PHÉNOMÈNES ET FORCES – partie 7

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre II – PHÉNOMÈNES ET FORCES

Partie 1Partie 2Partie 3Partie 4Partie 5
Partie 6Partie 7Partie 8Partie 9Partie 10

Passer des spéculations philosophiques d’un homme tel que Schopenhauer aux généralisations superficielles de quelques membres de l’Académie des Sciences, en France, serait sans utilité si ce n’est qu’il nous sera permis d’apprécier la portée intellectuelle de ces deux écoles savantes. Nous venons de voir comment l’Allemand traite les profondes questions psychologiques. Mettons en regard maintenant ce que l’astronome Babinet et le chimiste Boussingault ont de mieux à nous offrir pour expliquer un phénomène spirite important. Ces éminents spécialistes ont présenté à l’Académie, en 1854-1855, un mémoire, une monographie dont le but évident était de confirmer et, en même temps, de rendre plus claire la théorie trop compliquée émise par Chevreul pour expliquer les tables tournantes ; il était membre de la commission d’enquête.

Citons textuellement : « Quant aux mouvements et aux prétendues oscillations qu’éprouvent certaines tables, elles n’ont d’autre cause que les vibrations invisibles et involontaires du système musculaire de l’expérimentateur. La contraction étendue des muscles se manifeste elle-même, à ce moment, par une série de vibrations, devient un tremblement visible qui communique à l’objet un mouvement circumrotatoire. Ce mouvement de rotation est ainsi susceptible de se manifester avec une énergie considérable, par un mouvement graduellement accéléré ou par une résistance énergique lorsqu’on désire l’arrêter. Donc, l’explication du phénomène devient claire et n’offre pas la moindre difficulté (136) ».

Aucune en vérité. Cette hypothèse scientifique (dirons-nous cette démonstration ?) Est aussi claire en réalité que les nébuleuses de M. Babinet, examinées par une nuit de brouillard.

Et, cependant, toute claire qu’elle puisse paraître, elle manque d’une qualité essentielle : le sens commun. Nous sommes dans l’impossibilité de décider si, oui ou non, M. Babinet, en désespoir de cause, accepte cette proposition de Hartmann : « les effets visibles de la matière ne sont que les effets d’une force et que, pour se former une idée claire de la matière, on doive d’abord s’en former une de la force ? La philosophie de l’école à laquelle appartient Hartmann, acceptée en partie par plusieurs des plus grands savants allemands, veut que le problème de la matière ne puisse être résolu que par cette Force invisible, dont Schopenhauer appelle la connaissance « le savoir magique » et aussi « l’effet magique ou action de la Volonté ». Ainsi, il faut d’abord nous assurer si « les vibrations involontaires du système musculaire de l’expérimentateur » – qui sont simplement des « actes de la matière » – sont influencées par une volonté intérieure ou extérieure à l’expérimentateur. Dans le premier cas, M. Babinet en fait un épileptique inconscient. Le second cas, nous verrons, plus loin, qu’il le rejette absolument pour attribuer à une « ventriloquie inconsciente » toutes les réponses intelligentes que traduisent les mouvements des tables et les coups frappés par elles.

Nous savons que chaque acte de la volonté se traduit par de la force. D’après l’école allemande déjà citée, les manifestations des forces atomiques est un acte individuel de la volonté d’où l’agglomération inconsciente des atomes en une image concrète subjectivement créée déjà par la volonté. Democrite enseigne, d’après son maître Leucippe, que les premiers principes de toutes choses dans l’univers furent des atomes et un vacuum. Dans son sens cabalistique, ce vacuum veut dire ici la Divinité latente ou la force latente qui, à sa première manifestation, devint la VOLONTÉ et, ainsi, communiqua la première impulsion à ces atomes dont l’agglomération est la matière. Ce vacuum n’est qu’un synonyme, très peu satisfaisant, de chaos puisque, d’après les Péripatéticiens, « la nature a horreur du vide. »

