LES SANS-ABRI

Aussi longtemps qu’un disciple du sentier de la main droite refuse ou néglige de se créer un foyer (qu’il s’agisse d’un palais, d’une hutte ou d’une mansarde aux plafonds bas) dans le milieu où le karma l’a placé – indépendamment de la durée du séjour projeté dans cet endroit – ou encore s’il ne se consacre pas à faire de cet environnement un vrai foyer dans tous les sens du terme, il va petit à petit détruire le pouvoir de concrétiser son projet. Il sera toute sa vie un sans-abri, au sens le plus fort du terme, ou alors sa maison ne sera qu’une pâle imitation de la maison idéale que son mental et sa volonté ont imaginée ou qu’il s’est efforcé de créer. Ce disciple n’a rien à voir avec ceux qui sèment la confusion ou tentent de rendre l’environnement d’un foyer contraire à ce qu’il devrait être. S’il est de quelque façon que ce soit en avance sur ces derniers, son devoir est d’autant plus clair et urgent.

Dans un foyer malheureux et sans harmonie, il serait quasi impossible à la vie de continuer indéfiniment si ce n’était de la détermination d’un membre de cet environnement de ramener l’harmonie dans le chaos. En apportant chaque jour dans le foyer toute la force mentale et physique à sa disposition, il peut neutraliser les éléments antagonistes. Ainsi il est toujours à l’affût pour rendre de petits services, pour surveiller les occasions d’alléger le poids d’un lourd fardeau des épaules d’un membre surmené ou épuisé nerveusement, pour construire des images astrales d’une maison idéale et la remplir des choses qui contribueront naturellement à la création d’un foyer idéal. S’il pouvait seulement associer ces images aux limites étroites de la pièce qu’il occupe, il pourrait ainsi créer le noyau du foyer idéal.

Pour créer ce noyau, il doit surveiller l’absence de quelque produit utilitaire bénin et y pourvoir discrètement. Il est aussi nécessaire pour lui de surveiller l’occasion de suggérer des changements qui permettront d’éclairer une condition obscure. Il exerce, par tous les moyens en son pouvoir, une véritable dévotion à l’intérêt de tous les membres du foyer. Par-dessus tout, il montre que chaque effort consenti est venu du cœur plutôt que de la tête seule. Ainsi tous ces efforts placent une pierre ou clouent une planche, au sens figuré, dans le foyer qu’il espère avoir un jour pour lui-même.

Le nombre de sans-abri vivant dans les environnements les plus luxueux est incalculable. Leur visage est ridé par l’inquiétude, marqué au fer par le mécontentement et le manque de bonheur, à cause de leur négligence égocentrique de toutes ces petites et grandes occasions de créer un foyer spirituellement parfait. Ils n’ont aucune idée du grand instinct primitif qui consiste à bâtir un foyer ni de la cause ultime de cet instinct. Sur un plan métaphorique, le conte ancien de l’exclusion d’Adam et Ève du Jardin d’Éden – leur foyer – peut avoir exercé un attrait sur leur mental. La vérité universelle derrière cette allégorie, la vérité de la réincarnation, l’impulsion qui pousse l’âme à sortir du dévachan – son foyer céleste – pour aller s’exiler, c’est-à-dire reprendre une incarnation physique, n’attire pas son cœur. Par conséquent, il ne prend pas conscience que c’est le désir incessant de l’âme pour son foyer véritable qui suscite chaque impulsion à construire des maisons. C’est la mémoire de l’âme de la beauté, de la grandeur, des environnements harmonieux, de la paix et de la joie irradiant de chaque membre de ce foyer céleste qui incite l’homme normal et la femme normale à s’unir et à entreprendre de reproduire un semblant de ce foyer sur Terre. Comme l’existence dévachanique est la reproduction et l’idéalisation de tout ce qui nous a attiré et de tout ce que nous avons pensé ou fait dans la vie terrestre, il est évident que toute pensée ou acte consacrés à la création d’un foyer sur Terre est un ajout au foyer de la maison dévachanique. Cela revient à raccourcir notre sentence d’exil, tout comme les actions et pensées volontairement destructrices ou encore l’ignorance obstinée des occasions d’aider les autres à construire ouvrent la voie à un exil plus long, à une période de probation plus prolongée.

HILARION - Temple 2 - Leçon 259
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