Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XI – MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES
Cornelius Gemma nous parle d’un enfant né avec le front blessé et ruisselant de sang, résultat de menaces faites par le père à la mère avec un sabre dirigé contre son front. Sennert rapporte le fait d’une femme enceinte qui, voyant un boucher partager une tête de porc avec son couperet, mit au monde un enfant dont la figure était fendue depuis le palais et la lèvre supérieure jusqu’à la racine du nez. Dans le traité Ortus medicinæ, (sect. « De Injectis Materialibus« , § 9) de Van Helmont, on trouve rapportés quelques phénomènes bien surprenants. La femme d’un tailleur de Mechlin se tenait sur le pas de sa porte, lorsqu’elle vit, dans une querelle, couper la main d’un soldat, et cela lui fit une telle impression, qu’elle accoucha avant terme et mit au monde un enfant n’ayant qu’une main, et l’autre bras mutilé saignant. En 1602, la femme de Marcus de Vogeler, marchand d’Anvers, voyant un soldat qui venait de perdre un bras, fut prise des douleurs et accoucha d’une fille dont l’un des bras était mutilé et saignait, comme dans le cas précédent. Van Helmont raconte un troisième fait d’une autre femme qui fut témoin de la décapitation de treize personnes par ordre du duc d’Albe… L’horreur que lui inspira ce spectacle fut si forte, qu’elle « entra subitement en travail, et donna le jour à un enfant parfaitement conformé, mais dont la tête manquait, et dont le cou saignait comme ceux des suppliciés qu’elle avait vus. Et ce qui vient accroître ces merveilles, c’est que, dans ces divers cas, il fut impossible de retrouver la main, le bras et la tête de ces enfants (170) ».
S’il était possible de concevoir un miracle dans la nature, les cas ci-dessus cités de disparition soudaine de parties de corps non encore nés pourraient être donnés comme tels. Nous avons vainement cherché dans les plus récentes autorités qui ont écrit sur la physiologie de l’homme, pour y trouver une théorie satisfaisante qui explique les moins remarquables de ces empreintes ou signatures fœtales. Tout ce que ces auteurs ont pu faire a été de rappeler les exemples de ce qu’ils nomment des « variétés spontanées de types », et de se rejeter ensuite sur les « curieuses coïncidences » de M. Proctor, ou sur les naïfs aveux d’ignorance que l’on rencontre chez les auteurs, qui ne sont pas complètement satisfaits de la somme actuelle des connaissances humaines. Magendie reconnaît que, malgré les recherches scientifiques, on ne sait que relativement fort peu de chose au sujet de la vie fœtale. À la page 518 de l’édition américaine de son Précis Elémentaire de Physiologie, il rapporte « un cas où le cordon ombilical était rompu et parfaitement cicatrisé », et il demande « comment la circulation du sang avait pu avoir lieu » ? À la page suivante, il dit : « Pour le moment, on ne sait rien relativement à l’utilité de la digestion chez le fœtus ». En ce qui concerne sa nutrition, il pose la question suivante : « Que pouvons-nous donc dire de la nutrition du fœtus ? Les ouvrages de physiologie ne contiennent que de vagues conjectures à ce sujet ». À la page 520, il tient le langage suivant : « Par suite d’une cause ignorée, les différentes parties du fœtus se développent quelquefois d’une façon anormale ». Mais avec une inconséquence singulière, après avoir admis l’ignorance des savants sur tous ces points, il ajoute : « Il n’y a pas de raison pour croire que l’imagination de ta mère ait une influence quelconque dans la formation de ces monstres ; d’ailleurs, des productions de ce genre sont journellement observées chez les autres animaux et même dans les rejetons des plantes ». Quel parfait exemple il nous donne de la manière de procéder des savants ! Dès qu’ils dépassent la limite des faits observés, leur jugement paraît entièrement perverti. Les déductions qu’ils tirent de leurs propres recherches sont souvent très inférieures à celles tirées par d’autres, qui ne tiennent les faits que de seconde main.
