Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VIII – QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE
Diane-Lune, est fille de Zeus et de Proserpine qui représente la Terre dans son travail actif, et, selon Hesiode, comme Diane Eilythia-Lucina, elle est fille de Junon. Mais Junon, dévorée par Saturne ou Kronos, et rendue à la vie par Métis l’Océanide, est connue aussi comme la Terre. Saturne, comme évolution du Temps, avale la terre dans un des cataclysmes préhistoriques, et c’est seulement lorsque Métis (les eaux), en se retirant dans ses nombreux lits, dégage le continent, que l’on dit que Junon est rendue à sa première forme. L’idée est exprimée aux 9° et 10° versets du premier chapitre de la Genèse. Dans les fréquentes querelles conjugales entre Jupiter et Junon, Diane est toujours représentée comme tournant le dos à sa mère, et souriant à son père, quoiqu’elle le réprimande souvent pour ses nombreuses fredaines. Les magiciens de Thessalie, dit-on, étaient obligés, pendant ces éclipses, d’attirer son attention sur la terre, par la puissance de leurs charmes et de leurs incantations, et les astrologues Babyloniens et les mages ne cessaient leurs charmes qu’après avoir ramené entre le couple irrité une réconciliation, à la suite de laquelle Junon « souriait radieuse à la brillante déesse » Diane, qui, ceignant son front du croissant, retournait à ses lieux de chasse dans les montagnes.
Il nous semble que cette fable représente les différentes phases de la lune. Nous, habitants de la terre, nous ne voyons jamais qu’une moitié de notre radieux satellite, qui tourne ainsi le dos à sa mère Junon. Le soleil, la lune et la terre changent constamment de position, l’un par rapport à l’autre. Avec la nouvelle lune, survient toujours un changement de temps ; et parfois le vent et les tempêtes pourraient bien suggérer l’idée d’une querelle entre le soleil et la terre, surtout quand celui-là est caché par des nuées d’orage grondantes. De plus, la nouvelle lune, lorsque sa partie sombre est tournée de notre côté, est invisible pour nous ; et ce n’est qu’après une réconciliation entre le soleil et la terre, qu’un croissant lumineux devient visible du côté le plus proche du soleil, quoiqu’en ce moment-là, Luna ne soit pas illuminée par les rayons directs de cet astre, mais par la lumière solaire reflétée de la terre à la lune, et renvoyée par celle-ci à la terre. C’est pour cela, disait-on, que les astrologues de la Chaldée et les magiciens de Thessalie, qui probablement surveillaient et déterminaient aussi soigneusement que Babinet le cours des corps célestes, forçaient, par leurs incantations, la lune à descendre sur la terre, c’est-à-dire à montrer son croissant, ce qu’elle ne pouvait faire qu’après avoir reçu le « sourire radieux » de la terre, sa mère, qui ne le lui accordait qu’après la réconciliation entre les époux. Alors Diane-Luna, ayant orné sa tête du croissant, s’en retournait chasser dans ses montagnes.
Quant à mettre en doute la science intrinsèque des anciens, à cause de leurs « superstitieuses déductions des phénomènes naturels », cela serait aussi juste que, si dans cinq siècles d’ici, nos descendants considéraient les disciples du professeur Balfour Stewart comme d’anciens ignorants, et lui-même comme un philosophe superficiel. Si la science moderne, dans la personne de ce docteur, condescend à faire des expériences pour déterminer si l’apparition de taches sur la surface du soleil a quelque rapport direct ou indirect avec la maladie des pommes de terre, et trouve qu’il en existe, et que, de plus, « la terre est très sérieusement affectée par ce qui se passe dans le soleil (442) », pourquoi les anciens astrologues seraient-ils tenus pour des insensés ou pour de fieffés coquins ? Il y a la même relation entre l’astrologie naturelle et la judiciaire, qu’entre la physiologie et la psychologie, entre le physique et le moral. Si, dans les derniers siècles, ces sciences ont dégénéré en charlatanisme, du fait de quelques imposteurs âpres au gain, est-il juste d’englober dans cette accusation ces hommes puissants et sages de jadis, qui, par leurs persévérantes études et la sainteté de leur vie, ont immortalisé le nom de la Chaldée et de Babylone ? Assurément, ceux que l’on reconnaît aujourd’hui pour avoir calculé exactement les observations astronomiques « remontant jusqu’à cent ans après le déluge », du haut de l’observatoire de « Bel entouré de nuages », comme le dit Draper, ne peuvent guère être considérés comme des imposteurs. Si leur manière d’enseigner au peuple les grandes vérités astronomiques diffère du « système d’éducation » actuel, et si elle paraît ridicule à quelques-uns, la question subsiste de savoir laquelle des deux méthodes est la meilleure. Pour les anciens, la science marchait toujours de pair avec la religion, et l’idée de Dieu était inséparable de celle de ses œuvres. Tandis que dans notre siècle il n’y a pas une seule personne, sur dix mille, qui sache (si jamais elle en a eu seulement une idée), que la planète Uranus vient après Saturne, et qu’elle tourne autour du soleil en quatre-vingt-quatre ans ; que Saturne suit Jupiter et met vingt-neuf ans et demi à faire sa révolution complète dans son orbite ; Tandis que Jupiter accomplit la sienne en douze années, les masses sans éducation de Babylone et de la Grèce, avaient l’esprit pénétré de la notion qu’Uranus était le père de Saturne, et Saturne celui de Jupiter, les considérant de plus comme des divinités ainsi que leurs satellites et compagnons. Nous pouvons peut-être en conclure que les Européens n’ayant découvert Uranus qu’en 1781, on relève une curieuse coïncidence dans les mythes ci-dessus mentionnés.
