Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VI – PHÉNOMENES PSYCHO-PHYSIQUES
Hermès, porteur de mes ordres, prend son bâton avec lequel il ferme les yeux des mortels et réveille les endormis.
Odyssée V.
J’ai vu les anneaux de Samothrace bondir et la limaille d’acier s’agiter dans un plat d’airain aussitôt que l’on plaçait au-dessous la pierre d’aimant, et le fer paraissait s’envoler plein de terreur haineuse.
LUCRECE.
Ce qui distingue spécialement les frères, c’est leur connaissance merveilleuse des ressources de l’art médical. Ils opèrent non par des charmes, mais par des simples.
Ms. Exposé sur l’Origine et les attributs des vrais Rose-croix.
Une des plus grandes vérités qu’ait jamais émises un savant est la remarque faite par le Prof. Cooke, dans sa New Chemistry. « L’histoire de la Science montre, dit-il, que le siècle doit être préparé avant que les vérités scientifiques puissent y prendre racine et croître. Les avertissements stériles de la science ont été stériles, parce que cette semence de la vérité était tombée sur une terre aride ; et aussitôt que la plénitude des temps est venue, le grain a pris racine, et le fruit a mûri… Chaque étudiant est surpris de voir combien est faible la part de vérité nouvelle, que même les plus grands génies ont ajoutée à l’acquis antérieur ».
La révolution par laquelle la chimie vient de passer est bien faite pour attirer l’attention des chimistes sur ce fait ; et il ne faudrait pas s’étonner si, dans un espace de temps moins long que celui qu’il a fallu pour l’effectuer, on se mettait à étudier avec impartialité les prétentions des alchimistes à un point de vue rationnel. La distance de l’étroit chenal à franchir et qui sépare la chimie nouvelle de l’alchimie ancienne est à peine plus grande (si elle l’est) que celle qui sépare le dualisme de la loi d’Avogadro.
De même qu’Ampere a été l’introducteur d’Avogadro auprès de la chimie contemporaine, de même Reichenbach aura peut-être eu un jour le mérite d’avoir, avec son OD, aplani les voies à une juste appréciation de Paracelse. Il y a plus de cinquante ans qu’on luttait pour arriver à faire accepter les molécules, comme unités dans les calculs chimiques ; il peut se faire qu’il faille moins de la moitié de ce temps pour faire reconnaître le mérite extraordinaire du philosophe mystique suisse. Le paragraphe monitoire sur les médiums guérisseurs (293) qui sera trouvé ailleurs, aurait pu être écrit par un lecteur de ses œuvres. « Vous devez bien comprendre, dit-il que l’aimant est cet esprit de vie, dans l’homme, que le malade recherche, car tous deux s’unissent au chaos extérieur, et c’est ainsi qu’un homme bien portant est infecté par le malade, en vertu de l’attraction magnétique ».
Les causes premières des maladies qui affligent l’humanité ; les relations secrètes entre la physiologie et la psychologie inutilement torturées par les savants modernes pour en tirer quelque lueur qui servira de base à leurs spéculations ; les spécifiques et les remèdes pour tous les maux du corps humain – tout cela est décrit dans ses volumineux ouvrages. L’électro-magnétisme, la prétendue découverte du Professeur Oerstedt, avait été utilisé par Paracelse, trois siècles auparavant. On en a la preuve par l’examen critique de son procédé de guérison des maladies. Il n’y a pas lieu de s’étendre sur ses découvertes en chimie, car tous les auteurs loyaux et exempts de préjugés admettent déjà que c’était un des plus grands chimistes de son temps (294). Brierre de Boismont le qualifie de « génie », et il est d’accord avec Deleuze pour reconnaître qu’il a créé une nouvelle époque dans l’histoire de la médecine. Le secret de ses heureuses et magiques guérisons, pour employer l’épithète dont on se sert à son endroit, réside dans son souverain mépris pour les prétendues autorités de son temps. « Cherchant la vérité dit Paracelse, je me dis que, dans le cas où il n’existerait pas de professeurs de médecine dans ce monde, comment ferai-je pour apprendre cet art. Il faudrait l’étudier dans le livre grand ouvert de la nature, écrit par la main de Dieu…. On m’accuse de n’être point entré par la vraie porte. Mais quelle est la véritable porte ? Est-ce celle de Galien, celle d’Avicenne, de Mesne, de Rhasis, ou bien celle de l’honnête nature ? Pour moi, je crois que c’est cette dernière. C’est par cette porte là que je suis entré ; c’est la lumière de la nature et aucune lampe d’apothicaire qui m’a montré le chemin ».
