Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VII – LES ELEMENTS, LES ELEMENTALS ET LES ELEMENTAIRES
Il existe certaines préparations spéciales d’or, d’argent et de mercure, et aussi de naphte, de pétrole et d’autres huiles bitumineuses. Les alchimistes mentionnent également l’huile de camphre et d’ambre, le Lapis Asbestos seu Amianthus, le Lapis Carystius, Cyprius, et le Linum vivum seu Creteum comme ayant été employés pour ces lampes. Ils affirment que cette matière peut être préparée avec de l’or ou de l’argent, réduits en fluide, et ils indiquent l’or comme l’aliment le plus convenable pour cette flamme merveilleuse parce que, de tous les métaux, l’or est celui qui subit le moins de déperdition lorsqu’il est chauffé ou fondu, et que de plus, on peut lui faire réabsorber son humidité oléiforme aussitôt qu’elle se dégage, alimentant ainsi continuellement sa propre flamme une fois qu’elle est allumée. Les Cabalistes assurent que le secret en était connu de Moise qui le tenait des Egyptiens, et que la lampe que le « Seigneur » ordonna de faire brûler sur le tabernacle était une lampe inextinguible. « Et tu ordonneras aux enfants d’Israël de t’apporter de l’huile pure d’olives concassées, afin d’entretenir les lampes continuellement. » (Exode XXVII, 20)
Licetus conteste de même que ces lampes aient été faites de métal, mais à la page 44 de son ouvrage, il fait mention d’une préparation de mercure filtré sept fois par le feu à travers du sable blanc, avec laquelle, dit-il, on pouvait fabriquer des lampes qui brûleraient toujours. Maturantius et Citesius croient fermement, tous deux, que ce résultat peut être obtenu par un procédé purement chimique. Cette liqueur de mercure était connue des alchimistes sous les noms de Aqua mercuriales, Materia metallorum, Perpetua Dispositio, et Materia prima Artis, et aussi d’Oleum Vitre. Tritenheim et Bartolomo Korndof ont fait tous deux des préparations pour le feu inextinguible, et ils en ont laissé la recette (383a) et (383b) et (383c).
L’asbestos, qui était connu des Grecs sous le nom d’Aσδεστος ; ou inextinguible, est une sorte de pierre qui, une fois allumée, ne peut plus s’éteindre, comme nous l’apprennent Pline et Solinus. Albert le Grand le décrit comme une pierre couleur de fer, qui se trouve le plus souvent en Arabie. On le trouve généralement couvert d’une humidité presque imperceptible de matière oléagineuse, qui s’enflamme aussitôt qu’on l’approche de la flamme d’une bougie. Les chimistes ont fait des expériences sans nombre pour en extraire son huile insoluble, mais tous ont échoué, dit-on. Toutefois, nos chimistes sont-ils en mesure de dire que cette opération est absolument impraticable ? Si on parvenait à extraire cette huile, il ne peut y avoir de doute qu’elle constituerait un combustible perpétuel. Les anciens pouvaient donc bien se vanter d’en posséder le secret, car, nous le répétons, certains expérimentateurs encore vivants ont réussi à le faire. Les chimistes qui l’ont vainement essayé affirment que le fluide ou liqueur extrait chimiquement de cette pierre avait plutôt la nature de l’eau que celle de l’huile, et qu’elle était tellement impure et épaisse qu’elle était incapable de brûler ; d’autres assurent, au contraire, que cette huile, aussitôt qu’on l’expose à l’air, devient si épaisse et si solide que c’est à peine si elle coule et qu’une fois allumée elle ne produit pas de flamme, mais une fumée épaisse ; tandis que les lampes des anciens brillaient dit-on avec une flamme des plus pures et des plus brillantes, sans la moindre fumée. Kircher, qui montre qu’on peut l’épurer, pense néanmoins qui c’est si difficile que ce n’est accessible qu’aux plus hauts adeptes de l’alchimie.
Saint Augustin, qui attribue tous ces arts au bouc émissaire des Chrétiens, le diable, est carrément contredit par Ludovic Vives (384), qui prouve que toutes ces prétendues opérations magiques sont tout simplement le fruit de l’industrie de l’homme et d’une profonde étude des mystérieux secrets de la nature, tout merveilleux et tout miraculeux qu’ils paraissent. Podocattarus, chevalier Cypriote (385), possédait du lin et de l’étoffe fabriqués avec un autre asbestos, que Porcacchius dit (386) avoir vus chez ce chevalier. Pline appelle ce lin linum vinum et lin indien, et il dit qu’il est fabriqué avec l’asbeston sive asbestinum, espèce de lin dont on fait une étoffe qu’on nettoie en la mettant dans le feu. Il ajoute que ce lin était aussi précieux que les perles et les diamants, car non seulement on n’en trouvait que très rarement, mais encore il était extrêmement difficile à tisser, en raison du peu de longueur des fils. Battu et aplati au marteau, et plongé ensuite dans de l’eau chaude, ce lin, une fois sec, peut facilement être divisé en fils comme de la filasse, et être tissé. Pline déclare avoir vu des serviettes faites de cette matière, et avoir assisté à leur nettoyage par le feu. Baptista Porta dit également avoir vu la même chose à Venise chez une dame de Chypre ; il appelle cette découverte de l’alchimie un secretum optimum.
