LES PHENOMENES CYCLIQUES – partie 9

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IX – LES PHENOMENES CYCLIQUES

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Imaginons, pour un instant, un orang-outang intelligent, ou bien un singe anthropoïde africain désincarné, c’est-à-dire privé de son corps physique, mais en possession d’un corps astral, sinon immortel. Nous avons lu dans les journaux spirites de nombreux récits d’apparitions de chiens favoris, ou d’autres animaux. C’est pourquoi, sur le témoignage même des spirites, nous pensons que les « esprits » de ces sortes d’animaux apparaissent, tout en nous réservant le droit de nous ranger à l’avis des anciens qui affirment que ces apparitions sont des tours joués par les élémentals. Une fois la porte ouverte aux communications entre le monde spirituel et le monde terrestre, qui empêche le singe de produire des phénomènes physiques analogues à ceux qu’il voit produire par les esprits humains ? Et pourquoi ne dépasseraient-ils pas en habileté et en ingéniosité bon nombre de ceux dont on a été témoin dans les cercles spirites ? Que les spirites nous répondent. L’orang-outang de Bornéo est bien peu inférieur en intelligence à l’homme sauvage, si tant est qu’il le soit. M. Wallace et d’autres grands naturalistes citent des exemples de son étonnante acuité d’esprit, quoique son cerveau soit inférieur comme volume à celui du moins développé parmi les sauvages. Il ne manque à ces quadrumanes que la parole pour être des hommes d’un degré inférieur. Les sentinelles placées par les singes ; les dortoirs choisis et bâtis par les orangs-outangs ; leur prévision du danger et les calculs qui dénotent plus que de l’instinct ; leur choix de chefs auxquels ils obéissent ; et l’exercice d’une foule de leurs facultés, leur donnent droit à une place sur le même niveau que beaucoup d’aborigènes australiens au crâne aplati. « Les aptitudes mentales des sauvages. dit M. Wallace, et les facultés qu’ils exercent actuellement sont fort peu supérieures à celles des animaux. »

Or, bien des gens prétendent qu’il ne peut pas y avoir de singes dans l’autre monde, parce qu’ils n’ont pas « d’âme ». Mais les singes ont autant d’intelligence, parait-il, que certains hommes ; pourquoi donc ces hommes, qui ne leur sont aucunement supérieurs, seraient-ils doués d’un esprit immortel, et les singes pas ? Les matérialistes répondront que ni les uns ni les autres n’ont d’esprit, mais que l’anéantissement est leur sort commun après la mort physique. Mais les philosophes spiritualistes de toutes les époques s’accordent à dire que l’homme occupe une place d’un degré plus élevé que celle de l’animal, et possède ce quelque chose qui fait défaut à ce dernier, et cela, qu’il soit le plus primitif des sauvages ou le plus sage des philosophes. Les anciens, nous l’avons vu, enseignaient que, tandis que l’homme est une trinité formée du corps, de l’âme astrale et de l’esprit immortel, l’animal n’est qu’une dualité, un être pourvu d’un corps physique et d’un esprit astral qui l’anime. Les savants ne reconnaissent aucune différence entre les éléments qui composent le corps des hommes et celui des animaux, et les cabalistes sont d’accord avec eux du moment où ils soutiennent que le corps astral (ou, comme le nomment les physiciens, le « principe de vie ») des animaux et des hommes est identique en essence. L’homme physique n’est que le plus haut développement de la vie animale. Si, comme le disent les savants, la pensée même est de la matière, et si chaque sensation de douleur ou de plaisir, chaque désir transitoire est accompagné d’une perturbation de l’éther – et les hardis spéculateurs qui ont écrit l’Unseen Universe croient que la pensée est conçue de façon à « agir sur la matière d’un autre univers, simultanément avec celui-ci » – alors pourquoi la pensée grossière et animale d’un orang-outang ou d’un chien, faisant son empreinte sur les vagues éthérées de la lumière astrale, aussi bien que celle de l’homme, n’assurerait-elle pas à l’animal une continuité d’existence ou un état futur après la mort ?

Les cabalistes soutenaient et soutiennent encore aujourd’hui qu’il n’est pas philosophique d’admettre que le corps astral de l’homme puisse survivre à la mort corporelle, et d’affirmer en même temps que le corps astral du singe est dissous en molécules indépendantes. Ce qui survit, comme personnalité, après la mort du corps, c’est l’âme astrale, que Platon, dans le Timée, et dans le Gorgias, appelle l’âme mortelle, car, suivant la doctrine hermétique, elle rejette ses particules les plus matérielles à chaque changement progressif dans une sphère plus élevée. Socrate raconte à Callicles (50) que cette âme mortelle conserve toutes les caractéristiques du corps, après la mort de celui-ci ; au point qu’un homme qui serait marqué par le fouet aurait son corps astral tout rempli de « marques et de cicatrices ». L’esprit astral est une reproduction fidèle du corps tant au sens physique qu’au moral. L’esprit Divin, la plus haute et l’immortelle partie de l’homme, ne peut être ni puni ni récompensé. Soutenir une pareille doctrine serait en même temps absurde et blasphématoire, car l’esprit n’est pas seulement une flamme allumée à la source inépuisable et centrale de la Lumière, mais encore il en est une partie, et d’essence identique. Il assure l’immortalité à l’être individuel astral proportionnellement au désir de celui-ci de la recevoir. Tant que l’homme double, c’est à-dire l’homme de chair et d’esprit se tient dans les limites de la loi de continuité spirituelle ; tant que la divine étincelle, pour si faible qu’elle soit, s’attarde en lui, il est sur la voie de l’immortalité dans un état futur. Mais ceux qui se laissent aller à une vie matérialiste, qui mettent obstacle au rayonnement divin de leur esprit, dès le début de leur pèlerinage terrestre ; ceux qui étouffent la voix de cette sentinelle vigilante, la conscience, qui sert de foyer à la lumière dans l’âme, de tels êtres ayant laissé de côté l’esprit et le sens moral, et ayant franchi les limites de la matière, seront nécessairement tenus d’en subir les lois.

