Dans l’Arcanum, « au cours de l’assemblée de splendeur, allumée par MANO, à laquelle les étincelles de splendeur doivent leur origine », les génies qui habitent dans la lumière « se levèrent, ils allèrent au Jourdain visible, à l’eau courante… et là ils s’assemblèrent en conseil… et ils évoquèrent le Fils Unique d’une image impérissable, qui ne peut être conçu par réflexion, Lehdaio, le Seigneur Juste, qui vient de Lehdoio, le Seigneur Juste, que la vie avait produit par sa parole (554) ».
Mano est le chef des sept Æons, qui sont : Mano (Rex Lucis) Ayar-Ziwa, Ignis Vivus, Lux, Vita, Aqua Viva (l’eau vive du baptême, le génie du Jourdain), et Ipsa Vita, le chef des six génies, qui constituent avec lui le sept mystique. Le Mano Nazaréen est, tout bonnement, la copie du Premier Manou hindou – l’émanation du Manou Swayambhuva – duquel évoluent à la suite, les six autres Manous, types des races humaines subséquentes. Nous les retrouvons tous représentés par l’apôtre cabaliste saint Jean(), dans les « sept lampes ardentes brûlant devant le trône, qui sont les sept esprits de Dieu (555) », et dans les sept anges portant les sept coupes. Nous reconnaissons, de plus, dans Fétahil, l’original de la doctrine chrétienne.
Il est dit dans l’Apocalypse de Joannes Theologos – Jean(p) : « Et après m’être retourné, je vis… sept chandeliers, et au milieu des sept chandeliers, quelqu’un qui ressemblait au Fils de l’homme… Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige ; ses yeux étaient comme une flamme de feu… ses pieds étaient semblables à de l’airain ardent, comme s’il eût été embrasé dans une fournaise. » (I, 13, 14, 15.) Jean ne fait que répéter ici, le fait est bien connu, les paroles de Daniel et d’Ezechiel. « L’Ancien des Jours… les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure… » etc. Et « comme une figure d’homme… placé au-dessus du trône… comme du feu, et qui rayonnait tout autour (556) ». Le feu étant « la Gloire du Seigneur ». Fétahil est le Fils de l’homme, la Troisième Vie, et sa partie supérieure est représentée blanche comme la neige, tandis que lorsqu’il se tient debout près du trône du feu vivant il apparaît comme une flamme.
Toutes ces visions « apocalyptiques » sont basées sur la description de la « tête blanche » du Zohar, dans laquelle la trinité cabalistique est réunie. La tête blanche, « qui cache l’esprit dans son crâne », et qui est environnée de feu subtil. « La forme d’un homme » est celle d’Adam Kadmon, par lequel passe le fil de lumière, représenté par le feu. Fétahil est le Vir Novissimus (l’homme le plus nouveau), le fils d’Abatur (557), celui-ci étant « l’homme » ou la troisième vie (558), aujourd’hui la troisième personne de la trinité. Jean(p) voit « quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme », qui tenait en sa main sept étoiles, debout, entre « sept chandeliers d’or » (Apocalypse, I). Fétahil se « tient en haut », suivant la volonté de son père, « le plus élevé des Æons, qui tient sept sceptres », et sept génies, qui représentent, astronomiquement parlant, les sept planètes ou étoiles. Il se tient « resplendissant dans le vêtement du Seigneur, rendu lumineux par l’action des génies (559) », Il est le Fils de son Père, la Vie, et de sa mère, l’Esprit ou la Lumière (560). Dans l’Evangile selon saint Jean(), le Logos est représenté comme celui dans lequel « était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (I, 4). Fétahil est le Démiurge, et son père créa, par son entremise, l’univers visible de la matière (561). Dans l’Epître de Paul aux Ephésiens (III, 9) il est dit que Dieu « a créé toutes choses par Jésus ». Dans le Codex, la VIE-génératrice dit : « Lève-toi, marche, notre fils premier-né, ordonné pour toutes les créatures (562). » « De même que le Père m’a envoyé », dit le Christ, « Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde afin que nous vivions par lui (563). » Finalement, ayant terminé son œuvre sur la terre, Fétahil remonte vers son père Abatur. « Et qui, relicto quem procreaverat mundo, ad Abatur suum patrem contendit (564c). « Mon père m’a envoyé… je vais vers mon père », dit aussi Jésus.
