La vie de presque chacun de nous se passe en général loin des outrages sanglants, du carnage, des rapines, des guerres de clans, etc., qui exerçaient leurs ravages durant les premiers siècles du présent Manvantara et jusque dans sa période moyenne. Notre nature est devenue plus retenue. Nous ne rions plus comme avant, et nos larmes sont devenues silencieuses, presque spirituelles. La douleur de notre cœur n’est pas perceptible pour le passant anonyme, mais elle est plus profondément gravée sur notre visage.
Sans aucune comparaison avec le chevalier du Moyen-âge, nous imaginons maintenant un humain comme une personne assise sur une chaise de bureau, penchée sur un livre de comptabilité, équilibrant des comptes, avec des rides d’attention, d’anxiété, de passions réprimées qui marquent la presque totalité du visage fatigué, ne prêtant qu’une oreille inconsciente aux lois éternelles, se soumettant sans protester au destin qu’elle sent l’envahir subrepticement. La parésie, la paralysie peut la frapper ; la charité, les rues, les pauvres maisons de ceux qu’elle aime ; tout cela dépend des efforts faits par cette âme qui lutte dans un corps partiellement développé.
Nous entendons beaucoup parler du caractère sublime de la « Tradition » ; mais hélas, combien superficielle et matérielle elle apparaît à côté des tragédies du XIXe siècle, avec ses bas quartiers urbains, ses grandes cathédrales et ses tours à logement : des contrastes qui pourraient bien faire pleurer les anges !
La longueur mystérieuse de la Vie infinie, le silence implacable de l’Âme universelle, le murmure imperceptible des éternités, passées, présentes et à venir, déferlent sur nous par vagues lorsque nous tentons d’associer notre propre vie et celles qui nous entourent aux vérités éternelles.
HILARION - Temple 3 - Leçon 392


