Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XI – MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES
La musique est agréable à tout le monde. Un sifflement doucement modulé, un chant mélodieux ou les accords d’une flûte attireront invariablement les reptiles dans toutes les contrées où on les trouve. Nous en avons été témoins nous-mêmes et nous avons pu vérifier le fait maintes et maintes fois. En Haute-Egypte, partout où notre caravane s’arrêtait, un jeune voyageur qui se croyait un flûtiste distingué amusait la compagnie avec son instrument. Les chameliers et autres Arabes l’arrêtaient invariablement parce que, plus d’une fois, ils avaient été ennuyés par la présence inattendue de spécimens de la tribu des ophidiens, qui évitent généralement avec soin la rencontre de l’homme. Finalement, notre caravane rencontra une société dans laquelle se trouvaient des charmeurs de profession, et le virtuose fut alors requis à déployer son talent afin d’exhiber leur savoir-faire. À peine eut-il commencé à jouer, que l’on entendit un léger frémissement et notre musicien fut saisi de frayeur à la vue d’un énorme serpent qui s’était approché de ses jambes d’une façon inquiétante. Le reptile, la tête haute et les yeux fixés sur lui, rampait lentement et comme inconsciemment, en faisant doucement onduler son corps et en suivant chacun de ses mouvements. À ce moment apparut un second serpent, puis un autre et un quatrième bientôt suivi de plusieurs autres, si bien qu’au bout de quelques instants nous en avions toute une bande autour de nous. Plusieurs des voyageurs se réfugièrent sur le dos de leurs chameaux, tandis que d’autres se sauvaient dans la tente de la cantine. Mais ce n’était qu’une fausse alarme. Les charmeurs, au nombre de trois, commencèrent leurs chants et leurs incantations et, attirant les reptiles, ils en furent bientôt couverts de la tête aux pieds. Aussitôt que les serpents approchaient des hommes, ils donnaient des signes de torpeur et ils ne tardaient pas à être plongés dans un profond sommeil cataleptique. Leurs yeux étaient à demi clos et vitreux et leurs têtes retombaient. Il ne restait plus qu’un seul récalcitrant, un grand serpent noir luisant, à la peau tachetée. Ce mélomane du désert s’avançait gracieusement en sautillant, comme s’il eût dansé sur sa queue toute sa vie, et il suivait la mesure des notes de la flûte. Ce serpent ne paraissait pas disposé à se laisser entraîner par les charmes des Arabes, mais il marchait toujours dans la direction du joueur de flûte qui finit par prendre la fuite. Le moderne Psyllie prit alors dans son sac une plante à demi desséchée qu’il agita un moment du côté du serpent. Elle avait une forte odeur de menthe, et dès que le reptile en eut senti le parfum, il suivit l’Arabe, toujours dressé sur sa queue et s’approchant de plus en plus de la plante. Encore quelques secondes, et « l’ennemi traditionnel » de l’homme était enroulé, autour du bras du charmeur, devenait à son tour insensible, et toute la troupe des reptiles était jetée dans une mare, après qu’on leur eut coupé la tête.
Bien des gens croient que ces serpents sont dressés et qu’ils sont ou privés de leurs crochets ou que leur bouche a été préalablement cousue. Sans doute, les supercheries de quelques jongleurs de bas étage ont donné lieu à cette croyance. Mais les authentiques charmeurs de serpents ont trop bien fait leurs preuves en Orient, pour avoir besoin de recourir à une fraude de cette nature. Ils ont le témoignage incontestable de trop de voyageurs dignes de foi, y compris des savants, pour qu’on les accuse de semblable charlatanisme. Que les serpents ainsi charmés et amenés à danser et à devenir inoffensifs sont encore venimeux a été démontré par Forbes. « La musique s’étant arrêtée trop subitement, dit-il, ou pour toute autre cause, le serpent qui dansait au milieu d’un cercle s’élança sur les assistants, et infligea une morsure au cou d’une jeune femme, qui mourut dans de cruelles souffrances au bout d’une demi-heure (161) ».
