou sont les doctrines de Platon, Philon, Zoroastre, Pythagore et la Cabale. C’est cette dernière qui peut résoudre l’ésotérisme de chaque religion. La doctrine cabalistique du Père et du Fils allégoriques, IIατηρ et Δογος, est identique à la base du Bouddhisme. Moise ne pouvait pas révéler à la multitude les sublimes secrets de la spéculation religieuse, ni la cosmogonie de l’univers ; tout cela reposant sur l’Illusion hindoue, masque ingénieux voilant le Sanctum Sanctorum, et qui a égaré tant de commentateurs théologiens (453).

Les hérésies cabalistiques reçoivent un appui inespéré des théories hétérodoxes modernes du Général Pleasonton. D’après ses dires (fondés sur des faits bien plus incontestables que ceux des savants orthodoxes), l’espace entre le soleil et la terre doit être rempli par un agent matériel, qui, autant que nous en pouvons juger par ses descriptions, répond à la lumière astrale cabalistique. Le passage de la lumière à travers ce milieu doit produire un frottement énorme. Le frottement développe de l’électricité, et c’est cette électricité et les forces magnétiques corrélatives qui forment ces forces effrayantes de la nature, qui déterminent sur, dans et autour de notre planète les divers changements que l’on y remarque partout. Il démontre que la chaleur terrestre ne peut pas dériver directement du soleil, car la chaleur monte. La force par laquelle la chaleur est produite est une force répulsive, dit-il, et comme elle est associée à l’électricité positive, elle est attirée vers la haute atmosphère par son électricité négative, toujours associée avec le froid, qui est l’opposé de l’électricité positive. Il affermit sa position en montrant que la terre qui, lorsqu’elle est couverte de neige, ne peut être affectée par les rayons du soleil, est plus chaude là où la neige est plus épaisse. Il explique ce fait par la théorie que le rayonnement de la chaleur de l’intérieur de la terre électrisée positivement, rencontrant à la surface de la terre la neige électrisée négativement en contact avec cette surface, produit la chaleur.

Il montre ainsi que ce n’est nullement au soleil que nous sommes redevables de la lumière et de la chaleur ; que la lumière est une création sui generis, qui est venue à l’existence lorsque la Divinité voulut et prononça son fiat : « Que la lumière soit » ; Et que c’est cet agent matériel indépendant qui produit la chaleur par le frottement, en raison de son énorme et incessante rapidité de mouvement. Bref, c’est auprès de la première émanation des Cabalistes, que le général Pleasonton nous introduit, auprès de la Sephira, ou Intelligence divine (le principe féminin) qui, unie à En-Soph, ou sagesse divine (le principe masculin), a produit toutes choses visibles et invisibles. Il rit de la théorie couramment admise de l’incandescence du soleil et de sa substance gazeuse. La réflexion de la photosphère solaire, dit-il, passant par les espaces planétaires et stellaires, doit avoir créé une grande quantité d’électricité et de magnétisme. L’électricité, par l’union de ses polarités opposées, émet de la chaleur, et transmet du magnétisme à toutes les substances capables de le recevoir. Le soleil, les planètes, les étoiles, et les nébuleuses sont tous des aimants, etc.

Si ce courageux et savant amateur parvient à bien établir sa thèse, les générations futures seront peu portées à rire de Paracelse et de sa lumière sidérale ou astrale, ou de sa doctrine de l’influence magnétique des étoiles et des planètes sur toute créature vivante, plante ou minéral de notre globe. De plus, si l’hypothèse de Pleasonton est reconnue exacte, la gloire transcendante de Tyndall sera grandement ternie. L’opinion publique est que le général livre un terrible assaut au savant physicien, qui a attribué au soleil les effets calorifiques qu’il a éprouvés, pendant une excursion dans les Alpes, et qui étaient tout simplement dus à sa propre électricité vitale (454).

La prépondérance de ces idées révolutionnaires en science, nous amène à demander à ses représentants, s’ils peuvent expliquer pourquoi la marée suit la lune dans son mouvement circulaire ? Le fait est qu’ils ne peuvent pas même faire la démonstration d’un phénomène aussi familier que celui-là, et qui n’est nullement un mystère pour les simples néophytes de l’alchimie et de la magie. Nous aimerions aussi savoir s’ils sont aussi incapables de nous dire pourquoi les rayons lunaires sont si toxiques et même mortels pour certains organismes ; pourquoi, dans certaines parties d’Afrique et d’Inde, une personne dormant au clair de lune devient très souvent folle ? Pourquoi les crises, dans certaines maladies, correspondent à des changements lunaires ; pourquoi les somnambules sont plus affectés à la pleine lune ; Et pourquoi les jardiniers, les fermiers et les bûcherons persistent avec tant de ténacité dans l’idée que la végétation subit les influences lunaires ? Plusieurs mimosas ouvrent ou ferment alternativement leurs pétales, suivant que la pleine lune se montre ou est cachée par les nuages. Les Hindous de Travancore ont un proverbe populaire extrêmement significatif, qui dit : « Douces paroles valent mieux que criailleries ; la mer est attirée par la froide lune, et non par le soleil ardent. » Peut-être que celui ou ceux qui lancèrent ce proverbe dans le monde en savaient davantage sur la cause de cette attraction des eaux par la lune, que nous n’en savons. Ainsi, si la science ne peut expliquer la cause de cette influence physique, que pourrait-elle savoir des influences morales et occultes exercées par les corps célestes, sur les hommes et sur leurs destinées ? Et pourquoi contredire toujours ce dont elle ne peut démontrer la fausseté ? Si certains aspects de la lune produisent des effets tangibles, si courants de tous temps dans l’expérience des hommes, quelle violence fait-on à la logique, en admettant la possibilité qu’une certaine combinaison d’influences sidérales puisse aussi avoir une influence plus ou moins puissante ?

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