Nous n’avons qu’à ouvrir le premier livre venu sur l’Astrologie, et à comparer les descriptions données dans la fable des douze maisons, avec les découvertes les plus récentes de la Science sur la nature des planètes et des éléments dans chaque astre, pour voir que, sans le moindre spectroscope, les anciens avaient acquis ces mêmes connaissances. À moins que l’on ne veuille encore envisager ce fait comme une « coïncidence », nous pouvons apprendre, jusqu’à un certain point, le degré de la chaleur solaire, la lumière et la nature des planètes, en étudiant tout simplement leurs représentations symboliques dans les dieux de l’Olympe et les douze signes du Zodiaque, à chacun desquels on attribue, en Astrologie, une propriété particulière. Si les déesses de notre propre planète ne diffèrent pas des autres dieux et déesses, ayant tous une nature physique analogue, cela n’indique-t-il pas que les guetteurs, qui jour et nuit veillaient au haut de la tour de Bel, en communion avec les divinités évhémérisées, avaient remarqué, avant nous, l’unité physique de l’Univers et le fait que les planètes qui brillent au-dessus de nos têtes sont composées précisément des mêmes éléments chimiques que la nôtre. Le Soleil dans le Bélier, Jupiter, est en Astrologie un signe masculin, diurne, cardinal, équinoxial, oriental, chaud et sec, et répond parfaitement au caractère attribué au volage « Père des dieux ». Lorsque le coléreux Zeus-Akrios arrache de son ardente ceinture la foudre qu’il lance du haut des cieux, il déchire les nuages et descend en Jupiter Pluvius, en torrents de pluie. Il est le plus grand et le plus élevé des dieux, et ses mouvements sont aussi rapides que ceux de la foudre elle-même. Or, la planète Jupiter, on le sait, tourne si rapidement sur son axe, que chaque point de son équateur parcourt une distance de 450 milles par minute ; un excès immense de développement de force centrifuge à l’équateur, résultat de cette vitesse, a, croit-on, extrêmement aplati cette planète aux pôles ; et en Crète, sa personnification, le dieu Jupiter, était représentée sans oreilles. Le disque de la planète est zébré de raies sombres ; variant en largeur, celles-ci paraissent être en relation avec sa rotation sur son axe et sont produites par des perturbations dans son atmosphère. La face du Père Zeus, dit Hesiode, devint mouchetée de fureur, lorsqu’il vit les Titans prêts à se révolter.
Dans le livre de M. Proctor, les astronomes paraissent spécialement condamnés par la Providence à rencontrer toute espèce de curieuses « coïncidences », car il cite beaucoup de cas, parmi une « multitude », et même des « milliers de faits » (sic). À cette liste nous pourrions ajouter l’armée d’Egyptologues et d’Archéologues, qui, dans ces derniers temps, ont été les favoris de la capricieuse Dame Chance, qui choisit généralement plutôt des « Arabes aisés » et autres gentlemen de l’Orient, pour jouer auprès d’eux le rôle de bienveillants génies venant au secours des Orientalistes dans l’embarras. Le professeur Ebers a été un des derniers ainsi favorisés. C’est un fait bien connu, que toutes les fois que Champollion avait besoin de quelque renseignement important, il le trouvait toujours de la façon la plus originale et, souvent, la plus inattendue.
Voltaire, le plus grand des « infidèles » du XVIIIème siècle, avait coutume de dire que, si Dieu n’existait pas, il aurait fallu l’inventer. Volney, autre « matérialiste », ne nie nulle part, dans ses nombreux ouvrages, l’existence divine. Au contraire, il affirme nettement, dans plusieurs endroits, que l’univers est l’œuvre de la « Sagesse Suprême », et il est convaincu qu’il existe un Agent Suprême, un Artisan universel et identique, désigné sous le nom de Dieu (443). Voltaire devient Pythagoricien sur la fin de sa vie, et conclut en disant : « J’ai passé quarante ans de mon pèlerinage… à chercher cette pierre philosophale qui a nom la vérité. J’ai consulté tous les adeptes de l’antiquité, Epicure et saint Augustin, Platon et Malebranche, et je reste encore dans l’ignorance. Tout ce que j’ai pu obtenir, en comparant et en combinant le système de Platon, celui du précepteur d’Alexandre (Aristote), de Pythagore, et celui de l’Orient, est ceci : Le hasard est un mot vide de sens. Le monde est organisé d’après des lois mathématiques (444). »
Il nous est naturel de suggérer que la pierre d’achoppement de M. Proctor est celle contre laquelle viennent buter tous les savants matérialistes, dont il reproduit les idées : Il confond les opérations physiques et les opérations spirituelles de la nature. Sa théorie même du raisonnement probable des anciens par induction, relativement aux influences subtiles des planètes les plus éloignées, par comparaison avec les effets familiers et puissants produits par le soleil et la lune sur la terre, montre la tendance de son esprit. Parce que la science affirme que le soleil nous communique la chaleur et la lumière, et que la lune agit sur les marées, il pense que les anciens doivent avoir considéré les autres corps célestes comme exerçant le même genre d’influence sur nous physiquement, et indirectement sur nos destinées (445). Ici, nous nous permettrons une digression.
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