Faisant abstraction des querelles théologiques du christianisme qui cherchent à confondre le Créateur juif du premier chapitre de la Genèse, avec le « Père » du Nouveau Testament, Jésus dit à plusieurs reprises au sujet de son Père, « qu’Il est dans le secret ». II n’aurait certainement pas dénommé ainsi le « Seigneur Dieu » omniprésent, des livres Mosaïques, qui Se fit voir à Moïse et aux Patriarches, et alla jusqu’à Se laisser contempler par tous les Anciens d’Israël (565). Lorsqu’on fait dire à Jésus, parlant du Temple de Jérusalem, qu’il était la « Maison de son Père », il n’entend parler en aucune manière de l’édifice physique, qu’il prétend pouvoir détruire et reconstruire en trois jours, mais bien du Temple de Salomon le sage cabaliste, qui dit dans ses Proverbes que chaque homme est le temple de Dieu, ou de son esprit divin. Cette désignation du « Père qui est dans le secret », est employée aussi bien dans la Cabale, que dans le Codex Nazaraeus, et ailleurs. Nul n’a contemplé la sagesse cachée dans le « Cranium » et nul n’a vu « l’Abîme » (Bythos). Simon le Magicien prêchait « Un Père inconnu de tous (566) ».
Nous trouvons une trace encore bien plus ancienne de ce terme le « Dieu secret ». Dans la Cabale, le « Fils » du Père secret qui demeure dans la lumière et la gloire, est « l’Oint », le Seir-Anpin, qui réunit en lui toutes les Séphiroth ; il est le Christos, ou l’Homme Céleste. C’est par le Christ que le Pneuma, ou le Saint-Esprit, crée « toutes choses » (Ephésiens, III, 9) et produit les quatre éléments l’air, l’eau, le feu et la terre. Cette affirmation est incontestable, car nous constatons que c’est sur ce fait qu’Irenee fonde son meilleur argument pour la nécessité d’avoir quatre Evangiles. Il ne peut y en avoir ni plus ni moins que quatre, s’écrie-t-il. « Car, puisqu’il y a quatre parties du monde et quatre vents généraux (καθολὶκὰ πνεὺμστα)… il est juste qu’elle (l’Eglise) ait quatre piliers. Il est, donc, manifeste que le Verbe, le créateur de tout, Celui qui est assis au-dessus des Chérubim… ainsi que le dit David(), en appelant sa venue. « Ô toi, qui es assis entre les Chérubins, apparais ! » Car les Chérubins ont aussi quatre faces, et leurs faces sont les symboles de l’œuvre du Fils de Dieu (567). »
Nous ne nous arrêterons pas pour discuter tout au long la sainteté toute spéciale des Chérubins à quatre faces, bien que nous puissions peut-être démontrer que leur origine se trouve dans toutes les anciennes pagodes de l’Inde, dans les vâhans (ou véhicules) de leurs dieux principaux ; nous pourrions également attribuer le respect qu’on leur doit, à la sagesse cabalistique, bien que l’Eglise s’en défende de toutes ses forces. Mais nous ne pouvons résister à la tentation de rappeler à nos lecteurs qu’ils n’auront aucune difficulté pour connaître la signification attribuée à ces Chérubins s’ils veulent bien prendre la peine de consulter la Cabale. « Lorsque les âmes vont quitter leur demeure », dit le Zohar, se tenant à la doctrine de la pré-existence des âmes dans le monde des émanations, « chaque âme paraît séparément devant le Saint Roi, vêtue d’une forme sublime, sous les traits avec lesquels elle paraîtra dans ce monde. C’est de cette forme sublime que procède l’image. » (Zohar, III, p. 104). Il poursuit, alors, en disant que les types ou formes de ces faces sont au nombre de quatre – celles de l’ange ou homme, du lion, du taureau et de l’aigle. » Nous ne serions nullement étonnés, si, en outre, Irenee n’eût donné plus de poids à son argument en faveur des quatre Evangiles, en citant le panthéon tout entier des dieux hindous à quatre bras.
En faisant allusion aux quatre animaux, qu’on nomme maintenant Chérubim, comme types des quatre êtres symboliques, qui, dans ses visions, supportent le trône de Jéhovah, Ezechiel n’eut pas à chercher bien loin ses modèles. Les génies protecteurs chaldéo-babyloniens lui étaient familiers ; le Sed, Alaph ou Kirub (Cherubim) le taureau à la figure humaine ; le Nirgal, le lion à face humaine ; Oustour le Sphinx-homme ; et le Nathga, à tête d’aigle. La religion des maîtres – les babyloniens et assyriens idolâtres – fut transportée presque totalement dans les Ecritures révélées des Juifs en captivité et de celles-ci dans le Christianisme.
