LES PHENOMENES CYCLIQUES – partie 8

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IX – LES PHENOMENES CYCLIQUES

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Et maintenant, pour redescendre des hauteurs de la poésie théurgico-magique, à la magie « inconsciente » de notre siècle actuel et à la prose d’un cabaliste moderne, passons en revue les documents suivants :

Dans le Journal de Magnétisme du Dr Morin, publié il y a quelques années à Paris, à un moment où les « tables tournantes » faisaient fureur en France, on publia une lettre curieuse, dont voici quelques extraits.

« Croyez-moi, Monsieur, écrivait le correspondant anonyme, il n’y a pas d’esprits, de fantômes, d’anges, de démons enfermés dans une table ; mais tous ces êtres peuvent s’y trouver, car tout cela dépend de notre propre volonté et de notre imagination. Ce MENSABULISME (46) est un phénomène ancien… mal compris des modernes, mais naturel au demeurant et appartenant au domaine de la physique et de la psychologie ; malheureusement, il devait demeurer incompréhensible jusqu’à ce que l’on ait découvert l’électricité et l’héliographie, car pour expliquer un fait de nature spirituelle, nous sommes obligés de nous baser sur un fait correspondant d’ordre matériel…

Comme nous le savons tous, la plaque daguerréotype peut être impressionnée non seulement par les objets eux-mêmes, mais encore par leurs réflexions. Eh bien ! le phénomène en question, qui devrait être appelé photographie mentale met au jour, outre des réalités, les rêves de notre imagination, avec une fidélité telle, que très souvent, nous sommes incapables de distinguer une épreuve tirée d’après une personne présente, d’avec un négatif obtenu par une simple image…

La magnétisation d’une table ou d’une personne est absolument identique dans ses résultats ; c’est la saturation d’un corps étranger soit par l’électricité vitale intelligente, soit par la pensée du magnétiseur et des personnes présentes ».

Rien ne peut en donner une meilleure et plus juste idée que la batterie électrique accumulant le fluide sur son conducteur, pour obtenir ainsi une force aveugle qui se manifeste par des étincelles lumineuses, etc… Ainsi, l’électricité condensée sur un corps isolé acquiert une puissance de réaction égale à l’action, soit pour charger, magnétiser, décomposer, enflammer, soit pour décharger ses vibrations à une grande distance. Ce sont les effets visibles d’une électricité aveugle, ou à l’état brut produite par d’aveugles éléments – le mot aveugle étant employé par la table elle-même, par opposition à l’électricité intelligente. Mais il existe évidemment une électricité correspondante produite par la pile cérébrale de l’homme ; cette électricité psychique, cet éther spirituel et universel qui est la nature ambiante, intermédiaire de l’univers métaphysique, ou plutôt incorporel, a besoin d’être étudiée, avant d’être admise par la science qui, n’en ayant point la moindre idée, ne saura jamais rien de ce grand phénomène de la vie tant qu’elle ne l’aura pas étudié.

« Il semble que pour se manifester, l’électricité cérébrale exige le concours de l’électricité statique ordinaire ; lorsque cette dernière fait défaut dans l’atmosphère, lorsque l’air est très humide, par exemple, on n’obtient que peu ou même rien, soit des tables, soit des médiums…

Il n’est pas nécessaire que les idées soient formulées avec grande précision dans le cerveau des personnes présentes ; la table découvre et formule ces idées elle-même, tant en prose qu’en vers, mais toujours correctement ; la table a besoin d’un certain temps pour composer un vers ; elle commence, puis elle rature un mot, le corrige, et quelquefois elle envoie une épigramme à notre adresse… Si les personnes présentes sont parfaitement en sympathie entre elles, elle plaisante et rit avec elles, comme une personne vivante pourrait le faire. Quant aux choses du monde extérieur, il faut que, comme nous, elle se contente de suppositions ; la table compose de petits systèmes philosophiques, elle les discute et les soutient comme le ferait le plus habile rhétoricien. En un mot, elle se crée une conscience et une raison qui lui appartiennent en propre, mais avec les matériaux qu’elle trouve en nous…

Les Américains sont persuadés qu’ils conversent avec leurs morts ; quelques-uns pensent (avec plus de raison) que ce sont des esprits ; d’autres les prennent pour des anges, et d’autres encore pour des diables, [l’intelligence] prenant la forme qui correspond à la conviction et à l’opinion préconçue de chacun. Ainsi faisaient les initiés des temples de Sérapis, de Delphes, et autres établissements théurgico-magiques du même genre. Ils étaient convaincus d’avance qu’ils allaient se mettre en communication avec leurs dieux ; et ils y réussissaient toujours.

