Les orientalistes en général sont d’accord que les Aryens, 3000 ans avant J.-C., occupaient encore les steppes à l’est de la mer Caspienne, et qu’ils étaient encore unis. Rawlinson suppose qu’ils « vinrent de l’est », de l’Arménie, comme centre commun ; tandis que deux courants congénères s’acheminèrent l’un vers le nord sur le Caucase et l’autre à l’ouest sur l’Asie Mineure et l’Europe. Il retrouve les Aryens, à une période antérieure au XVème siècle avant notre ère, « établis dans le territoire baigné par l’Indus supérieur ». De là les Aryens Védiques se transportèrent au Pendjab et les Aryens du Zend à l’occident où ils fondèrent les nations historiques. Mais cela, comme tout le reste, n’est qu’une hypothèse, et n’est donné que comme telle.
Rawlinson encore emboîtant le pas à Max Muller dit que « l’histoire primitive des Aryens demeure pendant plusieurs siècles une lacune absolue ». Toutefois beaucoup de Brahmanes instruits nous ont déclaré qu’ils ont trouvé la trace de l’existence des Védas dès l’an 2100 avant J.-C. ; et Sir Williams Jones, se basant sur les données astronomiques, assigne au Yajur-Véda, une date de 1580 avant J.-C. Cela serait encore antérieur à Moise.
C’est sur la supposition que les Aryens ne quittèrent pas l’Afghanistan pour le Pendjab avant 1500 ans avant J.-C. que Max Muller et les autres savants d’Oxford croient que certaines parties de l’Ancien Testament peuvent être attribuées à la même date, sinon à une date antérieure aux plus anciens hymnes du Véda. Par conséquent, jusqu’à ce que les orientalistes puissent nous dire la date exacte à laquelle Zoroastre était florissant, aucune autorité ne doit être considérée plus compétente pour déterminer l’âge des Védas que les Brahmanes eux-mêmes.
Comme c’est un fait notoire que les Juifs empruntèrent la plupart de leurs lois aux Egyptiens, examinons qui étaient les Egyptiens. A notre avis – qui n’a, naturellement, pas une grande valeur – ils étaient les anciens habitants de l’Inde, et dans notre premier volume nous avons cité des passages de l’historien Collouca-Batta, à l’appui de cette thèse. Voici ce que nous voulons dire par l’Inde antique :
Aucune contrée sur la carte – si ce n’est l’ancienne Scythie – n’est moins bien définie que celle qui porta la dénomination de l’Inde. L’Ethiopie est peut-être la seule de ce genre. C’était le berceau des races Cushites ou Kamitiques, et il était situé à l’Est de Babylone. Ce fut jadis le nom de l’Hindoustan, lorsque les races noires, adorateurs de Bala-Mahadeva et Bhavani-Mahidévi régnaient suprêmes sur ce pays. L’Inde des sages primitifs parait avoir été la région des sources de l’Oxus et du Jaxartes. Apollonius de Tyane traversa le Caucase ou l’Hindou-Koush, où il rencontra un roi qui lui indiqua la demeure des sages – peut-être les descendants de ceux qu’Ammianus appelle les « Brahmanes de l’Inde supérieure », et que visita Hystaspes, père de Darius (ou plus probablement Darius Hystaspes lui-même) ; et lequel, ayant été instruit par eux, infusa leurs rites et leurs idées dans les pratiques des Mages. Ce récit d’Apollonius paraît laisser supposer que le pays qu’il visita était le Cashmire, et que les Nagas – après leur conversion au Bouddhisme – furent ses instructeurs. A ce moment l’Inde Aryenne ne s’étendait pas au-delà du Pendjab.
