LES PHENOMENES CYCLIQUES – partie 2

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IX – LES PHENOMENES CYCLIQUES

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On remarquera que cette philosophie des cycles, qui était rendue allégorique par les Hiérophantes égyptiens, dans le « Cercle de Nécessité », explique en même temps l’allégorie de la « Chute de l’Homme ». D’après les descriptions arabes, chacune des sept chambres des Pyramides, ces symboles cosmiques les plus grandioses de tous, était désignée par le nom d’une planète. L’architecture particulière des Pyramides décèle par ses formes mêmes la pensée métaphysique qui a guidé leurs constructeurs. Le sommet en est perdu dans le ciel bleu de la terre des Pharaons, et il représente le point primordial noyé dans l’univers invisible, d’où est sortie la première race des prototypes spirituels de l’homme. Chaque momie, dès qu’elle est embaumée, perd, dans un sens, son individualité physique ; elle symbolise la race humaine. Placée de la façon la plus favorable à l’essor de « l’âme » quittant le corps, celle-ci avait à passer par les sept chambres planétaires, avant de pouvoir sortir par le sommet symbolique. Chaque chambre était l’emblème, en même temps, d’une des sept sphères ou planètes, et d’un des sept types les plus élevés de l’humanité physico-spirituelle, censé être supérieur au nôtre. Tous les trois mille ans, l’âme, représentante de sa race, était tenue de retourner à son point de départ primitif, avant de subir une nouvelle évolution vers une transformation spirituelle et physique plus parfaite (3). Il nous faut plonger, en vérité, très avant dans la métaphysique abstraite du mysticisme oriental, avant d’arriver à nous faire une idée complète de l’infinité de sujets qu’embrassait, d’un seul coup, la majestueuse pensée de ceux qui la professaient.

Être spirituel créé parfait et pur, l’Adam du second chapitre de la Genèse, ne se trouvant pas satisfait de la position qui lui était assignée par le Démiurge (qui est le plus ancien des Premiers-Nés, l’Adam Kadmon), ce second Adam, « l’homme de poussière » s’efforce, dans son orgueil, à devenir créateur à son tour. Emané du Kadmon androgyne. Cet Adam est lui-même androgyne ; car, suivant les plus anciennes croyances exposées allégoriquement dans le Timée de Platon, les prototypes de nos races étaient tous enfermés dans l’arbre microcosmique, qui croissait et se développait dans et sous l’arbre macrocosmique du monde. L’Esprit divin étant considéré comme une unité, malgré les nombreux rayons de ce grand soleil spirituel, l’homme tirait son origine, comme toutes les autres choses organiques ou non de cette Fontaine unique de Lumière Eternelle. Dussions-nous rejeter même l’hypothèse d’un homme androgyne, en ce qui concerne l’évolution physique, le sens de l’allégorie au point de vue spirituel resterait encore entier. Tant que le premier dieu-homme, symbolisant les deux disciples primitifs de la création, le double élément masculin et féminin, n’avait pas la notion du bien et du mal, il ne pouvait faire l’hypostase de la « femme », parce qu’elle était en lui comme il était en elle. Ce ne fut qu’à la suite des mauvais conseils du serpent, la matière, lorsque celle-ci se fut condensée et refroidie dans l’homme spirituel, dans son contact avec les éléments, que les fruits de l’arbre-homme, qui est lui-même l’arbre de la connaissance, se montrèrent à ses yeux. À dater de ce moment, l’union androgyne cessa, l’homme faisant évoluer de sa propre substance la femme, comme entité séparée. Ils ont rompu le fil qui unissait le pur esprit et la matière pure. Il s’ensuit qu’ils ne créeront plus spirituellement et par la seule puissance de leur volonté ; l’homme est devenu un créateur physique, et le royaume de l’esprit ne peut plus être conquis que par un long emprisonnement dans la matière. La signification de Gogard, l’Arbre de vie Mazdéen, le chêne sacré dans les branches duquel habite un serpent, qui n’en peut être délogé (4), devient ainsi fort claire. Sorti en rampant de l’ilus primordial, le serpent du monde devient de plus en plus matériel en se développant, et il croît en force et en puissance, à chaque évolution nouvelle.