Nous, qui connaissons bien la valeur du phénomène… nous sommes parfaitement sûrs, qu’après avoir chargé la table de nos effluves magnétiques, nous avons appelé à la vie ou créé une intelligence analogue à la nôtre qui, comme nous-mêmes, est douée d’une volonté libre ; qui peut causer et discuter avec nous, avec une lucidité supérieure, attendu que la résultante est plus forte que l’individu, ou plutôt que le tout est plus grand qu’une de ses parties… N’accusons pas Herodote de nous citer des mensonges, lorsqu’il rapporte les faits les plus extraordinaires, car nous devons les tenir pour aussi véritables et aussi exacts que les autres faits historiques, que l’on trouve chez tous les auteurs païens de l’antiquité…

Le phénomène est aussi ancien que le monde… Les prêtres de l’Inde et de la Chine le pratiquaient avant les Egyptiens et les Grecs. Les sauvages et les Esquimaux le connaissent bien. C’est le phénomène de la Foi, seule source de tout prodige, et il vous sera fait selon votre foi. Celui qui énonçait cette profonde doctrine était, sûrement, le Verbe incarné de la Vérité ; il ne se trompait pas, et il ne cherchait pas à tromper les autres ; il posait un axiome que nous répétons aujourd’hui, sans beaucoup d’espoir de le voir accepter.

L’homme est un microcosme ou un monde en miniature ; il porte en lui un fragment du grand Tout, dans un état chaotique. La tâche de nos demi-dieux est de dégager de cet ensemble la part qui leur revient, par un travail mental et matériel incessant. Ils ont leur mission à remplir, l’invention perpétuelle de nouveaux produits, de moralités nouvelles, et l’arrangement convenable des matériaux grossiers et informes que leur fournit le Créateur, qui les a créés à Son image, pour qu’ils puissent créer à leur tour, et compléter de la sorte, ici-bas, l’œuvre de la Création ; labeur immense qui ne sera achevé que lorsque l’ensemble sera devenu si parfait, qu’il sera comme Dieu lui-même, et capable ainsi de se survivre à lui-même. Nous sommes bien loin encore de ce moment final, car on peut dire que tout est à faire, à défaire, et à améliorer encore sur notre globe, les institutions, l’outillage et les produits.

« Mens non soluni agitat sed creat molem. »

Nous vivons dans cette existence, dans un centre intellectuel ambiant, qui entretient entre les êtres humains et les choses, une solidarité nécessaire et perpétuelle ; chaque cerveau est un ganglion, une station d’un télégraphe neurologique universel, en rapport constant avec la station centrale et les autres, au moyen de vibrations de la pensée.

Le soleil spirituel brille pour les âmes, comme le soleil matériel brille pour les corps, car l’univers est double et suit la loi des couples. L’opérateur ignorant interprète d’une manière erronée les dépêches divines, et souvent il les transmet sous une forme ridicule et fausse. Ainsi, seules l’étude et la véritable science peuvent détruire les superstitions et les sottises répandues par les interprètes ignorants placés aux stations d’enseignement, parmi tous les peuples de ce monde. Ces aveugles interprètes du VERBE ont toujours pris à tâche d’imposer à leurs disciples, l’obligation de jurer pour toutes choses, sans examen, in verba magistri.

Hélas, nous ne désirerions rien de mieux que de les voir interpréter correctement les voix intérieures, voix qui ne trompent jamais personne, sauf ceux qui ont de faux esprits en eux. « Notre devoir, disent-ils, est d’interpréter les oracles ; c’est nous qui en avons reçu la mission exclusive du ciel, spiritus flat ubi volt, et c’est sur nous seuls qu’il a soufflé… »

Il souffle sur chacun, et les rayons de la lumière spirituelle illuminent toutes les consciences… et lorsque tous les corps et tous les esprits refléteront également cette double lumière, on verra beaucoup plus clair qu’on ne le fait aujourd’hui. »

Nous avons cité les fragments qui précèdent, à cause de leur grande originalité et de leur vérité. Nous en connaissons l’auteur ; la renommée le proclame un grand Cabaliste, et les quelques amis qui le connaissent le tiennent pour un sincère et honnête homme.

