PHÉNOMÈNES ET FORCES – partie 9

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre II – PHÉNOMÈNES ET FORCES

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Si les spirites sont désireux de rester strictement dogmatiques dans leurs notions du « monde des esprits », ils ne doivent pas convier les savants à l’étude de leurs phénomènes dans un véritable esprit expérimental. La tentative aboutirait très sûrement à la redécouverte partielle de l’antique magie : celle de Moise et de Paracelse. Sous la beauté décevante de quelques-unes de leurs apparitions, ils pourraient trouver, un jour, les sylphes, les jolies ondines des Rose-Croix, jouant dans des courants de force psychique et odique.

Déjà M. Crookes, qui croit pleinement à l’existence de l’être, sent que, sous la douce peau de Katie King, couvrant un simulacre de cœur emprunté en partie au médium et en partie aux assistants, il n’y a point d’âme ! Quant aux doctes auteurs de l’Univers invisible, abandonnant leur théorie « électro-biologique », ils commencent à percevoir que l’éther universel pourrait bien être simplement un album photographique d’EN-SOPH, l’Illimité.

Nous sommes loin de croire que tous les esprits qui font des communications dans les cercles appartiennent aux classes dites Élémentaux et des Élémentaires. Beaucoup d’entre eux, et spécialement ceux qui font parler subjectivement le médium, qui le font écrire et agir de différentes manières, sont des esprits humains désincarnés (140). Ces esprits sont-ils bons ou mauvais, en majorité ? La réponse dépend beaucoup de la moralité privée du médium, de celle des membres du cercle, et de l’intensité de leurs aspirations et du but qu’ils poursuivent. Si ce but est simplement de satisfaire la curiosité et passer le temps, il est inutile d’espérer rien de sérieux. Quoi qu’il en soit, les esprits humains ne peuvent jamais se matérialiser in propriâ personâ. Ils ne peuvent jamais apparaître revêtus de chair solide et chaude, les mains et le visage en sueur, dans les corps matériels grossiers. Le plus qu’ils puissent faire c’est projeter leur reflet éthéré sur les ondes atmosphériques et si l’attouchement de leurs mains et de leurs vêtements peut, dans certaines occasions, devenir objectif pour les sens d’un mortel vivant, cette sensation sera comme une brise qui passe en caressant l’endroit touché, et non comme une main humaine ni un corps matériel. Il est inutile de l’affirmer : les « esprits matérialisés » avec des cœurs dont on sentait les battements et des voix fortes (avec ou sans trompette) sont des esprits humains. Si les sons émis par eux peuvent être appelés des voix, les voix d’une apparition, une fois perçues, ne peuvent guère être oubliées. Celle d’un pur esprit est comme le murmure d’une harpe Éolienne entendue à distance ; la voix d’un esprit souffrant, et par conséquent impur sinon tout à faits mauvais, peut être comparée à celle d’un homme parlant dans un tonneau vide.

Ce n’est point notre philosophie, mais celle qu’ont professée d’innombrables générations de théurgistes et de magiciens : elle est fondée sur leur expérience pratique. Le témoignage de l’antiquité est positif à cet égard : « Δαιμονώ οωναί αναρθροι είοι. Les voix des esprits ne sont pas articulées (141). » La voix des esprits produit l’impression d’une colonne d’air comprimé montant de bas en haut et se répandant autour de la personne de l’interlocuteur vivant. Les nombreux témoins oculaires qui ont attesté le cas d’Elisabeth Eslinger ont déclaré qu’ils virent l’apparition ayant la forme d’une colonne de vapeur. Ces témoins sont : le vice gouverneur de la prison de Weinsberg, Mayer, Eckhart, Theurer et Knorr (assermentés), Düttenhoefer et Kapff le mathématicien. Pendant onze semaines, le Dr Kerner et ses fils, plusieurs ministres luthériens, l’avocat Fraas, le graveur Düttenhoefer, deux médecins, Siefer et Sicherer, le juge Heyd, le baron Von Hugel et bien d’autres ont suivi journellement cette manifestation. Tant qu’elle dura, la prisonnière Elisabeth pria à haute voix sans interruption. Comme « l’esprit » parlait en même temps, il est impossible d’invoquer la ventriloquerie. Cette voix, disent les témoins, n’avait rien d’humain, personne n’aurait pu l’imiter (142).