Dans sa description des curiosités du collège de Gresham, au XVIIème siècle, le Dr Grew exprime l’opinion que cet art et l’usage de cette étoffe sont tout à fait perdus ; Mais ce ne doit pas être à ce point, puisque nous voyons le Musée Septalius se glorifiant de posséder du fil, des cordages, du papier, et du filet fabriqué avec cette matière encore en 1726 ; quelques-uns de ces articles même avaient été faits par Septalius, de ses propres mains, comme nous l’apprend Greenhill dans l’Art of Embalming, p. 361 (l’Art d’embaumer). « Grew » dit cet auteur, « paraît confondre l’asbestinus lapis avec l’amianthus et il les nomme en anglais thrumstone » ; il dit que cela pousse en fils ou filaments courts, d’un quart de pouce à un pouce de long, parallèles et brillants, aussi fins que ces petits fils que filent les vers à soie, et très flexibles comme du chanvre ou de l’étoupe. Que le secret n’en soit pas tout à fait perdu est prouvé par le fait que quelques couvents Bouddhistes de Chine et du Tibet en possèdent. Nous ignorons s’ils sont faits avec les fibres de l’une ou de l’autre de ces pierres, mais nous avons vu dans un monastère de femmes Talapoins, une robe jaune, comme en portent les moines Bouddhistes, jetée dans un foyer rempli de charbons ardents, et retirée deux heures après, aussi propre que si elle avait été lavée avec de l’eau et du savon.
L’asbestos ayant été soumis dernièrement en Europe et en Amérique à d’aussi sévères épreuves, on utilise maintenant cette substance pour des usages industriels, tels que la couverture de toits, des vêtements incombustibles et des coffres-forts à l’épreuve du feu. Un dépôt très important, établi à Staten Island, dans la baie de New-York, livre le minéral en paquets, comme du bois sec, avec des fibres de plusieurs pieds de long. La variété d’asbestos la plus fine, nommée χμιχντος (sans tache) par les anciens, tirait son nom de son lustre blanc satiné.
Les anciens fabriquaient encore les mèches de leurs lampes perpétuelles avec une autre pierre, qu’ils nommaient Lapis Carystius. Les habitants de la ville de Carystos paraissent n’avoir fait aucun mystère du procédé, car Matthoeus Raderus dit (387) qu’ils « peignaient, filaient, et tissaient cette pierre duveteuse dont ils faisaient des tuniques, des nappes, et autres objets, qu’ils nettoyaient quand ils étaient sales par le feu, au lieu de l’eau ». Pausanias, dans Atticus, et Plutarque (388) affirment également que des mèches de lampes étaient fabriquées avec cette pierre ; mais Plutarque ajoute qu’on n’en trouvait déjà plus de son temps. Licetus est porté à croire que les lampes perpétuelles dont les anciens faisaient usage dans les tombes, n’avaient pas de mèche du tout, car on n’en avait trouvé que fort peu ; mais Ludovic Vives est d’un avis contraire, et il affirme qu’il en a vu un grand nombre.
De plus, Licetus est fermement persuadé qu’un « aliment pour le feu peut être mesuré avec une telle exactitude, qu’il met des siècles à se consumer de telle façon que la matière, sans produire d’exhalation, résiste énergiquement à l’action du feu, et que celui-ci ne consume pas la matière, mais est empêché par elle, comme avec une chaîne, de monter ». À cela, Sir Thomas Browne (389) répond, parlant des lampes qui ont brûlé pendant plusieurs centaines d’années enfermées dans de petits espaces, que « cela est dû à la pureté de l’huile, qui ne produit pas d’exhalaisons fuligineuses, qui étouffent le feu ; car si l’air avait alimenté la flamme, elle n’aurait duré que fort peu de temps, car l’air aurait été vite absorbé et épuisé par le feu. » Mais, il ajoute : « le secret de la préparation de cette huile incombustible est perdu »
Non pas tout à fait ; le temps le prouvera, bien que tout ce que nous écrivons soit condamné d’avance, comme tant d’autres vérités.
