MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES – Partie 10

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XI – MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES

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De Candolle, un des botanistes les plus distingués de ce siècle, a cherché à prouver en 1825, au moment où les eaux du lac de Morat s’étaient changées, en apparence, en un sang épais, que le phénomène était facile à expliquer. Il l’attribuait au développement de myriades de ces animaux, mi-végétaux, mi-infusoires, qu’il nomme Oscillatoria rubescens, et qui forment le lien entre l’animal et les organismes végétaux (228). Nous donnons ailleurs une explication de la neige rouge que le capitaine Ross a observée dans les régions Arctiques. Un grand nombre de mémoires ont été écrits sur ce sujet par les naturalistes les plus éminents, mais l’on n’en trouve pas deux qui soient d’accord dans leurs hypothèses. Quelques-uns veulent que ce soit « le pollen d’une espèce particulière de pin » ; d’autres de petits insectes ; et le professeur Agardt confesse très franchement qu’il ne sait comment définir la cause de ces phénomènes, ni expliquer la nature de cette substance carminée (229).

Le témoignage unanime du genre humain est reconnu comme la preuve irréfutable d’une vérité ; or sur quel point y a-t-il eu un témoignage plus unanime que pendant des milliers de siècles les peuples civilisés, aussi bien que les barbares, ont eu une foi inébranlable dans la magie ? Celle-ci n’implique une contravention aux lois de la nature que dans l’esprit de l’ignorant ; et si l’on doit déplorer cette ignorance chez les nations anciennes peu instruites, pourquoi ne la déplorerait-on pas chez nos fervents chrétiens des classes élevées et éminemment instruites ? Les mystères de la religion chrétienne ne supportent pas mieux un examen sérieux que les miracles bibliques. La magie seule, dans le véritable sens du mot, fournit la clé des merveilles de la verge d’Aaron et des exploits des mages de Pharaon qui s’opposaient à Moise ; et elle les explique, sans porter atteinte à la véracité des auteurs de l’Exode, ni favoriser, sous ce rapport, le prophète d’Israël plus que ses adversaires, et sans avoir à admettre la possibilité d’un seul cas où le « miracle » ait été accompli, en contravention aux lois de la nature. Prenons, par exemple, parmi les « miracles », celui « des eaux du fleuve changées en sang ». Le texte dit : « Prends ta verge, et étends tes mains sur les eaux… les cours d’eau, etc., afin qu’elles deviennent du sang (230) ».

Nous n’hésitons pas à affirmer que nous avons vu la même chose se reproduire nombre de fois sur une petite échelle, les expériences dont nous avons été témoin n’ayant jamais été faites sur un fleuve. Depuis le temps de Van Helmont qui, au XVIIème siècle et en dépit du ridicule auquel il s’exposait, a voulu donner les véritables explications de la prétendue production d’anguilles, de grenouilles et d’infusoires de divers genres, jusqu’aux champions de la génération spontanée de notre siècle, il est bien connu que ce hâtif développement des germes est possible, sans appeler à l’aide des miracles en contravention aux lois naturelles. Les expériences de L. Pasteur et de Spallanzani, et la controverse des panspermistes avec les hétérogénistes, disciples de Buffon, et parmi eux Needham, ont trop longtemps occupé l’attention publique pour nous permettre de douter désormais que des êtres puissent être appelés à l’existence partout où il y a de l’air et des conditions favorables d’humidité et de température. Les rapports des réunions officielles de l’Académie des Sciences de Paris (231), contiennent des relations de fréquentes apparitions de telles chutes de neige et de pluie d’un rouge sang. Ces phénomènes étaient dénommés Lepra vestuum, et n’étaient autre chose que ces infusoires de lichen. Ils furent observés d’abord en 786 et en 959, deux années dans lesquelles eurent lieu de grandes calamités. Que ces Zoocarpes fussent des plantes ou des animaux, on ne l’a pas encore déterminé à ce jour, et il n’y a pas de naturaliste qui osât se risquer à dire avec certitude à quelle division du règne organique de la nature ils appartiennent. Les chimistes modernes ne peuvent pas non plus nier que ces germes se développent dans un élément favorable, et dans un espace de temps incroyablement court.