A notre avis, l’obstacle le plus déconcertant pour tout progrès de l’ethnologie, a toujours été la triple progéniture de Noe(). En conciliant les races post-diluviennes avec la descendance généalogique de Sem, Cham() et Japhet, les orientalistes chrétiens ont entrepris une tâche impossible à accomplir. L’arche biblique de Noe() a été un lit de Procuste auquel tout devait s’adapter. Par conséquent on a détourné l’attention des véritables sources d’information concernant l’origine de l’homme, et on a confondu une allégorie purement locale, avec une archive historique venant, d’une source inspirée. Quelle étrange et malencontreuse idée ! De toutes les écritures sacrées des nations nées de la racine primitive de l’humanité, ne faut-il pas que le Christianisme choisisse comme guide les annales nationales et les écritures d’un peuple qui est peut-être le moins spirituel entre tous ceux de la famille humaine – les Sémites. Une nation qui n’a jamais été capable de développer parmi toutes ses langues, un langage qui permette d’incorporer les notions d’un monde intellectuel et moral ; dont les formes d’expression, et les tendances ne se sont jamais élevées au-dessus d’images purement sensuelles et terre à terre ; dont la littérature n’a jamais laissé quoi que ce soit d’original, rien qui n’ait été emprunté à la pensée aryenne ; et dont la science et la philosophie soient absolument dépourvues des nobles traits qui caractérisent les doctrines éminemment spirituelles et métaphysiques des races Indo-européennes (c’est-à-dire Japhétiques).
Bunsen démontre que le Khamisme (le langage de l’Egypte) est un très ancien reste de l’Asie occidentale, contenant le germe du sémite ; il témoigne, ainsi, « de l’unité de parenté primitive entre les races Sémite et Aryenne. » Rappelons-nous à ce sujet, que les peuples du Sud-Ouest et de l’Ouest de l’Asie, y compris les Mèdes, étaient tous des Aryens. Il est encore loin d’être prouvé qui furent les maîtres originels et primitifs de l’Inde. Que cette période soit maintenant hors de la portée de l’histoire documentaire, n’empêche en aucune manière la probabilité de notre théorie que c’était la puissante race de constructeurs, qu’on les appelle Ethiopiens orientaux ou Aryens à peau noire (ce mot signifiant simplement « noble guerrier », un « brave »). Ils régnèrent, à une époque, en souverains maîtres sur l’ancienne Inde tout entière, désignée, plus tard, par le Manou, comme la possession de ceux que nos savants appellent les peuples de langue sanscrite.
On suppose que ces Hindous pénétrèrent dans le pays par le Nord-Ouest ; d’aucuns croient qu’ils apportèrent avec eux la religion brahmanique, et le langage de ces conquérants était probablement le sanscrit. C’est sur ces trois pauvres données que nos philologues ont travaillé depuis que Sir William Jones a appelé l’attention sur l’hindoustan et son immense littérature sanscrite – mais traînant toujours après eux le boulet des trois fils de Noe(). C’est de la science exacte, dégagée de tout parti pris religieux ! Certes, l’ethnologie n’aurait rien perdu, si le trio des trois fils de Noé était tombé à l’eau et s’était noyé dans les eaux du déluge, avant que l’arche n’ait touché terre !
On classe, généralement, les Ethiopiens dans le groupe des Sémites ; mais nous allons étudier jusqu’à quel point ils ont droit à cette classification. Nous aurons aussi à considérer jusqu’à quel points ils ont été mêlés à la civilisation égyptienne, laquelle comme le dit certain auteur, paraît avoir joui de la même perfection dès les âges les plus reculés, sans avoir passé par une ascension et un progrès, comme cela a été le cas pour tous les ‘autres peuples. Pour des raisons que nous allons exposer, nous sommes prêts à affirmer que l’Egypte doit sa civilisation, son gouvernement et ses arts – et surtout celui de la construction – à l’Inde pré-védique, et que ce fut une colonie d’Aryens à peau foncée, ou ceux qu’Homere et Herodote appellent les Ethiopiens orientaux, c’est-à-dire les habitants de l’Inde méridionale, qui y apportèrent leur civilisation toute faite, dans les temps anté-chronologiques, ce que Bunsen appelle l’histoire pré-Mérite, mais néanmoins, appartenant à une époque déterminée.