Nous donnerons plus loin d’abondantes preuves, tirées des auteurs anciens, à l’appui de cette vérité négligée. Pour le moment, nous répéterons que pas un esprit, parmi ceux que les spirites croient être des esprits humains désincarnés, n’a jamais été prouvé tel, par des témoignages suffisants. L’influence désincarnée peut être ressentie et communiquée subjectivement par eux à des sensitifs. Ils peuvent produire des manifestations objectives, mais ils ne peuvent se manifester eux-mêmes que de la manière indiquée plus haut. Ils peuvent contrôler le corps du médium, exprimer leurs désirs et leurs idées de diverses façons bien connues des spirites, mais ils ne peuvent point matérialiser ce qui est immatériel et purement spirituel, leur essence divine. Ainsi, toutes les prétendues « matérialisations », lorsqu’elles sont authentiques, sont produites (peut-être), soit par la volonté de « l’esprit », que l’apparition prétend être, mais qu’elle peut tout au plus personnifier, soit par un Gobelin élémentaire trop stupide, généralement, pour mériter le nom de démon. Dans de rares occasions, les esprits ont le pouvoir de se faire obéir par ces êtres sans âme, toujours prêts à prendre des noms pompeux si l’on n’y met bon ordre, de telle façon que le malicieux « esprit de l’air » formé par l’image réelle d’un esprit humain peut être mu par ce dernier comme une marionnette incapable de faire un acte ou de dire un mot autres que ceux qui leur sont imposés par « l’âme immortelle ». Mais cela exige certaines conditions généralement ignorées des cercles ou des spirites, même des plus assidus aux séances. N’attire pas qui veut les esprits humains. Une des attractions les plus puissantes sur nos défunts est leur profonde affection pour ceux qu’ils ont laissés sur la terre. Elle les attire irrésistiblement, peu à peu, dans le courant de la Lumière Astrale qui vibre entre la personne qui leur est sympathique et l’Ame Universelle.

Une autre très importante condition est l’harmonie, la pureté magnétique des personnes présentes. Si cette philosophie est dans l’erreur, si toutes les formes matérialisées émergeant, dans des pièces obscures, de cabinets plus obscurs encore, sont les esprits de personnes qui ont vécu jadis sur cette terre, d’où vient la différence si grande qui existe entre elles, et les fantômes qui apparaissent inopinément, ex abrupto, sans le concours d’aucun cabinet noir ni d’aucun médium ? Qui a jamais entendu parler des apparitions « d’âmes tourmentées », errant autour des lieux où elles ont été assassinées, ou, revenant, pour des raisons personnelles mystérieuses, avec des « mains dont on sent la chaleur », donnant une impression de chair si vivante qu’on ne les distinguerait pas des êtres vivants si l’on ne savait positivement que ces personnalités sont mortes et enterrées ? Il y a des faits parfaitement attestés d’apparitions se rendant soudainement visibles, mais jamais, jusqu’au commencement de l’ère des « matérialisations », nous n’avons rien vu comme elles. Dans le journal Medium and Day Break, numéro du 8 septembre 1876, nous lisons une lettre d’une dame voyageant sur le continent rapportant un fait survenu dans une maison hantée. Elle dit : « … Un bruit étrange se fit entendre dans un coin sombre de la bibliothèque… regardant de ce côté, elle aperçut un nuage ou une colonne de vapeur lumineuse. L’esprit, enchaîné à la terre, errait autour du lieu rendu maudit par ses méfaits… » Comme cet esprit était indubitablement une véritable apparition élémentaire, rendue visible par sa volonté, ou, en un mot, une umbra ; Elle était, comme doit être toute ombre respectable, visible mais impalpable, ou, si elle était palpable à un degré quelconque, elle faisait, au toucher, l’effet d’une masse d’eau écrasée dans la main ou bien d’une vapeur condensée mais froide. Elle était lumineuse et vaporeuse : tout ce qu’on peut dire c’est qu’elle pouvait être l’ombre personnelle réelle de l’ « esprit » persécuté et attaché à la terre, soit par le remords de ses propres crimes, soit par les crimes d’une autre personne ou esprit. Les mystères d’outre-tombe sont nombreux et les « matérialisations » modernes ne font que les rendre sans valeur et ridicules aux yeux des indifférents.

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