La littérature de la science fournit à chaque pas des preuves de cette vérité ; et lorsque nous examinons les raisonnements des observateurs matérialistes de phénomènes psychologiques, la règle devient manifeste. Ceux qui souffrent de cécité de l’âme sont aussi incapables de discerner les causes psychologiques des effets matériels que les daltoniens sont inaptes à distinguer le rouge du noir.
C. Elam, sans être le moins du monde spirite, bien mieux, étant ennemi déclaré du spiritisme, exprime l’opinion des savants honnêtes dans les termes suivants : « Il est certainement impossible d’expliquer comment la matière et l’esprit agissent et réagissent l’un sur l’autre ; il est reconnu par tous que ce mystère est insondable, et qu’il restera probablement à jamais insoluble (171) ».
L’auteur anglais le plus autorisé en matière de malformation est le Dr W. Aitken, d’Edimbourg, professeur de Pathologie à l’Ecole de Médecine militaire, à qui l’on doit l’ouvrage intitulé : The Science and Practice of Medicine, dont l’édition américaine, imprimée par les soins du professeur Meredith Clymer de l’Université de Pensylvanie, jouit d’une réputation égale aux Etats-Unis. Au pages 225-226 du premier volume, nous trouvons ce sujet traité tout au long. L’auteur dit : « La superstition, les notions absurdes et les causes étranges attribuées à ces malformations disparaissent maintenant, assez vite, en présence des lucides explications données par les célèbres anatomistes qui ont fait du développement et de la croissance de l’œuf l’objet d’une étude spéciale. Il suffit de citer ici les noms de J. Muller, Rathke, Bischoff, Geoffroy Saint Hilaire , Burdach, Allen Thompson, G. et W. Vrolick, Wolff, Meckel, Simpson, Rokitansky et Von Ammon, pour démontrer que les vérités de la science dissiperont à un moment donné les brumes de l’ignorance et de la superstition ». On croirait, au ton de complaisante assurance adopté par cet éminent auteur, que nous sommes en possession, sinon des moyens de résoudre immédiatement ce difficile problème, du moins d’un fil pour nous guider dans ce labyrinthe. Mais en 1872, après avoir mis à profit tous les travaux des plus illustres professeurs de pathologie, nous le voyons formuler le même aveu d’ignorance que Magendie en 1838. « Néanmoins, dit-il, un grand mystère enveloppe encore l’origine de ces monstruosités ; on peut envisager ces défauts de conformations à deux points de vue différents : Sont-ils dus à une malformation originaire du germe ? Ou bien sont-ils le résultat de déformations ultérieures de l’embryon par des causes qui agissent sur son développement ? Pour ce qui est de la première question, on pense que le germe a été mal formé à l’origine, ou défectueux à la suite d’une influence soit de la femelle, soit du mâle, comme dans les cas où le même vice de conformation se reproduit par les mêmes parents, qui le transmettent en héritage aux enfants ».
N’ayant aucun système philosophique propre pour expliquer les lésions, les pathologistes, fidèles à leur instinct professionnel, ont recours à la négation. « Que ces difformités puissent être produites par les impressions mentales des femmes enceintes, c’est ce qu’aucune preuve positive ne démontre, disent-ils. « Les polypes, les marques et taches cutanées doivent être attribués à des états morbides des membranes de l’œuf. Une cause de malformation généralement admise consiste dans l’arrêt de développement du fœtus, mais la cause de ce temps d’arrêt n’est pas toujours manifeste, et elle est, au contraire, le plus souvent cachée… Les formes transitoires de l’embryon humain sont comparables aux formes persistantes de beaucoup d’animaux inférieurs« . L’éminent professeur peut-il en donner la raison ? « C’est pourquoi les malformations, résultant d’un arrêt de développement, adoptent souvent un aspect animal (172) ».
