LES PHENOMENES CYCLIQUES – partie 4

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IX – LES PHENOMENES CYCLIQUES

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Swedenborg, poursuivant les doctrines mystiques des philosophes hermétiques, a consacré quantité de volumes à l’élucidation du « sens véritable » de la Genèse. Swedenborg était indubitablement un « magicien-né », un voyant ; ce n’était pas un adepte. Ainsi, quoiqu’il ait suivi étroitement la méthode apparente d’interprétation des alchimistes et des auteurs mystiques, il a partiellement échoué, d’autant plus que le modèle choisi par lui, dans cette méthode, tout grand alchimiste qu’il fût, n’était pas plus un adepte, dans toute l’acception du mot, que le voyant suédois lui-même. Eugène Philalèthes (Thomas Vaughan) n’a jamais atteint la « plus haute pyrotechnie », pour employer l’expression des philosophes mystiques, mais, quoique tous les deux n’aient pas vu la vérité tout entière dans ses détails, Swedenborg a virtuellement donné au premier chapitre de la Genèse, la même interprétation que les philosophes hermétiques. Le voyant, aussi bien que les initiés, malgré leur phraséologie voilée, montre clairement que les premiers chapitres de la Genèse se rapportent à la régénération ou à une nouvelle naissance de l’homme, et non pas à une création de notre univers et de son œuvre maîtresse, l’HOMME. Le fait que les termes des alchimistes, tels que sel, soufre et mercure, sont transformés par Swedenborg en être, cause, et effet (29), ne modifie pas l’idée sous-jacente de résoudre les problèmes des livres mosaïques par la seule méthode possible, celle employée par les hermétistes : la méthode des correspondances.

Sa doctrine des correspondances du symbolisme hermétique est celle de Pythagore et des Cabalistes : En haut comme en bas. C’est aussi celle des philosophes bouddhistes qui, dans leur métaphysique encore plus abstraite, intervertissant le mode usuel de définition donné par nos érudits, nomment unique réalité les types invisibles, et illusion tous les autres effets de causes ou prototypes visibles. Quelque contradictoires que leurs diverses élucidations du Pentateuque puissent paraître à la surface, chacune d’elles tend à montrer que la littérature sacrée de chaque pays, la Bible, aussi bien que les Védas, ou les Ecritures Bouddhistes, ne peut être comprise et complètement approfondie qu’à la lumière de la philosophie hermétique. Les grands sages de l’antiquité, ceux du moyen âge, et les auteurs mystiques de nos temps modernes également, étaient tous des Hermétistes. Soit que le flambeau de la vérité les ait éclairés grâce à leur faculté d’intuition, soit par suite de leurs études et d’une initiation régulière, ils avaient virtuellement accepté la méthode, et suivi la voie que leur avaient tracée des hommes tels que Moise, Gautama Bouddha et Jésus. La vérité, symbolisée par des alchimistes sous la forme de la rosée du ciel, était descendue dans leurs cœurs, et tous ils l’avaient recueillie sur le sommet des montagnes, en étendant des linges IMMACULÉS pour la recevoir, c’est ainsi que, dans un sens, ils s’étaient assuré, chacun à sa manière, le dissolvant universel. Dans quelle mesure leur fût-il permis de le partager avec le public, c’est une autre question. Le voile dont Moïse se couvrit le visage en descendant du Sinaï pour enseigner au peuple « la Parole de Dieu » ne peut être enlevé à la seule volonté du maître ; il faut encore que les auditeurs enlèvent le voile qui se trouve « sur leur cœur ». Saint Paul le dit clairement ; et ses paroles adressées aux Corinthiens peuvent être appliquées à tout homme ou femme à toute époque de l’histoire du monde. Si « leurs esprits sont aveuglés » par l’éblouissante enveloppe de la vérité divine, que le voile hermétique soit levé ou non du visage du maître, il ne peut pas être enlevé de leurs cœurs, à moins qu’ils ne tournent celui-ci vers le Seigneur. Mais cette dernière appellation ne doit pas être appliquée à l’un ou à l’autre des personnages anthropomorphes de la Trinité, mais au « Seigneur », tel que l’entendent Swedenborg et les philosophes hermétiques : le Seigneur qui est VIE et HOMME.