La lettre montre d’ailleurs que celui qui l’a écrite a étudié très soigneusement la nature de caméléon des intelligences qui président aux séances des cercles spirites. Qu’elles soient de même genre et de même race que celles dont il est si fréquemment question dans l’antiquité, ne fait pas plus de doute que le fait que la génération actuelle d’hommes est de la même nature que les êtres humains du temps de Moïse. Les manifestations subjectives procèdent, sous des conditions harmonieuses, de ces êtres que l’on connaissait dans l’antiquité sous la dénomination de « bons daemons ». Elles sont produites quelquefois, mais rarement, par les esprits planétaires – êtres d’une autre race que la nôtre ; quelquefois par les esprits de nos amis et de nos bien-aimés désincarnés ; quelquefois par des esprits de la nature de l’une ou de l’autre de leurs innombrables catégories ; mais le plus fréquemment par les esprits élémentaires terrestres, hommes méchants désincarnés, les Diakka de A. Jackson Davis.

Nous n’oublions pas ce que nous avons écrit ailleurs au sujet des phénomènes médiumniques subjectifs et objectifs. Nous avons toujours cette distinction présente à la mémoire. Dans les deux classes, il y en a de bons et de mauvais. Un médium impur attire vers son être intime impur les influences vicieuses, dépravées et malignes, aussi inévitablement qu’un médium pur attire uniquement celles qui sont bienfaisantes et pures. Peut-on trouver un plus noble exemple de ce genre de médiums purs que la charmante baronne autrichienne Adelma de Vay (née comtesse Wurmbrandt), qu’on nous dépeint comme « la Providence de son entourage » ? Elle emploie son pouvoir médiumnique à guérir les malades et à consoler les affligés. Pour les riches, elle est un phénomène, mais pour les pauvres, un ange bienfaisant. Pendant bien des années, elle a vu et reconnu les esprits de la nature, ou élémentaires cosmiques, et elle les a toujours trouvés amicaux. Mais c’est parce qu’elle est pure, douce et bonne. D’autres correspondants de la Société Théosophique n’ont pas été aussi bien partagés dans leurs rapports avec ces êtres frivoles et espiègles. Le cas de la Havane, raconté ailleurs, en est un exemple.

Bien que les spirites les discréditent tellement, ces esprits de la nature sont néanmoins des réalités. Si les gnomes, les sylphes, les salamandres et les ondines des Rosecroix existaient de leur temps, ils doivent encore exister aujourd’hui. Le Dweller of the Threshold (Le Gardien du seuil) de Bulwer-Lytton, est une conception moderne, modelée sur l’ancien type de la Sulanuth qui est mentionnée dans le Livre de Jasher, des Hébreux et des Egyptiens (47).

Les Chrétiens les nomment « diables », « suppôts de Satan », et autres désignations caractéristiques analogues. Ils ne sont rien de pareil, mais tout simplement des créatures d’une matière éthérée, irresponsables, ni bonnes ni mauvaises, mais subissant l’influence d’intelligences supérieures. Il est fort extraordinaire d’entendre les dévots catholiques malmener et dénigrer les esprits de la nature, alors qu’une de leurs plus grandes autorités, Clement d’Alexandrie, leur commandait et en donnait une description exacte. Clement, qui peut-être avait été théurgiste aussi bien que néoplatonicien, et qui, par conséquent, s’appuyait sur de bonnes autorités, dit qu’il est absurde de les appeler des diables (48), car ce ne sont que des anges inférieurs, « des puissances qui habitent les éléments, mettent les vents en mouvement, distribuent la pluie, et comme tels sont les agents et les sujets de Dieu (49) ». Origene qui, avant d’être chrétien avait appartenu aussi à l’école néoplatonicienne, est du même avis. Porphyre décrit ces daemons plus soigneusement que tout autre.

Lorsqu’on connaîtra mieux la nature possible des intelligences qui se manifestent, que les savants croient être une force psychique et les spirites, les esprits des trépassés, les académiciens et les croyants se tourneront du côté des philosophes de l’antiquité, pour être renseignés.

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