« OH MON DIEU ! »

L’expression de souffrance, « Oh mon Dieu ! » – prononcée par les lèvres crispées d’un être humain à l’heure de son ultime désespoir –, n’est pas un appel conscient à un être divin, pas plus qu’il n’est un élan de vénération ou une explosion de surprise. Sans un possible appel à une cour de dernière instance – que les mots soient prononcés ou pas –, sans quelque voie d’échappement pour le flot des émotions retenues, la folie ou un crime indescriptible, ou encore les deux, seraient imminents. En de semblables moments, même si ce fait est peu reconnu, l’âme humaine voit et ouvre une des portes qui mènent au « cœur des choses », et en réponse à ce cri quelque dose de soulagement s’offre à la personne qui souffre.

À quelque moment extrême de chaque vie, le même cri, oui, et les mêmes mots résonnent depuis les profondeurs de l’expérience de l’âme. En fait, ils fournissent la preuve la plus parfaite de l’existence de Dieu, car l’âme de l’homme ne demande jamais reconnaissance ni aide à un pouvoir qui n’existe pas.

Lorsque cet appel désespéré monte du cœur et de la vie d’un être humain, son heure d’épreuve est arrivée. Soit il abandonne à jamais tout ce qui jusqu’ici supportait sa vertu – et il se met alors à courir sur le sentier descendant du mal qui va toujours s’élargissant – ou soit il s’arrête parfaitement immobile et se permet de s’envelopper dans le silence alors qu’il fait le bilan de ce qui lui reste de vie.

Renoncer à la foi et perdre l’espoir en tout ce qu’elle a tenu pour divin laisse l’âme dans un état semblable à celui du corps assiégé et affaibli par une fièvre, comme une chose à moitié morte, sans même que le désir de vivre ne subsiste. À cette âme et à ce corps – et tout cela à l’insu de la conscience extérieure –, le Jardin de Gethsémani a ouvert ses portes, et ils doivent le traverser avant que la prochaine étape ne devienne manifeste.

Quel réconfort serait nôtre si l’âme parvenait à relâcher l’étreinte désespérée qui la rattache au Dieu personnel de sa conception, et si elle parvenait à réaliser que tous les utiles attributs de beauté et de puissance dont elle avait revêtu ce Dieu personnel sont en fait et en vérité des réalités divines – des rayons du Soleil Spirituel – brillant à travers toutes choses et toutes créatures vivantes. Quel réconfort ce serait aussi si l’âme parvenait à comprendre que c’est seulement le voile tissé par le moi, voile tenu fermement sur ses yeux, qui l’a gardée dans l’ignorance de la vérité.

Qui peut imaginer l’exquis ravissement de l’âme nouvellement dévoilée lorsqu’elle découvre sa première véritable vision de Dieu hors d’elle-même ? Peut-être est-ce derrière quelque forme en lambeaux, mal vêtue, enflée, ballonnée, qu’un laquais de la loi chasse peut-être depuis un misérable repaire ou refuge jusqu’à un autre, qu’un être humain, dans une période d’impuissance et de désespoir absolus, à la dernière extrémité, s’écrie : « Oh Dieu ! » Il se peut qu’il n’ait jamais prononcé ces mots auparavant, sauf pour blasphémer, mais l’âme nouvellement éveillée écoute et reconnaît le cri de l’autre âme, et elle saisit un aperçu de la lumière radiante qui perce à travers les couches de saleté et de malpropreté que des années de révolte et d’infractions à la loi ont accumulées.

Ayant saisi cet aperçu, elle se met en route pour la quête de sa vie : la « Coupe du Saint Graal ». Il n’y a plus de paix, plus de repos ni de satisfaction à trouver ailleurs que là où les rayons de la lumière de ce glorieux Soleil-Dieu percent l’obscurité qui engouffre l’humanité, et rien d’autre n’a plus d’importance.

HILARION - Temple 3 - Leçon 464
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