Suivant les relations des voyageurs, les négresses de la Guyane Hollandaise, les femmes Obi, excellent dans l’art de dompter de très gros serpents nommés ammodites ou papa ; elles les font descendre des arbres, les suivre et leur obéir uniquement en leur parlant (162).
Nous avons vu en Inde une petite confrérie de fakirs rassemblés autour d’un petit lac, ou plutôt d’un étang profond littéralement tapissé d’énormes alligators. Ces monstres amphibies se traînaient et venaient se réchauffer au soleil à quelques pieds des fakirs, dont quelques-uns étaient étendus immobiles, absorbés dans la prière ou la contemplation. Tant que l’un de ces pieux mendiants était en vue, les crocodiles étaient aussi inoffensifs que des petits chats (163). Mais nous n’aurions pas conseillé à un étranger de s’aventurer seul à quelques mètres seulement de ces monstres. Le pauvre Pradin, voyageur Français, trouva une tombe prématurée dans un de ces terribles sauriens, généralement nommés par les hindous Moudelai (164).
Lorsque Jamblique, Herodote, Pline et quelques autres anciens auteurs nous parlent de prêtres qui faisaient descendre des aspics de l’autel d’Isis, ou de thaumaturges domptant d’un regard les animaux les plus féroces, on les considère comme des menteurs ou comme des imbéciles ignorants. Et quand des voyageurs modernes nous racontent des faits merveilleux analogues accomplis en Orient, on les traite de bavards enthousiastes ou d’écrivains peu dignes de foi.
Mais, n’en déplaise au scepticisme matérialiste, l’homme possède positivement ce pouvoir, ainsi que nous le constatons par les exemples que nous venons de citer. Lorsque la psychologie et la physiologie seront devenues dignes du nom de science, les Européens seront convaincus de l’étrange et formidable puissance qui réside dans la volonté et dans l’imagination de l’homme, qu’il l’exerce consciemment ou non. Et cependant, qu’il serait d’ores et déjà facile de s’en rendre compte, si l’on songeait seulement à cette grande vérité naturelle que l’atome le plus infime existant dans la nature est mû par l’esprit qui est un dans son essence, car la plus petite parcelle représente le tout ; et que la matière n’est, après tout, que la copie concrète d’une idée abstraite. À ce propos, citons quelques exemples de la puissance souveraine de la volonté, même inconsciente, pour créer conformément aux plans dressés par l’imagination, ou plutôt par la faculté de discerner les images dans la lumière astrale.
Il n’y a, pour cela, qu’à se rappeler le phénomène très familier des nævi, ou marques de naissance, dans lesquels certains effets sont produits par l’action involontaire de l’imagination maternelle surexcitée. Le fait que la mère a une influence sur la conformation de son enfant non encore né était si bien connu des anciens que l’usage parmi les Grecs aisés était de placer de belles statues auprès des lits, afin que les mères eussent constamment sous les yeux des modèles de formes parfaites. La ruse à l’aide de laquelle le patriarche Hébreu Jacob obtenait des veaux mouchetés ou non, dans ses troupeaux, est un exemple d’application aux animaux de cette loi naturelle ; et Aucante nous apprend qu’il a connu « quatre portées successives de jeunes chiens nés de parents parfaitement bien conformés et sains, où quelques sujets de la portée étaient bien venus, tandis que les autres étaient dépourvus de membres antérieurs et avaient le bec de lièvre ». Les œuvres de Geoffroy Saint Hilaire, de Burdach et du Dr Elam contiennent des citations d’un grand nombre de cas analogues, et l’important ouvrage du Dr Prosper Lucas, Sur l’Hérédité Naturelle, en rapporte une quantité. Le Dr Elam cite, d’après Pritchard, un cas dans lequel un enfant d’un noir et d’une blanche était marqué de noir et de blanc sur diverses parties du corps (165). Il ajoute, avec une sincérité digne d’éloges : « Ce sont là des singularités dont la science, dans son état actuel, ne peut fournir aucune explication (166) ». Il est fâcheux que son exemple ne soit pas plus généralement imité. Parmi les anciens. Empedocle, Aristote, Pline, Hippocrate, Galien, Marc Damascene et autres citent des cas tout aussi merveilleux que les auteurs contemporains.