On nous dit, en faveur de la science, qu’elle n’accepte aucun autre mode d’investigation que l’observation et l’expérience. D’accord ; mais n’avons-nous pas les archives d’au moins trois mille années d’observation de faits qui démontrent les pouvoirs occultes de l’homme ? Quant à l’expérience, quelle meilleure occasion que celle fournie par les prétendus phénomènes modernes ? En 1869, divers savants Anglais furent invités, par la London Dialectical Society, à assister à l’examen de ces phénomènes. Voyons quelle fut la réponse de nos philosophes. Le professeur Huxley écrivit : « Je n’ai pas de temps à consacrer à cette enquête qui occasionnerait beaucoup de tracas et d’ennuis (à moins qu’elle ne soit bien différente de toutes les enquêtes de ce genre à ma connaissance) … Je ne m’intéresse pas à la question… et même en admettant que les phénomènes soient authentiques, ils ne m’intéressent pas (390). » M. George Lewes écrit sagement : « Lorsqu’un homme dit que les phénomènes ne sont produits par aucune loi physique connue, il déclare qu’il connaît les lois en vertu desquelles ils sont produits (391). » Le professeur Tyndall exprime des doutes sur la possibilité d’obtenir de bons résultats dans une séance à laquelle il assisterait. Sa présence, de l’avis de M. Varley, jette partout la confusion (392). Quant au professeur Carpenter, il écrit : « Je me suis assuré, par des recherches personnelles, que, tandis qu’une bonne partie de ce qui se passe pour des manifestations spirites est le résultat de fraudes intentionnelles, l’autre partie n’est qu’illusion. Il y a cependant certains phénomènes qui sont tout à fait authentiques, et doivent être considérés comme des sujets légitimes d’étude scientifique… mais la source de ces phénomènes ne réside pas dans une communication ab extra, mais dans la conditions subjective de l’individu qui opère, selon certaines lois physiologiques bien connues… Je donne à ce procédé le nom de cérébration inconsciente…, et suivant moi, c’est à celle-ci qu’il faut attribuer une grande partie de la production des phénomènes dits spirites (393) ».
C’est ainsi que le monde est instruit par l’organe de la science exacte, que la cérébration inconsciente a la faculté de faire voler des guitares en l’air et de forcer les meubles à exécuter toutes sortes d’acrobaties !
Voilà pour ce qui concerne les opinions des savants anglais. Les savants américains n’ont pas fait mieux. En 1857, un comité de l’Université de Havard prémunit le public contre l’étude de la question car elle « corrompt le sens moral et dégrade l’intelligence. » On la taxait en outre « d’influence contagieuse, qui tend sûrement à affranchir la franchise chez l’homme et la pureté chez la femme. » Plus tard, le professeur Hare, l’éminent chimiste, bravant l’opinion de ses contemporains, étudia le spiritisme et devint un croyant ; il fut aussitôt, non compos mentis ; et en 1874, lorsqu’un des journaux de New-York adressa une circulaire aux principaux savants de ce pays, leur demandant de faire des recherches et offrant de payer les frais, comme les invités de la parabole évangélique, « ils s’excusèrent d’un commun accord. »
Cependant, malgré l’indifférence d’Huxley, la jactance de Tyndall, et la cérébration inconsciente de Carpenter, maint savant aussi célèbre que ceux-là entreprit d’étudier l’indésirable question, et, convaincu par l’évidence, s’est converti. Et voici qu’un autre savant, un grand auteur, quoique non spirite, apporte ce loyal témoignage : « Que les esprits des morts reviennent occasionnellement parmi les vivants, ou hantent leurs anciennes demeures, a été, de tous temps, et dans tous les pays d’Europe, une croyance fixe, non pas restreinte au vulgaire, mais partagée aussi par les intelligents…Si le témoignage humain en pareille matière a une valeur quelconque, l’ensemble des preuves qui s’étendent depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours est aussi important et indiscutable que tout ce que l’on pourrait trouver en faveur de quoi que ce soit (394). »
Malheureusement, le scepticisme humain est une forteresse qui défie tous les témoignages. Pour commencer par M. Huxley, nos savants n’acceptent que ce qu’ils veulent bien et rien de plus.
Oh shame to men ! devil with devil damn’d
Firm concord holds – men only disagree,
Of creatures rational (395) … ».
Comment expliquer ces divergences de vues entre des hommes qui furent instruits par les mêmes manuels et qui tirent leur savoir de la même source ? C’est sans doute une nouvelle preuve de l’aphorisme, qu’il n’y a pas deux hommes pour voir une même chose de la même façon. Cette idée est admirablement formulée par le Dr J.-J. Garth Wilkinson, dans une lettre adressée à la Dialectical Society.
« Je suis depuis longtemps convaincu », dit-il, « par l’expérience de ma vie de pionnier dans plusieurs hétérodoxies, qui se sont rapidement transformées en orthodoxies, que presque toute vérité est affaire de tempérament, ou qu’elle nous vient d’affections ou d’intuitions, et que la discussion et l’examen ne font guère qu’alimenter le tempérament. »
Ce profond observateur aurait pu ajouter à son expérience celle de Roger Bacon, qui dit : …Un peu de philosophie porte l’homme à l’athéisme, mais la profondeur en philosophie conduit la pensée de l’homme à la religion. »
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