MYSTERES DE LA CABALE – Partie 9

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre V - MYSTERES DE LA CABALE

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Dans une citation de Hermas le chanoine Westcott nous le fait voir demandant : « Et pourquoi, Seigneur, la porte est-elle neuve ? Parce que, répondit-il, il se manifesta le dernier jour de la dispensation ; c’est pour cela que la porte fut nouvellement faite, de sorte que ceux qui sont sauvés puissent entrer par elle, dans le Royaume de Dieu (620) ». Deux choses sont à retenir dans ce passage. En premier lieu, il attribue au « Seigneur » une fausse allégation de la même nature que celle mise en évidence par l’Apôtre saint Jean(), et qui par la suite causa tant d’ennuis à tous les chrétiens orthodoxes qui acceptèrent, au pied de la lettre, les allégories apostoliques. Jésus, comme Messie, ne se manifesta pas à la fin des temps ; car ceux-ci sont encore à venir, malgré toutes les prophéties d’inspiration divine, qui devaient attester sa venue immédiate et qui ont été suivies d’espoirs déçus. La croyance que la « fin des temps » était venue était fort naturelle, du moment qu’on admettait la venue du Messie-Roi. En second lieu il est curieux que la prophétie ait été acceptée, puisque sa réalisation approximative est en contradiction directe avec Marc(), qui fait dire catégoriquement à Jésus, que ni les anges dans le ciel, ni le Fils lui-même n’en connaissaient le jour ou l’heure (621). Nous pourrions ajouter que, comme cette croyance avait, sans aucun doute, pris naissance dans l’Apocalypse, ce devrait être une preuve suffisante, qu’elle appartenait aux calculs particuliers des cabalistes et des sanctuaires païens. D’après leurs calculs et suivant la computation occulte, un cycle devait se terminer vers la fin du premier siècle. On peut le considérer également comme une preuve concluante que l’Evangile selon saint Marc(), de même que celui attribué à saint Jean() et l’Apocalypse furent écrits par des hommes qui n’étaient pas suffisamment au courant les uns des autres. Le Logos fut d’une manière définie appelé petra (rocher) par Philon le Juif ; ce mot, ainsi que nous l’avons fait voir, autre part, se traduit par « interprète » en langage Chaldéen et Phénicien. Justin Martyr, dans tous ses ouvrages, lui donne le nom « d’ange » et il établit une différence marquée entre le Logos et le Dieu Créateur. « Le Verbe de Dieu c’est Son Fils… et on le nomme aussi Ange et Apôtre, car il déclare [interprète] tout ce que nous devrions savoir et il a été envoyé pour déclarer tout ce qui est révélé (622) ».

« L’Adan Inférieur est distribué dans ses propres voies, en trente-deux côtés de voies, et cependant nul ne le connaît, sauf Seir. Mais nul de connaît l’ADAN SUPERIEUR, ni Ses voies, sauf cette longue Face » – le Dieu Suprême (623). Seir est le « génie » des Nazaréens, qui est appelé Æbel Zivo et Gabriel Legatus – aussi « Apôtre Gabriel() (624c) ». Les Nazaréens maintenaient avec les cabalistes que même le Messie à venir ne connaissait pas « l’Adan Supérieur« , la Divinité cachée ; nul excepté le Dieu Suprême ; montrant ainsi, qu’au-dessus de la Divinité Intelligible Suprême, il y en a encore une plus secrète et non révélée. Seir-Anpin est le troisième Dieu, tandis que le « Logos », d’après Philon le Juif, est le second (625). Nous en avons la preuve distincte dans le Codex. Le faux Messie dira : « Je suis Deus, le fils de Deus ; mon père m’a envoyé… Je suis le premier Légat, je suis Æbel Zivo, je viens d’en haut ! Mais méfiez-vous de lui ; car il n’est pas Æbel Zivo. Æbel Zivo ne permettra pas qu’on le voie dans ce siècle (626) ». De là la croyance chez quelques Gnostiques, que ce ne fut pas Æbel Zivo (l’Archange Gabriel()) qui « adombra » Marie, mais Ilda-Baoth, qui façonna le corps matériel de Jésus ; Christos ne s’étant uni à lui qu’au moment du baptême dans le Jourdain.