C’est juste ; mais pourquoi les pathologistes ne nous en donnent-ils pas la raison ? Tout anatomiste qui a fait une étude spéciale du développement et de la croissance de l’embryon peut dire, sans beaucoup se creuser la cervelle, ce que l’expérience de tous les jours et le témoignage de ses propres yeux lui montrent, savoir : Que, jusqu’à une certaine période, l’embryon humain est le fac-similé d’un jeune batracien à sa sortie de l’œuf, d’un têtard. Mais aucun physiologiste ou anatomiste ne paraît avoir eu l’idée d’appliquer au développement de l’être humain, depuis le premier moment de son apparition à l’état de germe jusqu’à sa formation définitive complète, et à sa naissance la doctrine ésotérique de la métempsycose de Pythagore, si mal comprise et interprétée par les critiques. Le sens de l’axiome cabalistique : « Une pierre devient une plante ; une plante devient un animal ; un animal un homme, etc.… » a déjà été indiqué ici relativement à l’évolution spirituelle et physique de l’homme sur cette terre. Nous ajouterons maintenant quelques mots, afin de rendre l’idée plus claire.
Quelle est la forme primitive de l’homme futur ? Un grain, un corpuscule, disent quelques physiologistes ; une molécule, un germe d’œuf disent les autres. S’il pouvait être analysé au moyen du microscope ou autrement, de quoi devrait-on s’attendre à le voir composé ? À cette question, nous répondrions, par analogie, d’un noyau de matière inorganique, déposé par la circulation au point de la germination, et uni à un dépôt de matière organique. En d’autres termes, ce noyau infinitésimal de l’homme futur est formé des mêmes éléments qu’une pierre, des mêmes éléments que la terre, que l’homme est destiné à habiter. Moise est cité par les cabalistes comme une autorité pour sa remarque qu’il a fallu de l’eau et de la terre pour former un être vivant, et c’est ainsi que l’on peut dire que l’homme, au début, apparaît comme une pierre.
Au bout de trois ou quatre semaines, l’œuf prend l’aspect d’une plante, une de ses extrémités devenant sphéroïdale, et l’autre allongée comme une carotte. À la dissection, on trouve qu’elle est formée, comme l’oignon, de membranes très délicates, renfermant un liquide. Ces lamelles se rapprochent de plus en plus à l’extrémité inférieure, et l’embryon pend à la racine de l’ombilic, presque comme un fruit pend à la branche. La pierre s’est maintenant transformée, par la métempsycose, en une plante. Puis la créature embryonnaire commence à bourgeonner ses membres du dedans au dehors et à développer ses traits. Les yeux sont visibles comme deux points noirs ; les oreilles, le nez et la bouche forment des dépressions, comme les points d’un ananas, avant de commencer à se projeter en saillie. L’embryon devient un fœtus animal – ayant d’abord la forme d’un têtard – et vit comme un amphibie dans l’eau où il se développe. Sa monade n’est pas encore humaine ni immortelle, car les cabalistes nous apprennent que la première ne devient humaine qu’à la « quatrième heure ». Le fœtus prend alors un à un les caractères de l’être humain, et le premier réveil du souffle immortel traverse son être ; il se meut ; la nature lui ouvre la voie ; elle l’introduit dans le monde, et l’essence divine habite dans le corps de l’enfant, où elle résidera jusqu’à sa mort physique, lorsque l’homme devient un esprit.
Ce mystérieux processus de formation qui dure neuf mois est ce que les cabalistes appellent l’achèvement du « cycle individuel d’évolution ». Comme le fœtus se développe dans le liquide amniotique dans la matrice, de même les terres germent dans l’éther universel, ou fluide astral, dans la matière de l’univers. Ces enfants cosmiques, de même que leurs habitants pygmées, sont d’abord des noyaux ; puis des ovules, et atteignent graduellement la maturité ; devenant mères à leur tour, ils développent les formes minérales, végétales, animales et humaines. Du centre à la circonférence, depuis l’imperceptible vésicule jusqu’aux dernières limites concevables du cosmos, ces glorieux penseurs, les cabalistes, suivent la trace des cycles se fondant dans des cycles, contenants et contenus, en des séries sans fin. L’embryon faisant son évolution dans sa sphère prénatale, l’individu dans sa famille, la famille dans l’état, l’état dans l’humanité, la terre dans notre système, ce système dans l’univers central, l’univers dans le cosmos, et le cosmos dans la Cause Première, l’Illimité et le Sans-fin. Ainsi procède leur philosophie de l’évolution.
« All are but parts of one stupendous whole
Whose body nature is ; and God the soul (173).
Worlds without number
Lie in this bosom like children (174). »
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