MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES – Partie 1

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XI – MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES

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Etrange condition de l’esprit humain qui paraît avoir besoin de s’être longtemps exercé dans l’ERREUR, avant d’oser approcher de la VERITE.

MAGENDIE.

La vérité que je défends est empreinte sur tous les monuments du passé. Pour comprendre l’histoire, il faut étudier les symboles anciens, les signes sacrés du sacerdoce, et l’art de guérir dans les temps primitifs, art oublié aujourd’hui.

Baron du POTET.

C’est une vérité éternelle que des faits accumulés en désordre commencent à s’ordonner si une hypothèse leur est jetée.

Herbert SPENCER.

Nous allons maintenant fouiller l’histoire de la magie, pour y trouver des cas analogues à ceux que nous avons cités dans le chapitre précédent. Cette insensibilité du corps humain aux coups les plus violents, et sa résistance à la pénétration d’objets pointus ou de balles est un phénomène assez familier à l’expérience de tous les temps et de tous les pays. Tandis que la science est complètement incapable de donner une explication raisonnable du mystère, la question ne parait pas offrir de difficulté aux mesméristes qui ont bien étudié les propriétés du fluide. L’homme qui, au moyen de quelques passes sur un membre, peut provoquer une paralysie locale telle qu’elle le rend entièrement insensible aux brûlures, aux coupures, aux piqûres d’aiguilles, etc.…, ne sera guère étonné des phénomènes des Jansénistes. Quant aux adeptes de la magie, particulièrement dans les Indes Orientales et au Siam, ils sont trop familiarisés avec les propriétés de l’akasha, le mystérieux fluide de vie, pour considérer l’insensibilité des convulsionnaires comme un phénomène bien important. Il est possible de comprimer le fluide astral autour d’une personne de façon à lui en faire une coque élastique absolument impénétrable à tout objet physique, quelque grande que soit la rapidité de sa course. En un mot, ce fluide peut égaler et même dépasser en force de résistance l’eau et l’air.

En Inde, au Malabar, et dans quelques endroits d’Afrique Centrale, les charmeurs permettront au voyageur de tirer sur eux avec un fusil ou un revolver, sans avoir touché l’arme eux-mêmes ni choisi les projectiles. Dans Travels in Timmannee, Kooranko and Soolima Countries de Laing, on trouve la description d’une scène extrêmement curieuse, par un voyageur anglais, le premier blanc qui ait visité la tribu des Soolimas, près des sources du Dialliba. Un piquet de soldats d’élite fit feu sur un chef, qui n’avait pour se défendre que certains talismans. Bien que leurs fusils fussent parfaitement chargés et amorcés, aucune balle ne l’atteignit. Salverte cite un cas analogue dans sa Philosophie des Sciences Occultes. « En 1563, dit-il, le prince d’Orange condamna un prisonnier espagnol à être fusillé à Juliers ; les soldats l’attachèrent à un arbre et tirèrent, mais il resta invulnérable. À la fin, ils le dépouillèrent pour voir quelle armure il portait, mais ils ne lui trouvèrent qu’une amulette… Celle-ci lui ayant été retirée, il tomba mort au premier coup de feu ».

C’est autre chose que le tour habile auquel Robert-Houdin eut recours en Algérie. Il prépara lui-même des balles de suif noircies avec de la suie, et, par un tour de prestidigitation, il les substitua aux balles véritables que les cheiks arabes croyaient mettre dans leurs pistolets. Les naïfs Arabes, ne connaissant que la magie réelle dont ils avaient hérité de leurs ancêtres, et qui consiste, dans la plupart des cas, en certains actes à accomplir, sans en connaître le comment ni le pourquoi, en voyant Robert-Houdin obtenir ce qu’ils croyaient être les mêmes résultats par des moyens plus impressionnants, ils s’imaginèrent qu’il était un plus grand magicien qu’eux. Bien des voyageurs, y compris l’auteur de ce livre, ont été témoins de faits d’invulnérabilité de ce genre, mais dans lesquels toute tromperie était impossible. Il y a quelques années, vivait dans un village d’Afrique, un Abyssin qui passait pour un sorcier. Une fois, quelques Européens se rendant au Soudan s’amusèrent, pendant une heure ou deux, à tirer sur lui des coups de pistolet et de fusil, chose à laquelle il avait consenti moyennant une faible rétribution. Un Français nommé Langlois tira jusqu’à cinq coups simultanément, et les canons des armes n’étaient pas à plus de deux mètres de la poitrine du sorcier. À chaque coup, en même temps que la flamme de la détonation, on voyait la balle apparaître au bout du canon, trembler en l’air, décrire une courte parabole, et tomber, inoffensive, sur le sol. Un Allemand de la troupe, qui voyageait pour acheter des plumes d’autruche, lui offrit cinq francs, pour avoir l’autorisation de tirer, le canon du fusil touchant le corps du sorcier. L’homme refusa d’abord ; mais à la fin, après avoir eu une sorte de colloque avec un être invisible sous terre, il y consentit. L’expérimentateur chargea soigneusement son arme, et appuyant la bouche du canon sur le corps du sorcier, après un moment d’hésitation, tira… le canon éclata en morceaux jusqu’à la crosse, et l’homme ne fut pas blessé.

Cette qualité d’invulnérabilité peut être donnée aux personnes aussi bien par des adeptes vivants que par des esprits. De notre temps, plusieurs médiums bien connus ont souvent, en présence des plus respectables témoins, non seulement manié des charbons ardents à pleines mains, et placé leur visage sur un brasier sans se roussir un cheveu, mais même mis des charbons allumés sur la tête ou dans les mains des assistants, comme dans le cas de lord Lindsay et de lord Adair. L’histoire bien connue du chef indien qui avoua à Washington qu’à la bataille de Braddock il avait fait feu de son rifle sur lui dix-sept fois à une faible distance, sans avoir pu le toucher, reviendra sans doute à la mémoire du lecteur en cette occurrence. Et de fait, beaucoup de grands capitaines ont eu, parmi leurs soldats, la réputation de posséder ce que l’on nomme un charme, et le prince E. de Sayn-Wettgenstein, général russe, passait pour en posséder un.

La même force qui permet de comprimer le fluide astral au point de former une cuirasse impénétrable autour de quelqu’un, peut être utilisée pour diriger, pour ainsi dire, un jet de fluide sur un objet quelconque avec une force fatale. Beaucoup de vengeances ténébreuses ont été exercées de la sorte ; et, dans ces cas, les enquêtes des magistrats n’y ont jamais découvert qu’un cas de mort subite, résultant en apparence d’une maladie de cœur, d’une apoplexie ou de toute autre cause naturelle qui n’était pourtant pas la véritable. Beaucoup de personnes croient fermement que certains individus possèdent le pouvoir du mauvais œil. Le mal’occhio, ou jettatura, est une croyance très répandue en Italie et dans le Midi de l’Europe. Le pape Pie IX passait généralement pour être doué, inconsciemment sans doute, de ce fâcheux don. Il y a des gens qui peuvent tuer des crapauds rien qu’en les regardant, et qui peuvent même tuer des hommes. La qualité malfaisante de leurs désirs constitue un foyer de forces malignes qui jaillit et frappe comme le projectile d’une arme à feu.

En 1860, dans le département du Var, nous raconte le chevalier des Mousseaux, près du petit village de Brignoles, vivait un paysan nommé Jacques Pelissier, qui gagnait sa vie en tuant des oiseaux par sa seule puissance de volonté. Son cas est rapporté par le célèbre Dr d’Alger, à la requête duquel ce singulier chasseur opéra à plusieurs reprises en présence de quelques savants. Voici comment s’exprime le Dr d’Alger : « À environ quinze ou vingt pas de nous, je vis un charmant petit chardonneret que je montrai à Jacques. « Regardez bien, monsieur, me dit-il, il est à moi ». Aussitôt, dirigeant sa main droite vers l’oiseau, il s’en approcha doucement. Le chardonneret s’arrête, lève et baisse sa jolie tête ; il secoue les ailes, mais sans pouvoir s’envoler ; enfin il ne peut même plus bouger, et il se laisse prendre en battant légèrement de l’aile avec un faible cri. J’examinai l’oiseau ; ses yeux étaient entièrement fermés, et son corps avait toute la rigidité d’un cadavre, bien que les battements du cœur fussent encore très perceptibles ; c’était le véritable sommeil cataleptique, et tous les phénomènes produits prouvaient jusqu’à l’évidence l’existence d’une action magnétique. Quatorze petits oiseaux furent pris de la même façon dans l’espace d’une heure ; aucun ne résistait à la puissance de maître Jacques, et tous présentaient les mêmes indices du sommeil cataleptique, sommeil qui, d’ailleurs, se terminait au gré du chasseur, dont ces petits êtres étaient devenus les esclaves soumis.

« Cent fois je demandai à Jacques de rendre la vie et le mouvement à ses prisonniers, de ne les endormir qu’à moitié de façon à ce qu’ils puissent aller et venir sur le sol et de les remettre de nouveau complètement sous le charme. Il fit tout ce que je lui demandai, et ce remarquable Nemrod ne manqua pas une seule fois son coup. Il me dit à la fin : « Si vous le désirez, je ferai mourir, sans les toucher, ceux que vous désignerez. J’en indiquai deux pour faire l’expérience, et à vingt-cinq ou trente pas, en moins de cinq minutes, il avait accompli ce qu’il voulait (156) ».

Le trait le plus curieux du cas en question, c’est que Jacques exerçait un pouvoir complet seulement sur les passereaux, les moineaux, les rouges-gorges, les chardonnerets et les mauviettes ; il magnétisait parfois les alouettes, mais « elles m’échappent souvent », disait-il.

Ce même pouvoir est exercé avec une force plus grande encore par les individus connus sous la dénomination de dompteurs. Sur les bords du Nil, certains indigènes peuvent attirer hors de l’eau les crocodiles, au moyen d’un sifflement très doux, particulièrement mélodieux et les manier impunément ; d’autres exercent ce même empire sur les serpents les plus venimeux. Les voyageurs racontent qu’ils ont vu de ces charmeurs entourés de quantités de ces reptiles, qu’ils éloignent à volonté.

Bruce, Hasselquist et Lampriere (157b) attestent avoir vu, en Egypte, au Maroc, en Arabie et surtout dans le Sennaar, quelques naturels qui ne faisaient aucun cas des morsures des vipères les plus venimeuses, ni des piqûres des scorpions. Ils les prennent et jouent avec eux et ils les plongent à volonté dans un état de stupeur. « C’est en vain, dit Salverte, que les auteurs Latins et Grecs nous assurent que le don de charmer les reptiles venimeux était héréditaire depuis un temps immémorial dans certaines familles… ; qu’en Afrique les Psylles en étaient doués, et qu’il était possédé par les Marses en Italie, même au commencement du XVIème siècle, des hommes qui prétendaient descendre de la famille de saint Paul bravaient, comme les Marses les morsures de serpents (158).

« Les doutes sur ce sujet, dit cet auteur, ont été définitivement dissipés à l’époque de l’expédition française en Egypte, et la relation suivante est attestée par des milliers de témoins oculaires. Les Psylles qui prétendent, au dire de Bruce, posséder ce don…, allaient de maison en maison pour… détruire les serpents de toute espèce… Un instinct merveilleux les guidait dès le premier pas vers l’endroit où les serpents se tenaient cachés. Furieux, hurlants, écumants… ils étaient saisis avec les mains et déchirés avec les ongles ou les dents.

Mettons sur le compte du charlatanisme si l’on veut, dit le sceptique invétéré qu’était Salverte lui-même, la fureur et les hurlements ; il n’en est pas moins vrai que cet instinct qui avertissait les Psylles de la présence des serpents a quelque chose de plus réel ». Aux Antilles, les nègres découvrent par son odeur le serpent qu’ils ne peuvent apercevoir (159) ». Ce don est encore possédé en Egypte par des hommes qui ont été dressés à l’acquérir depuis leur enfance et qui naissent avec le don supposé héréditaire de découvrir les serpents même à distance où les effluves de ces animaux sont absolument imperceptibles aux sens plus émoussés d’un Européen. Le fait principal qui domine tous les autres, la faculté de réduire à l’impuissance les animaux dangereux, simplement en les touchant, est parfaitement démontré, et il est probable que nous n’en saurons jamais plus long au sujet de la nature de ce secret célèbre dans l’antiquité et conservé jusqu’à notre époque par quelques-uns des hommes les plus ignorants (160) ».

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