Nous voyons déjà Ezechiel interpellé par la ressemblance de la Gloire du Seigneur, « comme Fils de l’Homme ». Ce titre particulier revient à travers tout le livre de ce prophète, et il est aussi cabalistique que le « rouleau du livre » que la « Gloire » lui fait manger. Il est écrit en dehors et en dedans ; et sa signification est absolument la même que celle de l’Apocalypse. Nous sommes par conséquent étonnés que tant d’insistance ait été mise sur cette appellation particulière, qu’on dit s’être appliquée a lui-même par Jésus lorsqu’un prophète est ainsi interpellé dans la langue symbolique ou cabalistique. C’est aussi extraordinaire de voir Irenee se complaisant dans des descriptions graphiques de Jésus en le représentant comme le « créateur de toutes choses, assis sur un Cherub (568), si ce n’est qu’il ne l’identifie avec la Shékina, dont la place usuelle est parmi les Cheroubs du Siège de Pitié. Nous savons également que Chérubin et Séraphin sont les titres du « Vieux Serpent » (le Diable orthodoxe), les Séraphins étant les serpents flamboyants du symbolisme cabalistique. Les dix émanations d’Adam Kadmon, nommées les Séphiroth, ont des emblèmes et des titres qui correspondent à chacun d’eux. Ainsi, par exemple, les deux derniers sont, la Victoire, ou Jéhovah-Sabaoth, dont le symbole est la colonne de droite de Salomon, la Colonne Jachim ; tandis que GLOIRE est la colonne de gauche, ou Boaz, dont le nom est « l’Ancien Serpent », et aussi « Séraphim et Chérubim (569) ».
« Le Fils de l’Homme » est un terme qui ne pourrait être employé que par un cabaliste. Exception faite, ainsi que nous l’avons dit, il n’est employé dans l’Ancien Testament que par un seul prophète – Ezechiel le cabaliste. Dans leurs relations mutuelles et mystérieuses, les Æons ou Sephiroth, sont représentés dans la Cabale par un grand nombre de cercles, et quelquefois par la figure d’un HOMME, qui est formé symboliquement par ces mêmes cercles. Cet homme est Seir-Anpin, et les 243 nombres dont sa figure est formée ont rapport aux différents ordres de la hiérarchie céleste. L’idée originelle de cette figure, ou plutôt le modèle, a probablement été emprunté au Brahmâ hindou, et les différentes castes représentaient les différentes parties de son corps ; c’est l’opinion de King() dans ses Gnostics. Dans un des plus beaux et des plus grandioses temples-cavernes à Ellora, dédié à Visvakarma, fils de Brahmâ, on trouve une représentation de ce dieu et de ses attributs. Pour celui qui est au courant de la description d’Ezechiel « de la ressemblance des quatre animaux » dont chacun avait quatre faces et des mains d’hommes sous les ailes, etc. (570c) cette statue d’Ellora doit paraître absolument biblique. Brahmâ est surnommé le père de « l’homme » de même que Jupiter et les autres dieux suprêmes.
C’est dans les représentations Bouddhiques du mont Méru, appelé par les Birmans Myé-nmo, et par les Siamois Sineru, que nous retrouvons un des originaux de l’Adam-Kadmon, Seir-Anpin, « l’homme céleste » et de tous les Æons, les Sephiroth, les Pouvoirs, les Dominations, les Trônes, les Vertus et les Dignités de la Cabale. La clé de voûte de l’arche qui relie les deux colonnes, est représentée par un croissant. C’est ici qu’habite la Sagesse Suprême d’Adi Bouddha la Divinité Suprême et Invisible. Au-dessous de ce point central le plus élevé se trouve le cercle de l’émanation directe de l’Inconnu – le cercle de Brahmâ, pour quelques hindous, et, suivant d’autres, le premier avatar de Bouddha. Cela correspond à l’Adam Kadmon et aux dix Séphiroth. Neuf de ces émanations sont contenues dans la dixième, et on les représente, parfois, par des pagodes, dont chacune porte un nom qui exprime un des principaux attributs de la Divinité manifestée. Puis, au-dessous, se placent les sept degrés ou sphères célestes, chaque sphère étant entourée d’une mer. Celles-ci sont les demeures célestes des devatas, ou dieux, chacun perdant un peu de sa sainteté et de sa pureté, à mesure qu’il se rapproche de la terre. Ensuite vient Mérou, lui-même, constitué par des cercles innombrables contenus dans trois plus grands, qui représentent la trinité de l’homme ; et pour celui qui connaît la valeur numérique des lettres dans les noms bibliques comme celui de la « Grande Bête » ou celui de Mithras μὶθρας αβρξας, et d’autres, il est facile d’établir l’identité des dieux du Mérou avec les émanations ou Sephiroth des cabalistes. De même les génies des Nazaréens, avec leurs missions spéciales, se retrouvent dans ce plus ancien des mythes, comme étant une représentation parfaite du symbolisme de la « doctrine secrète » ainsi qu’elle était enseignée dans les temps archaïques.
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