LES LIENS DU SECRET

De tous les liens qui attachent les humains – les liens d’amour, de haine ou de peur – il n’en est aucun dont l’action soit plus solide ni plus mystérieuse, pour le meilleur ou pour le pire, que celui d’un secret commun. Rien ne mène à une plus parfaite compréhension des replis cachés du cœur et de la vie des personnes impliquées que d’être partie prenante à un secret. Si le secret relève d’un acte caché dans la vie de l’une des personnes concernées ou s’il concerne une personne particulièrement chère aux deux parties, le partage du secret ouvre la voie à une discussion des événements qui ont précédé ou succédé l’acte faisant l’objet du secret, permettant ainsi d’ajouter à la discussion la lumière d’un auto-examen rigoureux et celle d’une investigation des causes qui ont mené à la commission de cet acte. Ce sont là quelques-uns des motifs et des effets du lien mystérieux qui se crée entre deux personnes partageant le même secret. Mais il existe une cause intérieure ainsi qu’un effet intérieur qui ont une plus grande signification. Les deux possesseurs d’un secret – et ce n’est plus un secret s’il est connu d’une troisième personne – sont absolument seuls au monde sur une plateforme unique construite par eux-mêmes. Ils pénètrent dans une sphère de connaissance où ne se trouvent que leurs personnes. Chacune des forces de liaison ou de cohésion de la nature est mise partiellement à contribution dans la création de ce lien et, aussi dissemblables en pensée et en sentiment qu’ils puissent avoir été précédemment, chacun des deux se trouve à assimiler, dans une mesure plus ou moins grande, l’influence psychique, la pensée et le sentiment de l’autre.

La personne qui tue à la demande d’une autre et dans un but commun aux deux personnes s’aperçoit que, en raison de ce lien commun, des caractéristiques de l’instigateur du meurtre se développent en elle. D’un autre côté, c’est l’action de ces grands pouvoirs de cohésion de la nature qui rend possible à l’Initié des Grands Mystères le respect de son vœu. C’est la désobéissance à ces forces infiniment puissantes – à ces entités spirituelles – qui entraîne la chute rapide de l’Initié qui brise ses vœux de secret. Il n’a pas seulement désobéi à son Soi Supérieur, mais il a désobéi aux forces de liaison et de cohésion de l’univers. Il réduit le pouvoir de ces forces de le maintenir en équilibre et, par conséquent, il ne peut plus rester dans sa position. C’est en raison de cette possibilité que tous les novices sont si solennellement avertis de ne pas briser leur promesse au Soi Supérieur, et non pas parce qu’un Hiérophante craindrait les quelconques effets de la révélation des mystères au profane – les secrets concernant les Grands Mystères ne pourraient pas être révélés, peu importe à quel point une personne aimerait vouloir le faire, et les mystères inférieurs ne sont que des étapes, en quelque sorte, vers les plus Grands Mystères. Un homme ne pourrait pas plus révéler les secrets des Grands Mystères par la parole seulement qu’il ne pourrait faire en sorte qu’une autre personne ressente en même temps que lui l’action des nerfs sensoriels dans son propre corps. Il doit y avoir unification de l’esprit du néophyte avec celui du Hiérophante pour rendre possible la transmission des secrets d’une haute initiation. Une fois accompli, cela ne peut être défait sauf à un prix qui ferait chanceler l’âme la plus forte. Dans cette unification, les forces infiniment puissantes de cohésion ont donné de leur propre substance à la force de liaison qui tient les deux esprits dans le lien sacré de l’union. Dans une mesure plus ou moins grande, le même grand pouvoir se sacrifie dans chaque lien présent entre deux personnes, et la révélation de la nature du lien constitue un péché contre cette grande loi naturelle. Si la nature du lien est contraire à un principe moral, donc mauvaise, une loi plus élevée forcera sa révélation. Il doit être clairement compris que c’est l’unification des forces mentales individuelles dans un but précis qui constitue le lien entre deux ou plusieurs personnes.

HILARION - Temple 2 - Leçon 308
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