Malgré les directives données si librement et les allusions claires que l’on trouve dans les écrits profanes et sacrés, appuyées par tout ce que les sens physiques peuvent connaître et comprendre en rapport avec les qualités mentales et spirituelles requises pour devenir disciple – ou chéla, – dans neuf cas sur dix, on continue de chercher ces qualités presque uniquement dans l’homme physique : son environnement, sa profession, ses activités intellectuelles, etc. Lisez ceci : « car la sagesse de ce monde est folie aux yeux de Dieu » ; reconnaissez et acceptez la vérité de cette affirmation. Puis, sereinement, soutenez cette sagesse à la face du monde par vos actions quand on vous demandera de choisir entre le monde et la sagesse de Dieu telle que l’exposent ceux à qui une évolution avancée a donné la plus haute capacité de discrimination.
Au risque d’être mal interprété, je vais m’efforcer une fois de plus de clarifier le sujet.
Si ce n’était pas si pitoyable, nous trouverions souvent amusante la liste des qualités mentales et physiques sur lesquelles on s’appuie souvent pour nous demander d’être éclairé spirituellement. On y trouve de tout, depuis la culture physique, en passant par les réalisations scientifiques, la rectitude morale et jusqu’à la supposée voyance. Comprenez-moi bien : je ne sous-estime nullement aucune de ces grandes réalisations personnelles. Elles sont toutes nécessaires, mais nécessaires en tant que ponts entre les échelons inférieurs de la matière et de l’esprit. Elles n’ont rien à voir avec l’illumination spirituelle ou l’apprentissage de l’utilisation des sens internes. Selon l’usage qu’on en fait, elles peuvent aider ou non à atteindre ce but.
Les gens du monde disent souvent, et parfois avec mépris, que les Maîtres ne pourraient jamais utiliser telle ou telle personne, qui s’est rendue coupable de ceci, ou de cela, ou d’un autre grand crime contre la société, et qui serait par conséquent inutile aux êtres purs et saints. Il faut dire d’abord que si c’était vrai, personne au monde ne pourrait être utile aux Maîtres, car nous sommes tous également coupables, la seule différence étant les incarnations. Il n’en demeure pas moins que seuls ceux qui ont atteint dans leur développement spirituel un point où ils peuvent calmement contempler en eux-mêmes les hauteurs et les profondeurs de la vie, sont capables de devenir des disciples. Il importe peu qu’ils aient atteint ce point dans l’incarnation présente ou dans une autre. Tous les êtres humains doivent à un moment donné être capables de se tenir à une intersection et regarder vers l’avant et vers l’arrière intelligemment. Et c’est là qu’apparaît partiellement le véritable occultisme du « repentir pour ses péchés », comme le disent les Évangiles. Jusqu’au moment où l’on a aperçu la laideur d’un des pôles de la vie universelle et tremblé à cette vue, on est incapable de voir l’autre. On apprend par comparaison, par correspondance. Toute possibilité de réalisation spirituelle se résume finalement en un seul mot – Amour. L’amour du mal ou des ténèbres – mort, enterré, ressuscité et transfiguré – devient amour de Dieu ou du bien, amour de l’humanité, altruisme.
Il n’y a pas de place pour l’amour de soi dans la conscience de celui qui a atteint la connaissance de ses incarnations antérieures, à moins que l’orgueil de sa victoire sur des limites qui avaient jusque-là entravé son développement n’éveille une ambition latente ou vice-versa ; car l’ambition éveille l’orgueil. Mais lorsque, au lieu de l’orgueil ou de l’ambition, la véritable humilité naît du labeur acharné de l’âme, celle-ci devient, entre les mains du Grand Maître, une puissance pour le bien qu’on ne peut atteindre par des moyens humains.
Nous qui croyons dans le fonctionnement parfait de la loi karmique ne pouvons concevoir que la souffrance et la crucifixion de Jésus puissent être dues à autre chose qu’à de mauvaises actions correspondantes dans une manifestation physique de l’Ego qui s’est incarné comme Jésus. Ceci ne change en rien l’énoncé selon lequel il est mort pour les péchés du monde, car les péchés du monde étaient ses péchés dans un double sens qui sera expliqué plus amplement lorsque nous nous attarderons à l’étude du Nouveau Testament d’un point de vue occulte.
Le fait que Jésus soit d’abord apparu, au moment de sa résurrection, à Marie Madeleine, qui représente aujourd’hui un sommet de mauvaise conduite chez la femme, devrait enseigner la vérité à ceux qui se croient chrétiens.
Un véritable occultiste ne trouve jamais difficile de réconcilier cet énoncé avec ce qu’il connaît de la pureté de corps et d’esprit requise pour un chéla. Marie, la mère, symbolise la pureté ignorante et passive – cet état de pureté qui ne connaît pas la tentation. Marie Madeleine représente la pureté consciente et active. Ce sont les deux pôles d’une grande qualité.
Ce que j’ai énoncé ici ne doit pas être entendu comme un appui à l’hérésie selon laquelle la fin justifie les moyens, ou qu’on peut faire le mal et s’attendre qu’il en sorte du bien. Commettre consciemment le mal ne fera jamais naître le bien – ils sont aux antipodes l’un de l’autre. Ce que nous entendons par le mal ignorant, dont on se repent sincèrement et qu’on rachète, est un éveil du pôle du bien par les forces activées par le repentir et l’expiation.
C’est dans le « Sermon sur la montagne1 » que l’on trouve la définition la plus claire des vraies qualités nécessaires à un disciple : être pauvre en esprit, affligé, affamé, assoiffé de justice, miséricordieux, artisan de la paix, persécuté pour la justice, et avoir le cœur pur. Voilà les enfants de Dieu, les véritables disciples, les chélas des Maîtres. Sans ces qualités, toute la connaissance de l’univers est inutile. C’est ce que nous SOMMES, notre nature interne, non ce que nous savons ou croyons qui constitue la base de l’état de disciple de la Fraternité Blanche.
1 – N.D.É. Aussi appelé « Les Béatitudes », ce texte se trouve dans les évangiles de Matthieu, 5-3 et de Luc, 6-20.
HILARION - Temple 1 - Leçon 4