Devons-nous douter de l’affirmation de Nork que « le Bérishith Rabbah, la partie la plus ancienne de Midrash Rabboth, n’était connu des Pères de l’Eglise que dans la traduction grecque ? » (627c).

Mais si d’une part, ils étaient suffisamment au courant des différents systèmes religieux de leurs voisins pour leur permettre d’échafauder une nouvelle religion prétendue différente de toutes les autres, leur ignorance de l’Ancien Testament, sans parler des questions plus embarrassantes de la métaphysique grecque, nous paraît aujourd’hui déplorable. « Ainsi, par exemple, dans Matthieu() XXVIII, 9, et suivants, le passage de Zacharie, XI, 12, 13 est attribué à Jeremie » dit l’auteur de Supernatural Religion. « Dans Marc(), I, 2, une citation de Malachie, III, 1, est attribuée à Esaie. Dans la première aux Corinthiens, II, 9, un passage mentionné comme tiré des Saintes Ecritures, qui ne se trouve nulle part dans l’Ancien Testament, mais qui est tiré, ainsi que l’affirment Origene et saint Jerome, d’un ouvrage apocryphe, la Révélation d’Elie (628c), est aussi mentionné par la prétendue Epître de Clement aux Corinthiens (XVI, 8). On peut juger, de la créance qu’il faut accorder aux Pères de l’Eglise dans leurs expositions des diverses hérésies par le cas d’Epiphane, qui prit la Tétrade sacrée de Pythagore, nommée Kol-Arbas dans la Gnose valentinienne, pour un chef hérétique (629). Que devons-nous penser des bévues involontaires, et des falsifications délibérées des enseignements de ceux dont les doctrines différaient des leurs ; la canonisation de l’Aura-Placida (douce brise) mythologique, en une paire de martyres chrétiennes sainte Aura et sainte Placide (630c) ; la déification d’un javelot et d’un manteau sous les noms de saint-Longin et  saint Amphibolus (631c) ; et les citations patristiques des prophètes, qui ne se trouvent dans aucun des prophètes ; on est en droit de se demander avec effarement si la prétendue religion du Christ a jamais été autre chose qu’un rêve incohérent depuis le jour de la mort du Grand Maître.

Nous constatons l’acharnement des saints Pères de l’Eglise dans la persécution des prétendues « hérésies (632) », au point qu’ils ne se gênent pas pour dire les plus grossiers mensonges, ou inventer des récits de toutes pièces, afin de convaincre les ignorants par des arguments qui autrement auraient manqué de poids. Si la bévue au sujet de la Tétrade n’avait été que la simple conséquence d’une erreur non préméditée d’Hippolyte, les explications d’Epiphane et d’autres qui tombèrent dans la même absurde erreur auraient moins un caractère d’innocence. Lorsque Hippolyte dénonce sérieusement la grande hérésie de la Tétrade, Kol-Arbas, en disant que le chef gnostique imaginaire s’appelle « Colarbasus qui prétend expliquer la religion au moyen de mesures et de nombres (633) », nous ne pouvons que sourire. Mais lorsque Epiphane, avec grande indignation, renchérit sur ce thème « qui est l’Hérésie XV » et, prétendant être parfaitement au courant du sujet ajoute : « Un certain Heracleon suit les pas de Colarbasus : ce que constitue l’Hérésie XVI (634) » il s’expose à ce qu’on l’accuse de falsification délibérée.

Si ce Chrétien zélé, se glorifie sans rougir d’avoir « fait exiler, par ses informations, soixante-dix femmes de rang, par les séductions de quelques-unes desquelles il avait été entraîné à faire partie de leur secte », il nous fournit un excellent critère pour le juger. C. W. King() remarque, fort à propos, à ce sujet, qu’on peut avec raison soupçonner que ce digne apostat se sauva, dans ce cas, du sort réservé à ses compagnons en religion, en dénonçant ses complices, à l’ouverture même de la persécution (635).

