PÂQUES

Alors que le Soleil traverse la ligne de l’équinoxe, avec l’avènement du printemps – comme a été nommé la première des quatre principales saisons –, arrive dans l’esprit et le corps de l’être humain, sensible à l’action des marées montantes et descendantes du grand fleuve de la vie, la manifestation d’une vibration toujours nouvelle, d’un souffle de vie toujours nouveau.

La sève monte dans le tronc de l’arbre et coule jusqu’à l’extrémité de la moindre brindille. La faible vie enfouie au cœur de la graine fait éclater son enveloppe et s’élance dans une nouvelle incarnation, dans ce qui est pour elle un monde nouveau. La marée du fleuve de la vie accélère son mouvement et active le sang dans le corps de l’homme. Chaque printemps de sa vie et jusqu’à ce que le midi de cette vie soit dépassé, l’homme s’élève à une nouvelle vibration. À mesure que le temps passe, la graine de n’importe quelle division de la vie végétale perd son pouvoir de reproduction, puis son pouvoir de croissance et son rendement diminuent graduellement jusqu’à ce que, finalement, elle meure. Avec le passage des ans, les marées de la vie en l’homme ne parviennent plus à atteindre les mêmes hauteurs qu’à l’époque de ses jeunes printemps, son pouvoir de reproduction s’amoindrit et sa vitalité diminue. En d’autres mots, sa forme vieillit puis disparaît finalement de la scène de la vie mortelle.

L’âme spirituelle en l’homme, tout comme l’Âme Universelle, n’a pas d’âge et ne perd aucun pouvoir. Pour elle, c’est l’éternel printemps. Le Soleil Spirituel est à jamais au-dessus de l’horizon de l’âme et ne franchit aucune ligne. Ce n’est qu’après avoir traversé son « Vendredi saint » – son temps de crucifixion, le moment où la graine de l’âme fait éclater son enveloppe dans les douleurs de l’enfantement spirituel, où elle est attachée à la croix de la matière par les clous du désir charnel –, que l’âme prend connaissance de sa jeunesse éternelle qui découle de son droit de naissance. Après avoir été transpercée par l’épée de la renonciation, elle abandonne son corps de chair. Alors, et seulement alors, sa véritable Pâques peut commencer, son jour de résurrection d’entre les morts, le jour où le Christ en l’homme apporte la prise de conscience de toutes ses existences précédentes dans la forme et de l’indivisibilité de la « vie une » sous-jacente à toute manifestation.

Vous avez entendu parler des « âmes perdues » et vous avez lu sur ce sujet. L’affreuse signification de ces mots a été faiblement perçue jusqu’à maintenant. Dans la majorité des cas, sinon dans tous les cas, vous vous êtes persuadés que, pour vous et les vôtres, ces mots ne conviennent pas et qu’un semblable destin ne saurait survenir – bien qu’il puisse toucher les autres. Vous avez rejeté la version traditionnelle du mystère d’une « âme perdue » comme peu digne d’intérêt ou de considération, ou vous l’avez peut être acceptée comme une simple figure symbolique impossible à interpréter, comme vous l’avez fait pour d’autres vérités spirituelles faiblement voilées dont vous n’avez pas réussi à découvrir la réalité sous-jacente.

Il serait effectivement judicieux que vous refusiez de vous appesantir sur un sujet semblable s’il vous était possible, en agissant ainsi, d’éviter ou de refuser d’accepter la réalité derrière ce qui ressemble à un non-sens, ou s’il n’y avait effectivement aucune possibilité que ce destin vous échoie. Même au beau milieu de chaque printemps, au temps merveilleux de Pâques, vous devriez vous arrêter à l’heure de la crucifixion et diriger vos pensées vers le passé ou vers l’avenir, selon le cas. Alors que l’âme est suspendue entre les deux voleurs que sont la convoitise et l’avarice, le cri « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! » transperce les cieux, car hélas, c’est à une heure semblable que bien des âmes franchissent la ligne divine entre la vie éternelle et la mort éternelle. L’heure où, dans la torture physique et mentale, les démons du doute, de l’incertitude, de la déloyauté et de ce qui est pris à tort pour de l’auto-préservation à tout prix, balaient l’âme. Au sens figuré, la lumière du soleil est obscurcie, le voile du temple se déchire, et la terre tremble – en conséquence des terribles bouleversements dans l’enfer de l’âme.

C’est à une heure semblable que la grande épreuve, l’épreuve finale, se présente à chaque homme. L’épreuve révélera si l’Ego en incarnation – le Soi Supérieur – se détachera à jamais des principes inférieurs qui l’enveloppent et cherchera une autre sphère d’action, laissant ainsi les corps inférieurs qu’il a adombrés au sort qu’ils se sont mérités, ou si, en conséquence du pouvoir gagné par la lutte et l’endurance patientes dans toute cette désolation et ces souffrances, le Soi Supérieur, le Christ en l’homme, revêtira à la fois l’âme et ses véhicules de la Lumière ineffable du Logos, les unissant ainsi éternellement lors de cette dernière initiation, là où la robe Nirmanakaya sera gagnée et où la pleine reconnaissance de sa destinée éternelle se fera jour en elle.

Ne laissez passer aucun jour de Pâques sans ramener à votre réflexion et à votre méditation, non seulement la grande promesse de l’aube d’une nouvelle vie, d’un nouveau printemps pour l’âme, mais aussi la possibilité d’un échec ou d’une perte comme celle décrite plus haut. Car, croyez-moi, aucune angoisse qui puisse affliger l’âme ou le corps en incarnation sur Terre n’est aussi terrible que celle que doit affronter le soi inférieur lorsqu’il prend conscience que la partie supérieure, la partie la meilleure de son être triple qu’il a autrefois connu, s’est détachée de lui. De fait, il devient une « âme perdue » et doit, par la suite, demeurer avec ceux qui par leurs tentations l’on mené jusqu’à sa chute, car il a brisé le lien qui l’attachait à son Soi Spirituel.

Érigez bien chaque jour une partie de la structure éternelle qui ne vous abandonnera pas à l’heure de votre épreuve. Que chaque soleil des Pâques à venir brille sur un nouveau succès dû à votre effort actuel. Aussi insignifiant que puisse paraître ce succès aux yeux des autres, il marquera une étape franchie sur le chemin de votre longue et dure ascension, vers le sommet de la montagne que vous tentez d’atteindre.

HILARION - Temple 2 - Leçon 266
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