Ce mépris complet des lois établies et des formules scientifiques, cette aspiration de l’argile mortelle à s’unir à l’esprit de la nature, et ce propos de ne chercher que lui pour la santé, l’aide et la lumière de vérité, furent la cause de la haine invétérée des pygmées contemporains pour ce philosophe du feu et alchimiste. Quoi d’étonnant à ce qu’ils l’aient accusé de charlatanisme et même d’ivrognerie. De cette dernière accusation Hemmann l’a bravement et courageusement lavé, et démontré que l’accusation venait d’un certain « Oporinus qui vécut quelque temps avec lui pour apprendre ses secrets ; et que son plan avait échoué ; c’était la source de ces odieuses allégations, de ses disciples et des apothicaires ». Il fut le fondateur de l’école du Magnétisme animal, et l’inventeur des propriétés occultes de l’aimant. Il fut flétri sous l’inculpation de sorcellerie par son temps, parce que ses guérisons étaient merveilleuses. Trois siècles plus tard, le baron du Potet a été aussi accusé de sorcellerie et de démonolâtrie par l’Eglise de Rome et de charlatanisme par les Académiciens d’Europe. Mais, comme le disent les philosophes du feu, il n’est pas un chimiste qui veuille condescendre à examiner le « feu vivant » autrement que le font ses collègues. « Tu as oublié ce que tes pères t’ont enseigné à ce sujet, ou plutôt tu ne l’as jamais su… c’est trop fort pour toi (295) ».
Un ouvrage sur la philosophie magico-spirite et la science occulte serait incomplet sans une notice particulière sur l’histoire du magnétisme animal, tel que nous le connaissons, depuis que Paracelse frappa par lui de stupeur tous les hommes de science de la dernière moitié du XVIème siècle.
Passons rapidement sur son apparition à Paris lorsqu’il y fut importé d’Allemagne par Anton Mesmer. Parcourons avec une attention sérieuse les vieux documents qui moisissent maintenant dans les archives de l’Académie des sciences de cette capitale, car nous y trouverons qu’après avoir repoussé tour à tour toutes les découvertes faites depuis Galilee, les Immortels mirent le comble à leur aveuglement en tournant le dos au magnétisme et au mesmérisme. Ils fermèrent volontairement devant eux les portes qui donnent accès aux grands mystères de la nature qui sont cachés dans les sombres régions du monde psychique comme du monde physique. Le grand dissolvant universel, l’Alkahest était là, tout près d’eux ; ils l’ont laissé passer inaperçu ; et maintenant que près de cent années se sont écoulées, nous lisons l’aveu suivant :
« Il est vrai néanmoins qu’au-delà des limites de l’observation directe, notre science (la chimie) n’est point infaillible, et que nos théories et nos systèmes, bien qu’ils puissent tous renfermer quelque noyau de vérité, subissent de fréquents changements, et, souvent, sont révolutionnés de fond en comble (296) ».