Dans le India in Greece de Pococke, nous lisons le paragraphe suggestif suivant : « Le récit, sans ornement, des guerres entre les chefs solaires, Oosras (Osiris) le prince des Guclas, et « TUPHOU », n’est rien de plus que le fait historique des guerres des Apiens, ou tribus solaires d’Oude et des peuples de « Tu-PHOO » ou Thibet, qui étaient, de fait, la race lunaire, pour la plupart Bouddhistes (122d), et combattus par Rama et les « AITHO-PIAS » ou peuple d’Oude, connus ensuite comme les AITHO-IO-PIENS d’Afrique (123d). » (Voir page 121).
Nous rappellerons au lecteur, à cet égard, que Ravan, le géant, qui, dans le Ramayana, combattit Rama Chandra, y est présenté comme le Roi de Lanka, qui était l’ancien nom de Ceylan ; et qu’à cette époque, Ceylan faisait peut être partie de la terre ferme de l’Inde méridionale, qui était peuplée par les « Ethiopiens orientaux ». Vaincus par Rama, le fils de Dasarata, le Roi Solaire de l’ancienne Oude, une colonie de ceux-ci émigra dans le Nord de l’Afrique. Si, ainsi que beaucoup le soupçonnent, l’Iliade d’Homere, et une grande partie de son récit de la guerre de Troie, est un plagiat du Ramayana, les traditions qui servirent de base pour ce dernier, doivent avoir une antiquité fabuleuse. Il y a donc amplement de la place dans l’histoire pré-chronologique pour y placer une période pendant laquelle les « Ethiopiens orientaux » auraient pu établir l’hypothétique colonie Mizraique, avec son éminente civilisation et ses arts indiens.
La science est encore dans l’ignorance au sujet des inscriptions cunéiformes. Jusqu’à ce qu’elles aient été complètement déchiffrées, et tout spécialement celles gravées dans les rochers, si abondamment trouvées dans les limites de l’ancien Iran, qui sait les secrets qu’elles auront à nous révéler ? Il n’y a pas d’inscription monumentale sanscrite plus ancienne que Chandragupta (315 avant J.-C.) et les inscriptions de Persépolis sont de 220 ans plus anciennes. Il existe aujourd’hui même quelques manuscrits en caractères totalement inconnus des philologues et des paléographes, et un de ceux-ci est, ou était, il n’y a pas longtemps, dans la bibliothèque de Cambridge en Angleterre. Les écrivains linguistiques classent la langue sémite parmi les langages indo-européens, en y comprenant généralement l’éthiopien et l’ancien égyptien. Mais si quelques dialectes de l’Afrique du Nord moderne, et même le Gheez moderne ou éthiopien, sont aujourd’hui dégénérés et corrompus au point de permettre de fausses conclusions au sujet de leur parenté originelle avec les autres langages sémites, nous ne sommes pas si sûrs que ceux-ci aient droit à une pareille classification, sauf en ce qui concerne l’ancienne langue copte et l’ancien Gheez.
Il reste encore à prouver qu’il existe une plus étroite parenté entre les Ethiopiens et les Aryens à peau foncée, et entre ceux-ci et les Egyptiens. On a reconnu il n’y a pas longtemps que les anciens Egyptiens appartenaient au type caucasien de l’humanité, et que la forme de leur crâne est purement asiatique (124d). Si leur peau était moins cuivrée que celle des Ethiopiens modernes, les Ethiopiens, eux-mêmes, ont pu avoir un teint plus clair dans les anciens temps. Le fait que, chez les rois éthiopiens, l’ordre de succession donnait la couronne au neveu du roi, au fils de sa sœur, et non à son propre fils, est fort suggestif. C’est une ancienne coutume qui a encore cours dans l’Inde du Sud. Les successeurs du rajah ne sont pas ses propres fils, mais ceux de sa sœur (125d).
De toutes les langues et les dialectes prétendus sémitiques, seul l’éthiopien s’écrit de gauche à droite, comme le sanscrit et les langages des nations indo-aryennes (126d1)(126d2).
Par conséquent, contre l’attribution de l’origine des Egyptiens à une ancienne colonie indienne, il n’existe pas de plus sérieux obstacle que le fils irrespectueux de Noe() – Cham() – lui-même un mythe. Mais la forme la plus ancienne du culte égyptien et de son gouvernement, théocratique et sacerdotal, ses habitudes et ses coutumes, tout parle en faveur d’une origine indienne.
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