Or, si la chimie, d’une part, a trouvé le moyen de priver l’atmosphère de ses germes flottants, et d’autre part, dans des conditions opposées elle développe ou facilite le développement de ces organismes, pourquoi les magiciens de l’Egypte n’auraient-ils pas pu en faire autant, « par leurs enchantements » ? Il est beaucoup plus aisé d’imaginer que Moise, qui, d’après le dire de Manethon, avait été un prêtre Egyptien et avait appris les secrets de la terre de Khem, produisait des « miracles » conformes aux lois naturelles, que d’admettre que Dieu lui-même violait l’ordre établi par lui dans Son univers. Et nous répétons que nous avons vu nous-même cette transformation de l’eau en sang, opérée par des adeptes de l’Orient. Cela peut se faire de deux manières : dans l’un des deux cas, l’expérimentateur se servait d’une baguette magnétique fortement électrisée, qu’il passait sur l’eau contenue dans un bassin métallique, suivant un procédé que nous n’avons pas le droit de décrire plus en détail, pour le moment ; l’eau, au bout d’une dizaine d’heures, se couvrit d’une sorte d’écume rougeâtre qui, deux heures plus tard, était devenue un lichen semblable à la Lepraria kermasina du baron Wrangel. Elle se transforma alors en une gelée d’un rouge de sang, dont l’eau de couleur rouge se peuplait, vingt-quatre heures plus tard, d’une masse innombrable d’organismes vivants. La seconde expérience consista à saupoudrer abondamment la surface d’un ruisseau vaseux à très faible courant, de la poudre d’une plante préalablement séchée au soleil et pulvérisée. Quoique cette poudre, en apparence, eût été entraînée par le courant, une partie sans doute atteignit le fond, car le lendemain matin l’eau s’épaissit à la surface, se couvrit de ce que de Candolle décrit comme l’Oscittatoria rubescens, d’une couleur cramoisie, et qu’il croit être le chaînon entre la vie végétale et la vie animale.

Prenant ce qui précède en considération, nous ne voyons pas pourquoi les alchimistes et les physiciens instruits (nous disons les physiciens) du temps de Moise n’auraient pas été en possession du secret naturel pour faire développer en quelques heures des myriades d’une espèce de ces bactéries, dont les germes se trouvent dans l’air, dans l’eau et dans la plus grande partie des tissus animaux ou végétaux. La verge joue dans les mains d’Aaron et de Moise un rôle aussi important que dans toutes les prétendues « momeries magiques » des cabalistes magiciens du moyen âge, que l’on considère aujourd’hui comme une folie superstitieuse ou du charlatanisme. La baguette de Paracelse (son trident cabalistique), et les fameuses verges d’Albert le Grand, de Roger Bacon, et d’Henry Kunrath ne sont pas plus ridicules que la baguette graduée électro-magnétique de nos physiciens. Des choses qui paraissent absurdes et impossibles aux charlatans ignorants, et même aux savants du siècle dernier, commencent maintenant à prendre un vague aspect de probabilités, et, dans certains cas, la tournure de faits accomplis. Aussi certains charlatans instruits et certains savants peu érudits commencent-ils même à admettre cette vérité.

Dans un fragment conservé par Eusebe, Porphyre, dans sa Lettre à Anebo, fait appel à Chameron « le hiérogrammatiste », pour prouver que la doctrine des arts magiques, au moyen desquels les adeptes « peuvent frapper de terreur les dieux eux-mêmes », était réellement admise par les sages de l’Egypte (232). Or, si l’on tient compte de la règle des preuves historiques proposée par Huxley dans son discours à Nashville, deux conclusions s’imposent à l’esprit avec une force irrésistible. La première, c’est que Porphyre, ayant une réputation incontestée de haute moralité et d’honorabilité, incapable de tomber dans des exagérations, était par conséquent incapable de proférer un mensonge à cet égard, et qu’il n’a pas menti ; et la seconde, c’est qu’étant parfaitement instruit dans toutes les branches des connaissances humaines dont il parle (233), il était impossible qu’on lui en fît accroire en ce qui concerne les « arts » magiques, et que, par conséquent, on ne lui en a point imposé. C’est pourquoi la doctrine des probabilités, sur laquelle s’appuie la théorie du professeur Huxley, nous oblige à croire : 1° qu’il existait réellement des « arts » magiques ; et 2° qu’ils étaient connus et pratiqués par les magiciens et les prêtres égyptiens, et même sir David Brewster reconnaît qu’ils étaient profondément versés dans les sciences.

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