Dans un ouvrage publié à Londres en 1659 (167), un argument puissant est fourni pour réfuter les matérialistes, en montrant la puissance de l’esprit humain sur les forces subtiles de la nature. L’auteur, le Dr More, considère le fœtus comme une substance plastique, qui peut être façonnée par la mère, de manière à lui donner une forme agréable ou repoussante, à ressembler à une seule personne ou à plusieurs dans différentes parties du corps, à être empreinte de certaines marques, ou pour employer un terme plus approprié, d’astrographies de quelque objet qui a plus vivement frappé son imagination. La mère peut produire ces effets volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, faiblement ou énergiquement, suivant les cas. Cela dépend de son ignorance ou de sa science des profonds mystères de la nature. En prenant les femmes en masse, on doit considérer les marques de l’embryon plutôt comme accidentelles que comme le résultat d’un calcul ; et, comme l’atmosphère de chaque personne dans la lumière astrale est peuplée d’images de personnes de sa famille, la surface sensible du fœtus, qu’on peut comparer à l’émulsion du photographe, peut fort bien prendre l’empreinte de l’image d’un ancêtre immédiat ou non, que la mère peut n’avoir jamais vu, mais qui, dans un moment critique, est venue se présenter pour ainsi dire au foyer de la chambre noire de la nature. Le Dr Elam dit : « Près de moi est assise une visiteuse venue d’un continent éloigné où elle était née et où elle avait été élevée. Le portrait d’une meule, qui vivait au commencement du siècle dernier, est accroché au mur. Or, dans chaque trait, dans chaque détail de la physionomie, la visiteuse offrait une ressemblance complète et frappante avec le portrait, quoique l’une d’elles n’eût jamais quitté l’Angleterre, tandis que l’autre était Américaine de naissance et par une des branches de sa famille (168) ».
La puissance de l’imagination sur notre état physique, même après que nous ayons atteint l’âge mûr, est démontrée de bien des manières. En médecine, un praticien intelligent n’hésite pas à lui attribuer une influence curative ou morbifique bien supérieure à celle de ses pilules et potions. Il l’appelle vis medicafrix naturæ, et son premier effort tend à gagner la confiance de son malade au point que, grâce à elle, il peut forcer la nature à vaincre le mal. La peur tue souvent ; et la douleur a un tel pouvoir sur les fluides subtils du corps, que non seulement elle dérange les organes internes, mais encore elle fait blanchir les cheveux. Ficino mentionne des signatures de fœtus, formées en forme de cerises ou autres fruits, de couleurs, de poils, d’excroissances, et il reconnaît que l’imagination de la mère peut transformer ces signes en images d’un animal, d’un singe, d’un porc, d’un chien, etc… Marc Damascene parle d’une jeune fille qui était couverte de poils, et portait de la barbe, comme notre moderne Julia Pastrana ; Guillaume Paradin parle d’un enfant dont la peau et les ongles étaient ceux d’un ours ; Balduin Ronsceus en cite un, né avec des barbes de dindon ; Pare dit en avoir vu un avec une tête de grenouille, et Avicenne fait mention de poulets ayant des têtes d’épervier (169). Dans ce dernier cas, qui prouve péremptoirement l’influence de l’imagination chez les animaux, l’embryon a dû être ainsi formé au moment de la conception, l’imagination de la poule ayant été frappée par la vue réelle ou imaginaire d’un épervier. Cela est évident, car le Dr More, qui cite ce cas, sur l’autorité d’Avicenne, observe très justement que comme l’œuf en question aurait pu être couvé et éclore à des centaines de milles de distance de la poule qui l’avait pondu, l’image microscopique du faucon empreinte sur l’embryon a dû croître avec le poulet et, par conséquent, indépendamment de toute influence ultérieure de la poule.
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