Le premier Adam, ou Kadmon, le Logos des mystiques juifs, est le même que le Prométhée des Grecs, qui cherche à rivaliser avec la Sagesse divine ; c’est aussi le Pimandre d’Hermès, ou la PUISSANCE DE LA PENSÉE DIVINE, sous son aspect le plus spirituel, car il était moins hypostasié chez les Egyptiens que les deux premiers. Ils créent tous des hommes, mais il échouent dans leur projet final. Désireux de doter l’homme d’un esprit divin, afin qu’en liant la trinité à l’unité, il puisse retourner graduellement à son état spirituel primitif, sans perdre son individualité, Prométhée échoue dans sa tentative de dérober le feu divin, et il est condamné à expier son attentat sur le mont Kazbeck. Prométhée est aussi le Logos des anciens Grecs aussi bien qu’Héraclès. Dans le Codex Nazaroeus (5) nous voyons Bahak Ziwa désertant le ciel de son père en confessant que bien qu’il soit le père des génies, il est incapable de « former des créatures », car il connaît aussi peu Orcus, que dans le « feu qui consume et qui manque de lumière ». Et Pthahil, une des « puissances », s’assied dans la « boue » (la matière), et s’étonne de ce que « le feu vivant » soit si changé.

Tous ces Logoï essayent de douer l’homme de l’esprit immortel ; ils échouent dans leur tentative, et pour cela on les montre presque tous frappés de peines sévères. Ceux des premiers Pères chrétiens qui, comme Origene et Clement d’Alexandrie, étaient très versés dans le Symbolisme païen, ayant d’abord été philosophes, furent fort gênés. Ils ne pouvaient nier que les anciens mythes eussent anticipé sur leurs doctrines. Le dernier Logos, suivant leurs enseignements était également apparu pour enseigner à l’humanité la voie de l’immortalité ; et dans son désir de doter le monde de la vie éternelle au moyen du feu de la Pentecôte, il avait perdu la vie, conformément au programme traditionnel. Ce fut là l’origine de l’explication embarrassée, à laquelle notre clergé moderne recourt souvent, que tous ces types mythiques possédèrent le don de prophétie, lequel, par la grâce de Dieu, était accordé même aux païens idolâtres ! Les païens, disent-ils, avaient représenté, dans leurs images, le grand drame du Calvaire, et de là, vient la ressemblance. D’un autre côté, les philosophes soutenaient, avec une logique impeccable, que les pieux Pères s’étaient tout simplement servis d’une base toute préparée, soit qu’ils trouvassent la chose plus aisée que de se creuser la cervelle, soit parce que la plus grande partie des prosélytes ignorants étaient attirés vers la nouvelle doctrine, précisément à cause de cette ressemblance extraordinaire avec leurs mythologies, au moins en ce qui concerne la forme extérieure des doctrines fondamentales.

L’allégorie de la Chute de l’Homme et du feu de Prométhée est aussi une version du mythe de la rébellion de l’orgueilleux Lucifer, précipité dans l’abîme sans fond, l‘Orcus. Dans la religion des Brahmanes, Mahâ-soura, le Lucifer hindou, devient envieux de la lumière resplendissante du Créateur, et, à la tête d’une légion d’esprits inférieurs, se révolte contre Brahma et lui déclare la guerre. De même qu’Hercule, le Titan fidèle, qui aide Jupiter et le rétablit sur son trône, Siva, la troisième personne de la trinité hindoue, les précipite tous du céleste séjour dans Andhera, la région des ténèbres éternelles. Mais ici, les Anges déchus se repentent de leur mauvaise action, et, dans la doctrine hindoue, ils obtiennent tous l’occasion de progresser. Dans la fiction grecque, Hercule, le dieu-solaire, descend aux enfers pour y délivrer les victimes de leurs tortures ; et l’Eglise chrétienne fait aussi descendre son dieu incarné dans les sombres régions plutoniennes pour y vaincre l’ex-archange rebelle. À leur tour, les cabalistes expliquent l’allégorie d’une manière semi-scientifique. Le second Adam, ou la première race créée que Platon appelle dieux, et la Bible, les Elohim, n’était pas triple dans sa nature, comme l’homme terrestre, c’est-à-dire il n’était pas composé d’une âme, d’un esprit et d’un corps, mais était constitué d’éléments sublimés de nature astrale, dans lesquels « le Père », le principe universel, avait insufflé un esprit divin et immortel. Celui-ci, en raison de son essence divine, luttait toujours pour se débarrasser des liens même de cette prison subtile ; par conséquent, les « fils de Dieu », dans leurs imprudents efforts, furent les premiers à tracer un modèle futur pour la loi des cycles. Mais l’homme ne doit pas être « comme l’un de nous », dit la Divinité Créatrice, un des Elohim, « chargé de construire l’animal inférieur (6) ». Et c’est ainsi que lorsque les hommes de la première race furent parvenus au sommet du premier cycle, ils perdirent leur équilibre, et leur seconde enveloppe, le vêtement grossier (le corps astral), les entraîna sur la pente de l’arc opposé.