Avant Democrite, les anciens étaient familiers avec l’idée de l’indestructibilité de la matière. C’est ce que montrent leurs allégories et d’autres faits nombreux. Movers donne une définition de l’idée phénicienne de la lumière solaire idéale comme une influence spirituelle émanant du Dieu le plus élevé : IAO, « la lumière qu’on peut seulement concevoir par l’intellect, le principe physique et spirituel de toutes choses ; duquel donc l’âme émane ». C’était l’Essence masculine, ou Sagesse, tandis que la matière primitive ou Chaos était féminine. Ainsi, les deux premiers principes – coéternels et infinis – étaient déjà pour les Phéniciens primitifs : esprit et matière. Par conséquent, cette théorie est aussi vieille que le monde ; Democrite ne fut pas le premier à la professer, et l’intuition existait dans l’homme avant l’ultime développement de sa raison. L’impuissance de toutes les sciences matérialistes à expliquer les phénomènes occultes provient du fait qu’elles nient l’Entité sans limite et sans fin, maîtresse de cette invisible Volonté que, faute d’un meilleur nom, nous appelons Dieu. C’est dans le rejet, a priori, de tout ce qui pourrait les forcer à franchir la frontière des sciences exactes et à entrer dans le domaine de la physiologie psychologique ou, si l’on préfère, métaphysique, que nous trouvons la cause secrète de leur défaite devant les manifestations et de l’impuissance de leurs absurdes théories à les expliquer. La philosophie ancienne affirmait que c’est par la manifestation de cette Volonté – nommée par Platon, l’Idée Divine – que toutes choses, visibles et invisibles vinrent à l’existence. De même que cette Idée Intelligente, par le seul fait de diriger sa puissante Volonté sur un centre de forces localisées appelaient les formes objectives à l’existence ; l’homme, le microcosme du grand Macrocosme en fait autant avec le développement de sa force de Volonté. Les atomes imaginaires – langage figuré qu’employa Democrite et dont les matérialistes se sont emparés avec une joie reconnaissante – sont comme des ouvriers automates, mus intérieurement par l’afflux de cette Volonté Universelle dirigé sur eux et qui se manifestant comme force les met en mouvement. Le plan de l’édifice à construire existe dans le cerveau de l’Architecte et reflète sa volonté : abstrait encore, dès l’instant de la conception, il devient concret par ces atomes qui suivent fidèlement chaque ligne, point et figure tracés dans l’imagination du Divin Géomètre.

L’homme peut créer comme Dieu. Étant donnée une certaine intensité de Volonté, les formes imaginées par le mental deviennent subjectives. On les appelle hallucinations quoiqu’elles soient aussi réelles pour leur auteur que n’importe quel objet visible pour tout autre. Augmentez l’intensité et l’intelligente concentration de cette même volonté, la forme deviendra concrète, visible, objective ; l’homme a appris le secret des secrets ; c’est un MAGICIEN.

Les matérialistes ne devraient rien objecter à cette logique puisqu’ils considèrent la pensée comme de la matière. Admettons qu’il en soit ainsi : le mécanisme ingénieux agencé par l’inventeur, les scènes féeriques nées dans le cerveau du poète, les splendides tableaux évoqués par la fantaisie du peintre, la statue sans égale ciselée dans l’éther par le sculpteur, les palais et les châteaux élevés dans l’air par l’architecte ; toutes ces œuvres bien qu’invisibles, sont subjectives, doivent exister car c’est de la matière façonnée et moulée. Qui pourra dire, par conséquent, qu’il n’existe pas d’hommes doués d’une volonté assez puissante pour rendre visibles aux regards des hommes ces œuvres de fantaisie dessinées dans l’air, revêtues d’une rude enveloppe de matière grossière pour les rendre tangibles ?