C’est ainsi, qu’un à un, périrent les Gnostiques, les seuls qui héritèrent de quelques bribes de la vérité non adultérée du Christianisme primitif. Tout était confusion et désordre dans ces premiers siècles, jusqu’à ce que finalement tous ces dogmes contradictoires furent imposés au monde chrétien et tout examen prohibé. Pendant de longs siècles ce fut un sacrilège punissable par des peines les plus sévères, voire même la mort, que de chercher à comprendre ce que l’Eglise avait, si à propos, élevé au rang de mystère divin. Depuis lors les critiques bibliques ont pris sur eux de « remettre de l’ordre dans la maison » et les rôles ont été renversés. Les créanciers païens accourent maintenant de toutes parts pour réclamer leur dû et on commence à soupçonner la théologie chrétienne de banqueroute totale. Tel est le triste résultat du fanatisme des sectes « orthodoxes » lesquelles, pour nous servir d’une expression de l’auteur du The Decline and Fall of the Roman Empire, ne furent jamais comme les Gnostiques « les plus polies, les plus savantes et qui méritaient le mieux le nom de Chrétiennes ». Et si tous ne « sentaient pas l’ail », ainsi que le dit Renan, aucun de ces saints Chrétiens n’auraient hésité à verser le sang de ses voisins, si les opinions de ceux-ci ne s’accordaient pas avec les siennes.

De cette manière tous nos philosophes furent emportés par les masses ignorantes et superstitieuses. Les Philalètes, les amants de la vérité, et leur école éclectique, périrent ; et là où la jeune Hypatie enseigna les plus sublimes doctrines philosophiques ; là où Ammonius Saccas expliqua que « tout ce que le Christ avait en vue était de rétablir et de restaurer dans son intégrité primitive, la sagesse des anciens – de mettre une limite au domaine grandissant de la superstition… et de détruire les erreurs qui s’étaient implantées dans les religions populaires (636) », là, délirèrent abondamment les πολλοι du Christianisme. Plus de préceptes de la bouche du « Philosophe instruit par Dieu », mais, en revanche, d’autres préceptes exposés par l’incarnation de la plus cruelle et diabolique superstition.

« Si ton père », écrit saint Jerome, « se couche en travers de ta porte, si ta mère découvre, à tes yeux, le sein qui t’a nourri, foule aux pieds le corps inanimé de ton père ; foule aux pieds le sein de ta mère, et, sans une larme dans les yeux, cours vers le Seigneur qui t’appelle !! » (637c).

Cette phrase égale, si elle ne rivalise pas avec cette autre, prononcée dans le même esprit. Elle émane d’un autre père de l’Eglise primitive, l’éloquent Tertullien, qui voudrait voir tous les « philosophes », brûlant dans le feu de l’Enfer. « Combien grandiose sera cette scène ! combien j’en rirai ! combien m’en réjouirai-je ! Quel sera mon triomphe lorsque je verrai tant de rois illustres, qu’on dit avoir atteint le ciel, gémissant avec Jupiter, leur dieu, dans les sombres régions de l’Enfer ! C’est alors que les soldats qui ont persécuté le nom du Christ brûleront dans un feu plus cruel que celui qu’ils ont allumé pour le supplice des saints (638) ».

Ces expressions malveillantes donnent une idée de l’esprit du christianisme jusqu’à nos jours. Mais en font-elles de même pour les enseignements du Christ ? Nullement. Ainsi que le dit Eliphas Levi. « Le Dieu au nom duquel nous foulerions aux pieds le sein de notre mère, nous le verrons dans l’avenir, un enfer largement ouvert à ses pieds, et un glaive exterminateur à la main… Moloch ne faisait brûler les enfants que quelques instants ; il était réservé aux disciples, d’un dieu qu’on prétend être mort sur la croix pour la rédemption de l’humanité, de créer un nouveau Moloch, dont le bûcher est éternel ! »

Cet esprit de véritable amour chrétien a si bien traversé dix-neuf siècles, qu’il fait rage aujourd’hui en Amérique ; nous en avons la preuve dans le cas du féroce revivaliste Moody qui s’écrie : « J’ai un fils, et Dieu seul sait combien je l’aime ; mais j’aimerais mieux que ses yeux adorés fussent arrachés de leur orbite que de le voir grandir et descendre au tombeau sans Christ et sans espérance !! »

À cela, un journal américain de Chicago répond fort à propos « C’est là l’esprit de l’Inquisition qu’on prétend être mort. Si Moody, dans son zèle, était capable d’arracher les yeux de son fils adoré, jusqu’à quel excès n’irait-il pas avec les fils des autres, pour lesquels il professe moins d’amour ? C’est l’esprit de Loyola qui baragouine au XIXème siècle, et que seul le bras de la loi empêche de nouveau d’allumer le bûcher, et de préparer les instruments de torture. »

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