Cette version cabalistique des « fils de Dieu » (ou de la lumière) est donnée dans le Codex Nazaræus. Bahak-Ziwa, le « père des génies », reçoit l’ordre de « former les créatures », mais comme il « ignore l’Orcus », il échoue, et il appelle à son aide Pthahil, un esprit encore plus pur, qui éprouve un échec encore plus sérieux (7). C’est alors que sur la scène de la création apparaît l’Esprit (8) (que l’on devrait traduire plus justement par « l’âme », car il est l’anima mundi, qui, chez les Nazaréens et les Gnostiques, était féminin) ; lequel, s’apercevant qu’en Phtahil (9) l’homme le plus nouveau (le dernier), la splendeur était « modifiée », et que dans cette splendeur il y avait « décroissance et dommage », réveille Karabtanos (10), « qui était frénétique et dénué de sens et de jugement » et lui dit : « Lève-toi ; vois, la Splendeur (la lumière) de l’HOMME nouveau (Phtahil), et sa décroissance est visible. Viens, étends-toi avec ta MERE et rejette les entraves qui te retiennent, et qui sont plus vastes que le monde entier ». À ce moment a lieu l’union de la matière désordonnée et aveugle, guidée par les insinuations de l’esprit (non point le souffle Divin, mais l’esprit Astral, celui qui, par sa double essence, est déjà souillé de matière), et l’offre de la MERE étant acceptée, l’Esprit conçoit les « Sept Formes » – qu’Irenee (11) semble disposé à prendre pour les sept stellares (planètes), mais qui représentent les sept péchés capitaux, la progéniture d’une âme astrale, séparée de sa source divine (Esprit), et de la matière, l’aveugle démon de la concupiscence. En voyant cela, Phtahil étend sa main sur l’abîme de la matière et dit : « Que la terre existe comme le séjour des Puissances existe… » Et trempant sa main dans le chaos qu’il condense, il crée notre planète (12).

Le Codex continue en nous disant comment Bahak-Ziwa fut séparé de l’Esprit, et les génies ou Anges, des rebelles (13). Ensuite, Mano (14) (le plus grand) qui habite avec le plus grand FERHO, appelle Kebar-Zivo (connu aussi sous le nom de Nebat-Iavar bar lufin-Ifafin), la vigne et l’ormeau de vie (15), et prenant en pitié les génies rebelles et insensés, à raison de la grandeur de leur ambition, il dit : « Seigneur des génies (16) (AEons) vois ce que font les anges rebelles, et sur quoi ils se concertent (17), ils disent : Créons le monde, et appelons les puissances à la vie. Les génies sont les Principes, « les fils de la lumière, mais tu es le Messager de la Vie (18) ».

Et dans le but de contrebalancer l’influence des sept principes « mal intentionnés », progéniture du Spiritus, Cabar Zio, le puissant Seigneur de splendeur, procrée sept autres êtres (les vertus cardinales), qui brillent de leur propre forme et de leur propre lumière « du haut des cieux (19) », et il rétablit ainsi l’équilibre entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres.

Mais cette création d’êtres, sans l’indispensable concours du souffle divin pur en eux, ce souffle que les Cabalistes appellent le « Feu vivant », ne produit que des créatures de matière et de lumière astrale (20). Ainsi furent formés les animaux qui précédèrent l’homme sur la terre. Les êtres spirituels, les « fils de lumière », ceux qui restèrent fidèles au grand Ferho (la Cause Première de tout), constituent la hiérarchie céleste ou angélique, les Adonim, et les légions d’hommes spirituels qui n’ont jamais été encore incarnés. Les séides des génies insensés et rebelles, et les descendants des sept esprits « sans jugement », engendrés par Karabtanos et le Spiritus, devinrent, dans le cours des temps, « les hommes de notre planète (21) », après avoir passé auparavant par chaque « création » de chacun des éléments. Depuis cette phase de la vie, Darwin en a suivi la trace, et il nous montre comment nos formes les plus élevées sont évoluées des plus basses. L’Anthropologie n’ose pas suivre le Cabaliste dans son essor métaphysique au délà de notre planète, et il est douteux que ses professeurs aient le courage de rechercher le chaînon manquant dans les anciens manuscrits de la Cabale.

C’est ainsi que le premier cycle fut mis en mouvement, lequel, dans sa rotation descendante, amena une partie infinitésimale des êtres créés. à notre planète de boue. Arrivé au point le plus bas de l’arc du cycle, qui précéda directement la vie sur la terre, la pure étincelle divine qui restait encore dans Adam, fit un effort pour se détacher de l’esprit astral, car « l’homme tombait graduellement dans la génération » et l’enveloppe de chair se condensait de plus en plus à chaque action.

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