Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VIII – QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE
Avant qu’aucun de nos maîtres modernes ne songeât à l’évolution, les anciens nous apprenaient, par Hermès, que rien n’est brusque dans la nature ; qu’elle ne procède pas par bonds et par sauts ; que toutes ses œuvres sont le fruit d’une lente harmonie, et qu’il n’y a rien de soudain, pas même la mort violente.
Le développement lent de formes préexistantes était une doctrine professée par les Illuminés Rose-croix. Les Tres Matres montrèrent à Hermès la marche mystérieuse de leur œuvre, avant de condescendre à se révéler aux alchimistes médiévaux. Or dans le dialecte Hermétique, ces trois mères sont le symbole de la lumière, la chaleur, et l’électricité ou magnétisme, les deux derniers étant aussi convertibles que toutes les autres forces ou agents, qui ont une place assignée dans la moderne « corrélation des forces. » Synesius fait mention de livres de pierre qu’il a trouvés dans le temple de Memphis, et sur lequel est gravée la phrase suivante : « Une nature se complaît dans une autre ; une nature en maîtrise une autre, une nature en dirige une autre ; et, ensemble, elles n’en font toutes qu’une seule. »
Le mouvement incessant, inhérent à la matière est indiqué dans la sentence suivante d’Hermès : « l’action est la vie de Phta » ; et Orphée appelle la nature ΙΙολuμήχάνος μάτηρ, « la mère qui fait beaucoup de choses », ou la mère ingénieuse, inventive, industrieuse.
M. Proctor dit : « Tout ce qui est sur et dans la terre, toutes les formes végétales et toutes les formes animales, nos corps, nos cerveaux, sont formés de matériaux, qui ont été tirés de ces profondeurs de l’espace qui nous environne de toutes parts. » Les Hermétiques et les Rose-croix soutenaient que toutes choses visibles et invisibles, étaient produites par la lutte de la lumière avec les ténèbres, et que chaque parcelle de matière contient en elle une étincelle de la divine essence – ou lumière, esprit – qui par sa tendance à s’affranchir de ses liens et à retourner à la source centrale, produisit le mouvement dans les parcelles, et de ce mouvement naquirent les formes. Hargrave Jennings, citant Robert Fludd, dit : « Ainsi, tous les minéraux, dans cette étincelle de vie, ont la possibilité rudimentaire des plantes et des organismes qui grandissent ; ainsi, toutes les plantes ont des sensations rudimentaires qui leur permettraient (au cours des siècles) de se perfectionner et de se transformer en créatures nouvelles et mobiles d’un degré plus ou moins élevé ou de fonctions plus ou moins nobles ; ainsi toutes les plantes et toute la végétation pourraient (en empruntant des voies détournées) passer dans des voies plus élevées, de progrès plus indépendant et plus complet, en laissant leur divine étincelle originelle de lumière se développer et briller d’un éclat plus vif, et pousser plus avant avec un but plus assuré, tout tracé par l’influence planétaire dirigée par les esprits (ou travailleurs) invisibles du grand architecte originel (429). »
La lumière (la première mentionnée dans la Genèse), est appelée par les Cabalistes : Sephira, ou la Divine Intelligence, la mère de toutes les Sephiroth, dont la Sagesse Cachée est le père. La Lumière est le premier engendré, et la première des émanations du Suprême, et la Lumière est la Vie, dit l’Evangéliste. Toutes deux sont de l’électricité – le principe de vie, l’anima mundi, pénétrant l’univers, le vivificateur électrique de toutes choses. La lumière est le grand magicien Protée, et, sous l’action de la Volonté Divine de l’architecte, ses vagues multiples et toutes-puissantes donnent naissance à toutes les formes, ainsi qu’à tout être vivant. De son sein gonflé d’électricité, sortent la matière et l’esprit. Dans ses rayons, se cache le commencement de toute action physique et chimique, et de tout phénomène spirituel et cosmique ; elle vivifie et désorganise ; elle donne la vie et produit la mort, et de son point primordial émergent graduellement à l’existence les myriades de mondes, corps célestes visibles et invisibles. Ce fut au rayon de cette Première mère, une en trois, que Dieu, suivant Platon, « alluma un feu, que nous nommons maintenant le soleil (430) », et qui n’est la cause ni de la lumière ni de la chaleur, mais seulement le foyer, ou, si l’on peut s’exprimer ainsi, la lentille, par laquelle les rayons de la lumière primordiale se matérialisent, sont concentrés sur notre système solaire, et produisent toutes les corrélations des forces.