La matière est aussi indestructible et éternelle que l’esprit immortel lui-même, mais seulement dans ses molécules, et non en ses formes organiques. Le corps d’une personne aussi grossièrement matérialiste que celle dont nous venons de parler ayant été abandonné par son esprit longtemps avant sa mort physique, lorsque celle-ci a lieu, les matériaux plastiques, l’âme astrale, se conformant aux lois de la matière aveugle, se façonne d’après le moule que le vice lui a graduellement préparé, pendant la vie terrestre de l’individu. Ensuite, comme le dit Platon, elle prend la forme de « l’animal auquel elle a ressemblé par ses défauts durant sa vie (51). C’est une ancienne doctrine, dit-il, que les âmes qui quittent la terre existent dans le Hadès et reviennent de nouveau ici, et sont une reproduction de ceux qui sont morts (52) ». Mais ceux qui ont mené une vie éminemment sainte sont ceux qui atteignent la région CELESTE pure, et HABITENT LES REGIONS ELEVEES de la terre (53) (la région éthérée). Dans Phèdre encore, il nous apprend que, lorsque l’homme a terminé sa première existence (sur notre globe), il y en a qui vont au lieu de châtiment sous la terre (54). Cette région au-dessous de la terre, les cabalistes ne l’entendent pas comme un endroit à l’intérieur du globe, mais comme une sphère bien inférieure en perfection et beaucoup plus matérielle que la terre.

De tous les spéculateurs modernes qui se sont occupés des apparentes absurdités du Nouveau Testament, seuls les auteurs de l’Unseen Universe paraissent avoir entrevu ses vérités cabalistiques, relativement à la géhenne de l’Univers (55). Cette géhenne, que les occultistes nomment la huitième sphère (en comptant à rebours), est tout simplement une planète comme la nôtre, attachée à celle-ci, et la suivant dans sa pénombre ; une sorte de dépotoir où « toutes les immondices de la terre sont déversées et consumées », suivant l’expression des dits auteurs et où toutes les scories de matière cosmique de notre globe sont dans un état perpétuel de remaniement.

La doctrine secrète enseigne que l’homme, s’il gagne l’immortalité, restera toujours la trinité qu’il est durant sa vie, et continuera à rester tel à travers toutes les sphères. Le corps astral qui, dans cette vie est recouvert d’une enveloppe physique grossière, devient à son tour, lorsqu’il est délivré de ce vêtement par la mort corporelle, l’enveloppe d’un autre corps plus éthéré. Celui-ci commence à se développer à partir du moment du décès, et il devient parfait lorsque le corps astral de la forme terrestre se sépare finalement de lui. Ce processus se renouvelle, dit-on, à chaque passage nouveau d’une sphère à une autre. Mais l’âme immortelle, « l’étincelle argentée », observée par le Dr Fenwick dans le cerveau de Margrave (56) et qu’il ne trouve pas chez les animaux, ne change jamais, et demeure « indestructible pour quoi que ce soit qui vienne renverser son temple ». Les descriptions faites par Porphyre, Jamblique et autres, des esprits des animaux qui habitent dans la lumière astrale, sont confirmées par celles de nombreux clairvoyants des plus intelligents et des plus dignes de foi. Quelquefois les formes animales sont même rendues visibles, par la matérialisation, à toutes les personnes présentes, dans un cercle spirite. Dans son livre intitulé : « Les habitants de l’autre monde« , le colonel Olcott décrit un écureuil matérialisé qui à la vue des spectateurs suivit l’esprit d’une femme, qui disparut et réapparut à leurs yeux à diverses reprises, et qui finalement suivit l’esprit dans le cabinet.