Pour affirmer aussi dogmatiquement que le mesmérisme et le magnétisme animal ne sont qu’hallucinations, il faut être en mesure de le prouver. Où sont-elles, ces preuves qui, seules, devraient donner de l’autorité à la science ? Mille fois les Académiciens ont eu des occasions de s’assurer de la vérité ; ils les ont toujours invariablement repoussées. C’est en vain que les mesméristes et les guérisseurs ont invoqué le témoignage des sourds, des boiteux, des malades, des mourants, qui ont été guéris et rendus à la vie, par de simples manipulations, et par « imposition des mains apostoliques ». « Coïncidence ! Est leur réponse habituelle lorsque le fait est trop évident pour être absolument nié ; « feux follets », « exagération », « charlatanisme », sont les expressions favorites de nos nombreux Thomas modernes. Neewton le guérisseur américain bien connu a accompli plus de cures instantanées que bien des médecins renommés de New-York n’ont eu de malades dans leur vie ; Jacob (z) le Zouave a eu le même succès en France. Devons-nous donc considérer les témoignages accumulés des quarante dernières années sur ce sujet, comme des illusions, des compérages d’habiles charlatans, ou pure folie ? Mais le seul fait de supposer une duperie aussi prodigieuse équivaut déjà à s’accuser d’aliénation mentale.
Malgré la récente condamnation de Leymarie (297), les railleries des sceptiques et d’une grande majorité des médecins et des savants, l’impopularité du sujet, et, par-dessus tout, les persécutions infatigables du clergé catholique qui combat dans le Mesmérisme l’ennemi traditionnel de la femme, la vérité de ses phénomènes est si évidente et incontestable, que même la magistrature française a été forcée, bien qu’à contrecœur de le reconnaître tacitement. La célèbre clairvoyante, Mme Roger fut accusée d’extorsion d’argent en même temps que son magnétiseur le Dr Fortin. Le 18 mai 1876, elle fut assignée devant le tribunal correctionnel de la Seine. Son témoin était le baron du Potet, le grand maître du Mesmérisme en France depuis cinquante ans ; son avocat, le non moins célèbre Jules Favre. Pour une fois la vérité triompha, et l’accusation fut abandonnée. Cette victoire fut-elle due à l’éloquence extraordinaire du défenseur, ou à la vérité incontestable et absolument irréprochable des faits ? Mais Leymarie, le directeur de la Revue Spirite, avait aussi les faits en sa faveur ; et de plus, le témoignage de plus d’une centaine de personnes respectables, parmi lesquelles figuraient les premiers noms d’Europe. À cela il n’y a qu’une réponse, les magistrats n’ont point osé contester les faits du mesmérisme. Mais la photographie des esprits, les coups frappés, l’écriture, les mouvements, les conversations, et même les matérialisations d’esprits peuvent être simulés ; À peine existe-t-il aujourd’hui un phénomène physique en Europe ou en Amérique, qui ne puisse être imité (avec des appareils) par un habile prestidigitateur. Les merveilles du mesmérisme et les phénomènes subjectifs seuls défient les trompeurs, les sceptiques, la science austère et les médiums malhonnêtes. L’état cataleptique est impossible à feindre. Les spirites qui tiennent à proclamer leurs vérités et à les faire admettre de force par la science cultivent les phénomènes magnétiques. Magnétisez, sur la scène de « l’Egyptian Hall » une bonne somnambule plongée dans le sommeil mesmérique profond ; que son magnétiseur envoie son esprit libéré partout où il plaira au public ; Qu’on éprouve ainsi sa clairvoyance, et sa clair audience ; que l’on plante des épingles dans toutes les parties de son corps, sur lesquelles le magnétiseur a fait des passes ; qu’on lui enfonce des aiguilles dans la peau, au-dessous des paupières ; qu’on la brûle et la lacère avec un instrument pointu. « Ne craignez rien ! » disent Regazzoni, du Potet, Alphonse Teste, Pierrard, Puysegur et Dolgorouky, « un sujet magnétisé ou endormi n’est jamais blessé ! » Et lorsque vous l’aurez fait, que l’on invite quelqu’un de ces magiciens populaires modernes qui ont soif de réclame, et qui prétendent être assez habiles pour imiter tous les phénomènes spirites à se soumettre aux mêmes épreuves (298).
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