Si les savants Français n’ont pas cueilli de lauriers dans le nouveau domaine ouvert à l’investigation, qu’a-t-on fait de plus qu’eux en Angleterre jusqu’au jour où M. Crookes s’est offert pour expier les péchés des corps savants ? M. Faraday, il y a une vingtaine d’années, a bien voulu se prêter, une ou deux fois, à des conversations sur ce sujet. Dans toutes les discussions relatives aux phénomènes, les anti-spirites prononcent ce nom de Faraday comme s’il équivalait à quelque charme puissant contre le mauvais œil du spiritisme. Or Faraday, qui rougissait d’avoir publié ses études sur une question aussi compromettante, Faraday (c’est prouvé, nous le savons de bonne source) ne s’est jamais assis devant une table tournante.

Nous n’avons qu’à déplier quelques numéros du Journal des Débats, publiés alors qu’un médium Écossais bien connu se trouvait en Angleterre, pour rendre aux faits anciens toute leur fraîcheur primitive. Dans un de ces numéros, le Dr Foucault de Paris se pose en champion de l’éminent expérimentateur anglais. « N’allez pas vous imaginer, je vous prie, dit-il, que ce grand physicien ait jamais consenti à s’asseoir prosaïquement devant une table sautante. » D’où vient alors cette rougeur qui colorait les joues du « Père de la Philosophie expérimentale ? » En rappelant ce fait, nous allons examiner la nature de « l’Indicateur », l’extraordinaire « Piège à Médiums » inventé par Faraday pour découvrir les fraudes des médiums. Cette machine compliquée dont le souvenir hante, comme un cauchemar, les rêves des médiums malhonnêtes, est soigneusement décrite dans le livre Des Esprits et de leurs manifestations fluidiques, du comte de Mirville.

Pour mieux prouver aux expérimentateurs la réalité de leur propre impulsion, le professeur Faraday plaça plusieurs disques de carton collés ensemble et fixés à la table au moyen d’une colle à moitié liquide qui, tout en faisant adhérer les disques et en les collant à la table, devait néanmoins céder à une pression continue. La table s’étant mise à tourner – eh, oui ! Elle se permit de tourner devant M. Faraday ! Ce fait a bien son importance – on examina les disques et, comme on trouva qu’ils s’étaient graduellement déplacés en glissant dans la même direction que la table, on obtint ainsi une preuve irréfutable que les expérimentateurs avaient, eux-mêmes, poussé la table.

Une autre de ces prétendues épreuves scientifiques, si utiles dans un phénomène que l’on dit être spirituel ou psychique, fut fournie par l’emploi d’un petit instrument qui avertissait immédiatement les assistants de la plus petite impulsion provenant d’eux-mêmes, ou plutôt, suivant la propre expression de Faraday, « les avertissaient lorsqu’ils changeaient d’état et, de passifs, devenaient actifs ». Cette aiguille qui signalait le mouvement ne prouvait qu’une chose : l’action d’une force émanant des assistants ou subie par eux. Or, qui a jamais nié l’existence de cette force ? Tout le monde l’admet, soit que cette force passe par l’opérateur, comme cela arrive généralement ; soit qu’elle s’exerce indépendamment de lui, comme cela se produit souvent. « Tout le mystère de la chose consistait dans la disproportion de la force employée par ces pousseurs malgré eux, avec certains effets de rotation ou plutôt de course vraiment merveilleuse ; devant ces effets prodigieux, comment voulait-on que toutes ces expériences lilliputiennes conservassent quelque valeur dans ce nouveau pays des géants (137) ? ».

Le professeur Agassiz qui, en Amérique, occupait comme savant, à peu près la même situation que Faraday en Angleterre, agit avec encore plus de mauvaise foi. Le professeur J. Buchanan, anthropologiste distingué, qui a traité le spiritisme, à bien des égards, plus scientifiquement que qui que ce soit, en Amérique, parle d’Agassiz, dans un récent article, avec une très juste indignation. En effet, le professeur Agassiz aurait dû croire, mieux que tout autre, à un phénomène dans lequel il avait joué lui-même le rôle de sujet. Mais maintenant que Faraday et Agassiz sont, tous deux, désincarnés, nous ferons mieux d’interroger les vivants plutôt que les morts.

Lire la suite ... partie 8
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer