L’HOMME INTERIEUR ET EXTERIEUR – Partie 6

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre X – L’HOMME INTERIEUR ET EXTERIEUR

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Ainsi ce ne sont que ceux de la sixième classe, ceux qui consultent les esprits familiers ou sorciers qui s’exposent aux pires peines de la loi de Moise, car seuls les sorciers devaient être mis à mort, tandis que tous les autres ne sont mentionnés qu’afin que les enfants d’Israël n’aient aucune communication avec eux, à cause, principalement, de leur idolâtrie ou plutôt de leurs convictions religieuses et de leur savoir. Cette sixième catégorie est le שאל אוב Shoel Aub, qu’on traduit par « celui qui consulte les esprits familiers » ; mais la septuaginte le traduit par Εγγαστριμυθος, celui qui a un esprit familier en lui, celui qui est possédé de l’esprit de divination, que les Grecs nommaient Python, et les Hébreux obh, l’antique serpent ; sa signification ésotérique est l’esprit de concupiscence et de la matière ; ce qui, suivant les cabalistes, est toujours un esprit élémental humain de la huitième sphère.

« Je crois, dit Henry More, que Shoel obh doit se dire de la sorcière qui demande conseil à son esprit familier… La raison du terme obh… vient de ce que l’esprit était dans le corps de la personne, et l’enflait au point d’y créer une protubérance, « la voix paraissant toujours sortir d’une bouteille, raison pour laquelle on leur donnait le nom de ventriloques. Ob signifie la même chose que Pytho, qui reçut son nom de pythii vates, l’esprit qui dit les choses cachées, ou qui prédit l’avenir. Dans les Actes, XVI, 16, πνευμα πὺδωνος, lorsque saint Paul en étant fatigué se retourna et dit à l’esprit : « Je te commande, au nom de Jésus, de sortir de cette fille » et « il sortit à l’heure même ». Par conséquent les mots obsédés et possédés sont synonymes du mot witch, sorcière ; car cet esprit de Python de la huitième sphère n’aurait pas pu sortir d’elle, s’il n’avait été un esprit distinct d’elle-même. C’est ainsi que nous lisons dans la Levitique, XX, 27 : « Si un homme ou une femme évoque les esprits ou se livre à la divination [un yiddeoni irresponsable] ils seront punis de mort ; on les lapidera ; leur sang retombera sur eux.

Loi cruelle et injuste assurément, qui contredit d’une façon formelle l’assertion récente faite par les esprits par l’entremise d’un des médiums les mieux inspirés d’aujourd’hui, que les recherches philologiques démontrent que la loi de Moise n’a jamais voulu faire périr les pauvres médiums ou les sorciers (107) de l’Ancien Testament, mais que les mots : « vous ne souffrirez pas qu’une sorcière vive au milieu de vous », signifiaient que l’on ne devait pas souffrir qu’elle vécut de sa médiumnité, qu’elle en fît un moyen de gagner sa vie. Cette interprétation n’est pas moins ingénieuse que nouvelle. Sans cette inspiration, nous n’aurions, certes, pas atteint une si grande profondeur philologique (108) (108b) !

« Fermez la porte au nez du démon, dit la Cabale, et il s’enfuira loin de vous comme si vous le poursuiviez », ce qui veut dire qu’on ne doit pas donner prise aux esprits obsesseurs en les attirant dans une atmosphère de péché de même nature.

Ces démons cherchent à s’introduire dans le corps des simples d’esprit et des idiots, et ils y restent jusqu’à ce qu’ils en soient chassés par une volonté puissante et pure. Jésus, Apollonius et quelques-uns des apôtres avaient le pouvoir de chasser les diables en purifiant l’atmosphère au dedans et au dehors du patient, et de forcer, par ce moyen, l’hôte indésirable à se retirer. Certains sels volatils leur sont particulièrement désagréables, et l’effet de certaines substances chimiques versées dans une soucoupe placée sous son lit par M. Varley de Londres (109), dans le but de tenir à distance quelques phénomènes physiques nocturnes désagréables, confirme cette grande vérité. Les esprits humains purs ou simplement inoffensifs ne redoutent rien, car s’étant débarrassés de la matière terrestre, les composés matériels ne les affectent pas ; de tels esprits sont comme un souffle. Mais ce n’est pas le cas pour les âmes attachées à la terre et les esprits de la nature.

Est-ce pour ces larves charnelles, terrestres, esprits humains dégradés, que les anciens cabalistes nourrissaient l’espoir de la réincarnation. Mais alors quand et comment ? À l’heure convenable, aidés par un sincère désir d’amendement et de repentir, inspiré par une personne puissante et sympathique, ou par la volonté d’un adepte, ou même tout simplement par un désir de l’esprit fautif lui-même, il peut atteindre ce résultat, pourvu que ce désir soit, chez lui, assez énergique pour lui faire secouer le fardeau de la matière pécheresse. Perdant alors toute conscience, la monade, jadis brillante, est reprise par le tourbillon de notre évolution terrestre, et elle traverse de nouveaux règnes inférieurs, pour respirer une fois de plus dans le corps d’un enfant. Il serait impossible de fixer le temps nécessaire pour accomplir ce processus. Puisque la notion du temps n’existe pas pour l’éternité, ce serait une perte de temps que d’essayer d’en faire le calcul.

Ainsi que nous l’avons dit, fort peu de cabalistes croient à cette doctrine enseignée à l’origine par certains astrologues. En recherchant les horoscopes de certains personnages historiques renommés pour quelques dispositions spéciales, ils trouvèrent que la conjonction des planètes correspondait parfaitement avec les oracles et les prophéties remarquables au sujet de personnes nées plusieurs siècles plus tard. L’observation et ce que l’on pourrait nommer de « singulières coïncidences », ajoutées à la révélation obtenue durant le « sommeil sacré » du néophyte, firent découvrir la redoutable vérité. La pensée en est si horrible que même ceux qui auraient dû être convaincus, préfèrent l’ignorer, ou tout au moins ils évitent soigneusement d’aborder ce sujet.

Cette façon d’obtenir des oracles était pratiquée dès la plus haute antiquité. Dans l’Inde, cette sublime léthargie est appelée « le sommeil sacré de*** ». C’est un état d’oubli dans lequel le sujet est plongé par certains procédés magiques, secondés par le breuvage du suc du soma. Le corps du dormeur reste pendant plusieurs jours dans un état pareil à la mort, et, par la puissance de l’adepte, il est purifié de ses souillures terrestres ; il est ainsi préparé pour devenir le réceptacle temporaire de la splendeur de l’Augoeides immortel. Dans cet état, le corps engourdi reflète la gloire des sphères supérieures, comme un miroir poli reflète les rayons du soleil. Le dormeur n’a pas conscience du temps qui s’écoule, et, à son réveil, après quatre ou cinq jours de transe, il s’imagine n’avoir dormi que quelques instants. Ce que ses lèvres ont proféré, il ne le saura jamais ; mais comme c’est l’esprit qui les meut, elles n’ont pu prononcer que la vérité divine. Pendant un laps de temps cette pauvre enveloppe charnelle impuissante, sera devenue le tabernacle de la présence sacrée, et il est transformé en oracle mille fois plus infaillible que la pythonisse asphyxiée de Delphes ; son sommeil sacré, qui n’est pas comparable à l’espèce de folie que celles-ci exhibaient en présence de la foule, n’a pour témoins, dans l’enceinte du sanctuaire, que quelques adeptes, dignes eux-mêmes de se tenir en présence de l’ADONAI.

La description que fait Isaie de la purification nécessaire pour qu’un prophète devienne digne d’être le porte-voix du ciel, s’applique au cas qui nous occupe. Il dit en employant la métaphore familière : « Mais l’un des séraphins vola vers moi, tenant à la main un charbon ardent pris sur l’autel avec des pincettes. Il en toucha ma bouche et dit : Ceci a touché tes lèvres ; ton iniquité est enlevée et ton péché est expié » (Isaïe VI, 6, 7).

L’invocation de son propre Augoeides, par l’adepte purifié, est traduite en termes d’une beauté sans égale par Bulwer-Lytton dans Zanoni (110) et il nous y donne à entendre que le moindre élan de passion mortelle rend l’hiérophante impropre à la communion avec son âme immuable. Non seulement il y en a peu qui puissent accomplir cette cérémonie avec succès, mais encore ces rares individus n’y ont que rarement recours, pour l’instruction d’un néophyte et pour obtenir une connaissance de la plus haute importance.

Cependant, le public en général n’apprécie ni ne comprend la science précieusement gardée par ces hiérophantes ! « Il existe une autre collection d’écrits et de traditions sous le titre de Cabale, attribués à des savants orientaux dit l’auteur de Art Magic ; mais, comme cet ouvrage remarquable, n’a peu ou point de valeur sans la clé, qui ne peut être obtenue que dans certaines confréries d’Orient, sa transcription ne serait d’aucune valeur pour le lecteur ordinaire (111). Tout cela a été tourné en ridicule par les voyageurs de commerce qui parcourent l’Inde à la recherche de « commandes », et qui écrivent dans le Times leurs récits de voyages ; d’autres jongleurs habiles, prétendent faire croire aux foules ébahies que leurs tours de passe-passe sont les véritables exploits des magiciens orientaux !

Malgré la mauvaise foi dont fit preuve dans l’affaire d’Alger Robert-Houdin, autorité dans l’art de la prestidigitation, ainsi que Moreau Cinti, ils ont loyalement témoigné en faveur des médiums Français. Ils ont attesté tous deux, lorsqu’ils furent interrogés par les Académiciens, que seuls des « médiums » pouvaient produire les phénomènes de coups frappés dans les tables, et de lévitation sans préparatifs, ou sans mobilier truqué à cette fin. Ils reconnurent également que les « lévitations sans contact » étaient des faits tout à fait en dehors du pouvoir des jongleurs de profession ; que pour eux, la lévitation était tout à fait impossible à moins d’être présentée dans une chambre pourvue de machinerie secrète et de miroirs concaves. Ils ajoutèrent que la simple apparition d’une main diaphane dans un endroit où il serait impossible de se faire aider par des compères, le médium ayant été préalablement fouillé, constituerait la preuve que cette apparition serait l’œuvre d’une agence étrangère à l’homme quelle que cette agence puisse être en réalité. Le Siècle et deux autres journaux de Paris s’empressèrent de publier leurs soupçons que ces deux habiles professionnels étaient devenus les comparses des spirites.

Le professeur Pepper, directeur de l’Institut Polytechnique de Londres, a inventé un ingénieux appareil pour produire sur la scène les apparitions spirites, et il vendit son brevet en 1863 à Paris, moyennant une somme de 20.000 F. Les fantômes paraissaient réels et puis s’évanouissaient, mais ils n’étaient que des effets d’optique produits par la réflexion d’un objet très éclairé sur la surface polie d’une plaque de verre. Ils apparaissaient et disparaissaient, se promenaient sur la scène, et jouaient leur rôle à la perfection. Quelquefois, un des fantômes se plaçait sur un banc ; après cela un des acteurs vivants commençait à se quereller avec lui, et, saisissant une lourde hache, partageait d’un coup en deux la tête et le corps du fantôme. Mais les deux parties se rejoignaient aussitôt, et le spectre reparaissait intact quelques pas plus loin au grand étonnement du public. L’appareil fonctionnait merveilleusement, et chaque soir ce spectacle attirait la foule. Mais naturellement l’exhibition de ces fantômes exigeait des appareils et plus d’un compère. Cela n’empêcha pas des reporters d’en faire un prétexte pour ridiculiser les spirites, comme si les deux genres de phénomènes avaient eu le moindre rapport !

Ce que les fantômes de Pepper prétendaient faire, de véritables esprits humains désincarnés peuvent réellement l’accomplir lorsque leur réflexion est matérialisée par les élémentals. Ils se laisseront trouer le corps par des balles ou des épées, et couper les membres, et reparaîtront aussitôt intacts. Mais il n’en est pas de même des esprits cosmiques et des esprits élémentaires humains, car une épée ou un poignard ou même un bâton pointu, les fait fuir terrorisés. Cela paraîtra peut-être inexplicable à ceux qui ne comprennent pas de quelle substance matérielle sont composés les élémentaires, mais les cabalistes le comprennent parfaitement. Les récits de l’antiquité et du moyen âge, pour ne rien dire des merveilles modernes de Cideville, dont nous avons l’attestation faite devant les tribunaux, confirment ce fait.

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