L’éternel combat que se livrent les religions du monde, le Christianisme, le Judaïsme, le Brahmanisme, le Paganisme et le Bouddhisme, provient de cette source unique : La vérité n’est connue que du petit nombre ; les autres, ne voulant pas soulever le voile de leur cœur, s’imaginent qu’il aveugle aussi les yeux de leurs voisins. Le dieu de toute religion exotérique, y compris le Christianisme, malgré ses prétentions au mystère, est une idole, une fiction et ne peut être autre chose. Moise, soigneusement voilé, parle aux multitudes endurcies de Jéhovah, la divinité cruelle et anthropomorphique, comme du Dieu très haut, cachant au plus profond de son cœur la vérité « qui ne peut être ni dite ni révélée ». Kapila frappe du glaive acéré de ses sarcasmes les Yoguis Brahmanes qui, dans leurs visions mystiques, prétendent voir le TRES HAUT. Gautama Bouddha cache la vérité sous un impénétrable voile de subtilités métaphysiques, et il est regardé par la postérité comme un athée. Pythagore avec son mysticisme allégorique et sa métempsycose est tenu pour un habile imposteur, et l’on dit la même chose d’autres philosophes, comme Apollonius et Plotin, qu’on traite en général de visionnaires, sinon de charlatans. Platon, dont les écrits n’ont jamais été lus par la majorité de nos grands érudits, sinon d’une manière superficielle, est accusé par beaucoup de ses traducteurs d’absurdités et de puérilités, voire même d’ignorance de sa propre langue (30), très probablement parce qu’il a dit, relativement à l’Etre suprême, qu’ « une nature de ce genre ne pouvait être définie par des paroles comme les autres choses que l’on peut apprendre (31) », et parce que son Protagoras insiste trop sur les « voiles ». Nous remplirions tout un volume avec les noms des sages méconnus dont les écrits passent généralement pour absurdes, uniquement parce que les critiques matérialistes se sentent incapables de lever les « voiles » qui les couvrent. Le trait le plus important de ce mystère, en apparence incompréhensible, réside peut-être dans l’habitude invétérée de la majorité des lecteurs, de juger une œuvre sur ses mots et sur les idées insuffisamment exprimées, en laissant son esprit hors de question. Des philosophes appartenant à des écoles diamétralement opposées emploient souvent une multitude d’expressions différentes, dont certaines paraissent obscures et métaphoriques, mais qui sont toutes figuratives et traitent pourtant du même sujet. De même que les innombrables rayons divergents d’un globe de feu, aboutissent tous au même point central, chaque philosophe mystique, qu’il soit un pieux enthousiaste comme Henry More, ou un alchimiste irascible au langage quelque peu trivial, comme son adversaire Eugène Philalèthes (Thomas Vaughan), ou un « athée » ( !) comme Spinoza, tous ont un seul et même objet en vue… l’HOMME. C’est Spinoza toutefois qui nous fournit peut-être la clé la plus sûre pour éclaircir une partie de ce secret non écrit. Tandis que Moïse prohibe les « images gravées ou sculptées » de Celui dont le nom ne doit pas être pris en vain, Spinoza va plus loin. Il déclare nettement que l’on ne doit même pas essayer de décrire Dieu. Le langage humain est tout à fait impropre à donner une idée de cet « Être ? » absolument unique. Que ce soit Spinoza ou la théologie chrétienne qui approche le plus de la vérité, nous laissons au lecteur le soin de juger leurs prémisses et les conclusions qu’ils en tirent. Toute tentative de définition de Dieu aboutit à entraîner une nation à anthropomorphiser la divinité à laquelle elle croit, et le résultat est celui qu’indique Swedenborg. Au lieu d’établir que Dieu a fait l’homme à son image, nous devrions véritablement dire que l’homme « imagine Dieu à sa ressemblance (32) », en oubliant que c’est à son propre reflet qu’il voue un culte.