Faisons un nouveau pas en avant dans notre démonstration. Si après la mort corporelle, il y a une autre existence dans le monde spirituel, elle doit se produire conformément aux lois de l’évolution. Elle prend l’homme de sa place au sommet de cette pyramide de la matière, et le fait entrer dans une sphère de vie où la même loi inexorable l’accompagne. Et si elle le suit de la sorte, pourquoi pas les animaux et les plantes, qui ont tous un principe de vie, et dont les formes grossières se décomposent comme la sienne, lorsque ce principe de vie les abandonne ? Si son corps astral devient plus éthéré en arrivant dans une autre sphère, pourquoi n’en serait-il pas de même des leurs ? Eux, aussi bien que lui, ont évolué de la matière cosmique condensée, et nos physiciens ne voient pas la moindre différence entre les molécules des quatre règnes de la nature, qui sont énumérés, comme suit, par le professeur LeConte :

4 Règne animal
3 Règne végétal
2 Règne minéral
1 Eléments
.

La progression de la matière de chacun de ces plans à celui au-dessus, est continue ; et, suivant LeConte, il n’y a pas de force dans la nature capable d’élever la matière d’un seul coup du n° 1 au n° 3, ou du n° 2 au n° 4, sans s’arrêter et sans recevoir un supplément de force d’un genre différent, dans le plan intermédiaire (57).

Maintenant, quelqu’un se hasarderait-il à dire que, d’un nombre donné de molécules originairement et constamment homogènes, et recevant leur force du même principe d’évolution, une certaine partie puisse être portée à travers ces quatre règnes, jusqu’à l’évolution finale qui forme l’homme immortel, et que les autres n’auraient pas le droit de progresser au-delà des plans 1, 2 et 3 ? Pourquoi toutes ces molécules n’auraient-elles pas un avenir analogue devant elles ; le minéral devenant plante, la plante animale, et l’animal homme, sinon sur cette terre, du moins quelque part dans les royaumes infinis de l’espace ? L’harmonie, que la géométrie et les mathématiques, seules sciences exactes, démontrent comme étant la loi de l’univers, serait détruite, si l’évolution était amenée à sa perfection dans l’homme seul, et limitée dans les règnes subalternes. Ce que la logique suggère, la psychométrie le démontre ; et ainsi que nous l’avons déjà dit, il n’est pas impossible qu’un monument soit un jour élevé par les savants à Joseph Buchanan, son inventeur moderne. Si un fragment de minéral, une plante fossile, ou une forme animale donnent au psychomètre des tableaux aussi vivants et précis de leurs conditions précédentes, que le fait un ossement humain de l’individu à qui il a appartenu, il semblerait que le même esprit subtil pénètre toute la nature, et qu’il est inséparable des substances organiques ou inorganiques. Si les anthropologistes, les physiologistes et les psychologues sont également perplexes au sujet de l’indication des causes premières et finales, et s’ils sont aussi embarrassés les uns que les autres, en constatant dans la matière tant de similitudes dans les formes, et de si profonds abîmes de différences dans l’esprit, cela tient, peut-être, à ce que leurs recherches ont été limitées à notre globe visible, et qu’ils ne peuvent ou n’osent aller au-delà. L’esprit d’un minéral, d’une plante, d’un animal peut commencer à se former ici, et n’atteindre son développement définitif que des millions de siècles plus tard, sur d’autres planètes connues ou inconnues, visibles ou invisibles pour nos astronomes. Qui, en effet, est en mesure de détruire la théorie ci-dessus suggérée, que la terre elle-même, de même que les créatures vivantes auxquelles elle a donné naissance deviendra par la suite, après avoir passé elle aussi par les diverses phases de l’existence, de la mort et de la dissolution, une planète astrale éthérisée ? « En haut comme en bas » l’harmonie est la grande loi de la nature.

L’harmonie, dans le monde physique et mathématique des sens, c’est la Justice dans le monde spirituel. La Justice produit l’harmonie, et l’injustice la discorde ; or, la discorde, sur une échelle cosmique, signifie chaos, annihilation.

S’il y a dans l’homme un esprit immortel, il doit se retrouver aussi dans tout le reste, tout au moins dans un état latent ou en germe, et ce ne peut être qu’une question de temps pour chacun de ces germes de se développer complètement. Ne serait-ce pas une injustice criante, qu’un homme criminel, impénitent, ayant perpétré un meurtre horrible dans le libre exercice de sa volonté, possédât un esprit immortel qui, à la longue, serait lavé et purifié de son crime, et jouirait d’un bonheur parfait, tandis qu’un pauvre cheval innocent de tout crime aurait souffert et travaillé, dans les tortures infligées par le fouet impitoyable de son maître, pendant toute sa vie et serait ensuite voué au néant, après sa mort ? Une pareille croyance implique une injustice brutale, et n’est guère possible que chez un peuple, à qui l’on a inculqué le dogme, que tout a été créé en vue de l’homme, et que seul il est souverain de l’univers ; un souverain tellement puissant, que pour le garantir des conséquences de ses mauvaises actions, il a fallu que le Dieu de l’univers mourût pour apaiser sa propre colère.

Si le sauvage le plus abject, ayant un cerveau « très peu inférieur à celui d’un philosophe (58) » (celui-ci développé physiquement par des siècles de civilisations) est encore, en ce qui concerne l’exercice de ses facultés intellectuelles, très peu supérieur à un animal, est-il juste d’en inférer que ni lui, ni un singe n’auront l’occasion de devenir des philosophes ; l’homme dans ce monde, et le singe sur une autre planète également peuplée d’êtres créés à quelque autre image de Dieu ?

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