Voilà pour ce qui concerne la première proposition de M. Proctor ; passons maintenant à la seconde.
L’ouvrage dont nous parlons comprend une série de douze essais, dont le dernier est intitulé : Thoughts on Astrology (Pensées sur l’Astrologie). L’auteur traite le sujet avec plus de considération que ce n’est l’habitude chez les hommes de sa classe, si bien qu’il est évident qu’il y a apporté toute son attention. Il va même jusqu’à dire : » Si nous envisageons la question sous son véritable aspect, nous devons reconnaître que, de toutes les erreurs dans lesquelles les hommes sont tombés, par suite de leur désir de pénétrer l’avenir, l’astrologie est la plus respectable, nous pourrions même dire la plus raisonnable (431). »
Il admet que « Les corps célestes règlent les destinées des hommes et des nations, de la façon la moins équivoque, vu que, sans l’influence souveraine et bienfaisante du principal de ces globes, le Soleil, toute créature vivante sur la terre périrait (432). » Il admet aussi l’influence de la lune, et ne voit rien d’étrange à ce que les anciens, raisonnant par analogie, prétendissent que si deux de ces corps célestes étaient si puissants en influences terrestres, il était « naturel de penser que les autres globes en mouvement, connus des anciens, devaient aussi posséder leurs pouvoirs spéciaux (433). » En vérité, le professeur ne voit rien de déraisonnable dans la supposition que les influences exercées par les planètes aux mouvements plus lents « pussent être même plus puissantes que celles du soleil. » M. Proctor pense que le système de l’astrologie « fut formé graduellement, et peut-être expérimentalement. » On a pu déduire des faits observés, certaines influences, la destinée de tel ou tel chef ou roi, par exemple, ayant servi de guide aux astrologues dans la détermination des influences particulières à tels ou tels aspects planétaires, qui s’étaient présentés au moment de sa nativité. D’autres ont pu être inventées et avoir été ensuite généralement acceptées, parce qu’elles étaient confirmées par quelques coïncidences curieuses.
Un trait d’esprit peut toujours être placé à propos, même dans un traité scientifique, et le mot « coïncidence » est aisément applicable à tout ce que l’on ne veut pas accepter. Mais un sophisme n’est point un truisme ; encore moins une démonstration mathématique, qui seule devrait servir de phare, au moins aux astronomes. L’astrologie est une science aussi infaillible que l’astronomie elle-même, à la condition, toutefois, que ses interprètes soient également infaillibles ; et c’est cette condition, sine qua non, d’une réalisation si difficile, qui a toujours été la pierre d’achoppement pour les deux. L’astrologie est à l’astronomie exacte ce que la psychologie est à la physiologie exacte. Dans l’astrologie et dans la psychologie, on fait un pas en dehors du monde visible de la matière, pour entrer dans le domaine de l’esprit transcendant. C’est la vieille lutte entre les écoles Platonicienne et Aristotélienne, et ce n’est pas dans notre siècle de scepticisme Sadducéen, que la première l’emportera sur son adversaire, M. Proctor, dans son rôle professionnel, est comme la personne peu charitable du sermon de la Montagne, qui, toujours prête à attirer l’attention sur la paille qui se trouve dans l’œil de son voisin dédaigné, ne sait pas s’apercevoir qu’elle a une poutre dans le sien. Si nous devions rappeler tous les échecs et les bévues ridicules des astronomes, nous craignons fort que la liste n’en soit de beaucoup plus longue que celle des erreurs des astrologues. Les événements actuels donnent pleinement raison à Nostradamus, que nos sceptiques ont tant tourné en ridicule. Dans un vieux livre de prophéties publié au XVème siècle (l’édition est de 1453), nous lisons, parmi d’autres prédictions astrologiques, la prédiction suivante (434) :
Dans deux fois deux cents ans, l’Ours attaquera le Croissant ; Mais si le coq et le taureau s’unissent, l’Ours ne vaincra pas. En deux fois dix ans ensuite, que l’Islam le sache et tremble, La Croix se lèvera, et le croissant à son déclin se dissoudra et disparaîtra.