Où se trouve donc le vrai, le réel secret dont il est tant parlé chez les Hermétiques ? Qu’il y eût et qu’il y ait un secret, aucun doute n’est possible à cet égard, même pour le plus naïf étudiant de la littérature ésotérique. Des hommes de génie, comme le furent incontestablement beaucoup de philosophes hermétiques, ne se seraient pas abusés en cherchant à tromper les autres de la sorte, pendant plusieurs milliers d’années. Que ce grand secret communément appelé « la pierre philosophale » ait eu une portée spirituelle, aussi bien que physique, c’est chose qui a été soupçonnée de tout temps. L’auteur de Remarks on Alchemy and the Alchemists fait remarquer, avec beaucoup de raison, que l’art hermétique, c’est l’HOMME, et que le but de cet art n’est autre que la perfection de l’homme (33), mais nous ne sommes pas d’accord avec lui, lorsqu’il dit qu’il n’y a que ceux qu’il appelle des « imbéciles avides d’argent », qui aient jamais cherché à transporter un dessein purement moral (celui des alchimistes), dans le domaine de la science physique. Le fait seul que l’homme, à leurs yeux, est une trinité qu’ils divisent en sel, eau de mercure, et soufre, qui est le feu secret, ou, pour parler plus clairement, en corps, âme et esprit, ce fait démontre qu’il y a dans cette question un côté physique. Au point de vue spirituel, l’homme est la pierre philosophale, « une trinité dans l’unité », suivant l’expression de Philalèthes, mais il est aussi cette pierre au point de vue physique. Cette dernière n’est que l’effet d’une cause, laquelle est elle-même le dissolvant de toutes choses, l’esprit divin. L’homme est une corrélation des forces physiques et chimiques, aussi bien qu’une corrélation des pouvoirs spirituels. Ces derniers réagissent sur les puissances physiques de l’être, en proportion du degré de développement de l’homme terrestre. « L’œuvre est amenée à la perfection, suivant la vertu d’un corps, d’une âme et d’un esprit, dit un alchimiste, car le corps ne serait jamais pénétrable, si ce n’était à cause de l’esprit, et l’esprit ne serait pas permanent dans sa teinture ultra-parfaite, si ce n’était à cause du corps ; et tous les deux ne pourraient agir l’un sur l’autre sans l’âme, car l’esprit est une chose invisible, et il ne fait jamais son apparition sans un autre VETEMENT, qui est L’AME (34). »

Les « philosophes hermétiques » affirment, par l’organe de leur chef Robert Fludd, que la sympathie est la progéniture de la lumière et que « l’antipathie prend naissance dans les ténèbres ». Ils enseignent en outre avec d’autres Cabalistes, que « les contraires dans la nature procèdent d’une essence éternelle, qui est la racine de toutes choses ». Ainsi, la cause première est la source-mère du bien ainsi que du mal. Le Créateur, qui n’est pas le Dieu le plus élevé, est le père de la matière qui est mauvaise, aussi bien que de l’esprit qui, émanant de la plus haute et invisible cause, passe par lui, comme par un véhicule, et envahit tout l’univers. « Il est très certain, dit Robert Fludd (Robertus di Fluctibus), que s’il y a une variété infinie de créatures, de natures diverses, dans la machine universelle, chacune d’elles a été d’abord créée diversement, puis fut générée et maintenue après la génération… Quant au nom mystérieux de Dieu, que Moïse était si désireux d’apprendre et de connaître, il reçut cette réponse : Jehova est mon nom éternel. Ce nom est si pur et si simple, qu’il ne peut point être articulé ou composé, ou véritablement exprimé par la voix humaine… tous les autres noms sont compris dans celui-là, car il contient la propriété du vouloir aussi bien que du non-vouloir, de la privation aussi bien que de la jouissance, de la mort aussi bien que de la vie, de la malédiction aussi bien que de la bénédiction, du mal à l’égard des créatures comme du bien (quoique idéalement rien ne soit mauvais en lui), de la haine et de la discorde, et par conséquent de la sympathie comme de l’antipathie (35) … ».

Les plus inférieurs dans l’échelle des êtres sont ces créatures invisibles appelées par les Cabalistes les élémentaires. Il y en a trois classes distinctes. La plus élevée en intelligence et en ruse est celle des esprits dits terrestres dont nous parlerons avec plus de détails dans d’autres parties de cet ouvrage. Qu’il suffise de dire pour le moment, que ce sont les larves, les ombres de ceux qui ont vécu sur la terre, repoussant toute lumière spirituelle, et toujours restés jusqu’à la mort, profondément plongés dans le cloaque de la matière ; ceux dont l’esprit immortel s’est peu à peu détaché de leur âme pécheresse. La seconde classe est composée des anté-types invisibles des hommes à naître. Aucune forme ne prend une existence objective, depuis les plus élevées jusqu’aux plus basses, avant que l’idéal abstrait de cette forme ou, comme le dit Aristote, la privation de cette forme (36) n’ait été évoquée. Avant qu’un artiste ait peint un tableau, chaque trait en existe déjà dans son imagination ; et pour qu’il nous soit donné de voir une montre, il faut que la forme abstraite de cette montre ait d’abord existé dans l’esprit de l’horloger. Il en est de même des hommes futurs.

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