Et juste deux fois deux cents ans après la date de la prophétie, nous avons eu la guerre de Crimée, durant laquelle l’alliance du Coq Gaulois avec le Taureau Anglais, vint mettre obstacle aux projets politiques de l’Ours Russe. En 1856, la guerre fut terminée, et la Turquie ou le Croissant fut sauvée de la destruction. Dans l’année 1876, les événements les plus inattendus d’un caractère politique se sont produits, juste encore au moment où deux fois dix ans avaient passé depuis la conclusion de la paix. Tout semble annoncer l’accomplissement de la vieille prophétie ; l’avenir nous apprendra si le Croissant Musulman, qui semble en vérité décliner, « déclinera irrévocablement, s’il se dissoudra, et s’il disparaîtra. »
En écartant par une explication apparente certains faits hétérodoxes, qu’il paraît avoir rencontrés sur son chemin, dans sa recherche du savoir, M. Proctor est obligé plus d’une fois de recourir à ses chères « curieuses coïncidences ». Une des plus curieuses est indiquée par lui dans une note (p. 301) en ces termes : « Je ne m’arrêterai pas à la curieuse coïncidence – si toutefois les astrologues chaldéens n’avaient pas découvert l’anneau de Saturne – qu’ils représentaient le dieu correspondant avec un anneau triple. Une faible connaissance de l’optique – telle qu’on peut l’inférer de la présence d’instruments d’optique dans les ruines Assyriennes – pourrait avoir fait découvrir les anneaux de Saturne et les lunes de Jupiter… Bel, le Jupiter Assyrien, était représenté quelquefois avec quatre ailes terminées par une étoile. Mais », dit-il, « il est possible que ce ne soit que de simples coïncidences. »
En somme, la théorie des coïncidences de M. Proctor suggère, en définitive, davantage l’idée du miracle, que les faits eux-mêmes. Nos amis les sceptiques paraissent très friands de coïncidences. Nous avons, dans le chapitre précédent, donné assez de témoignages pour montrer que les anciens doivent avoir eu des instruments d’optique aussi bons que les nôtres. Les instruments que possédait Nabuchodonosor étaient-ils donc d’une si faible puissance, et le savoir de ses astronomes tellement à dédaigner, lorsque, suivant l’interprétation de Rawlinson des briques assyriennes, on voit que le Birs-Nemrod, ou temple de Borsippa, avait sept étages, symbolisant les cercles concentriques des sept sphères, chacun construit de briques et de métaux, correspondant à la couleur de la planète régente de la sphère qu’il représentait ? Est-ce encore une coïncidence que ce fait d’avoir appliqué, à chaque planète, la couleur que nos dernières découvertes télescopiques ont démontré être la vraie (435) ? Est-ce également une coïncidence qui fait indiquer par Platon, dans le Timée, sa connaissance de l’indestructibilité de la matière, de la conservation de l’énergie, et de la corrélation des forces ? « Le dernier mot de la philosophie moderne, dit Jowett, est la continuité et le développement, mais pour Platon, c’est le commencement et la base de la science (436). »
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