LES ELEMENTS, LES ELEMENTALS ET LES ELEMENTAIRES – partie 3

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VII – LES ELEMENTS, LES ELEMENTALS ET LES ELEMENTAIRES

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Dès les temps les plus reculés, les philosophes ont affirmé la singulière puissance de la musique, sur certaines maladies, spécialement sur celles de nature nerveuse. Kircher la recommande en ayant expérimenté les bons effets sur lui-même, et il donne une description détaillée de l’instrument dont il se servait. C’était un harmonica composé de cinq verres minces, placés en rang. Deux d’entre eux contenaient deux sortes de vin ; le troisième de l’eau-de-vie ; le quatrième de l’huile et le cinquième de l’eau. Il en tirait cinq sons mélodieux de la façon ordinaire, en frottant simplement ses doigts sur les bords des gobelets. Le son a une propriété d’attraction ; il chasse le mal qui accourt se mêler aux ondes sonores, et tous les deux réunis disparaissent dans l’espace. Asclepiades employait la musique dans le même but, il y a environ vingt siècles ; il sonnait une trompette pour guérir la sciatique, et ses sons prolongés faisant palpiter les fibres des nerfs, la souffrance cédait invariablement. Democrite affirmait, de la même manière, que bien des maladies pouvaient être guéries par les sons harmonieux d’une flûte. Mesmer faisait usage du même harmonica que Kircher pour ses cures magnétiques. Le célèbre Ecossais Maxwell offrait de prouver aux diverses facultés de médecine qu’au moyen de certains procédés magnétiques à sa disposition il guérirait n’importe quelle maladie qu’elles auraient déclarée incurable telle que l’épilepsie, l’impuissance, l’aliénation mentale, la claudication, l’hydropisie et les fièvres les plus rebelles (360).

Le récit bien connu de l’exorcisme du « mauvais esprit de Dieu » qui obsédait Saül, se présentera à l’esprit de chacun à ce propos. Elle est rapportée ainsi : « Il arriva que lorsque le mauvais esprit venant de Dieu était sur Saül, David prit une harpe et joua de sa main ; Saül fut soulagé et se trouva bien et le mauvais esprit se retira de lui (361) ».

Maxwell, dans sa Medicina Magnetica, expose les propositions suivantes qui sont les doctrines des alchimistes et des cabalistes.

« Ce que les hommes nomment l’âme du monde est une vie, comme le feu, spirituelle, légère, lumineuse et éthérée, comme la lumière elle-même. C’est un esprit de vie partout, et partout le même… Toute matière est dépourvue d’action, à moins d’être animée par cet esprit. Il maintient toutes choses dans leur condition particulière. On le trouve dans la nature, libre de toute entrave, et celui qui connaît la manière de l’unir avec un corps en harmonie avec lui, possède un trésor qui surpasse toute richesse.

Cet esprit est le lien commun de toutes les parties de la terre ; il vit en toutes et par toutes. Adest in mundo quid commune omnibus mextis, in quo ipsa permanent.

Celui qui connaît cet esprit de vie universel et ses applications évitera tous les maux (362).

Si tu sais utiliser cet esprit et le fixer sur un corps particulier, tu accompliras les mystères de la magie.

Celui qui sait agir sur les hommes, au moyen de cet esprit universel, peut guérir tous les maux, et cela à n’importe quelle distance (363).

Celui qui parviendrait à fortifier l’esprit particulier par l’esprit universel, pourrait continuer à vivre jusqu’à l’éternité (364).

II y a un mélange des esprits ou des émanations, même lorsqu’ils sont séparés et loin les uns des autres. Et quel est ce mélange ? C’est un épanchement éternel et incessant des rayons d’un corps dans un autre.

En attendant », ajoute Maxwell, « il n’est pas sans danger de parler de ces choses. Cela peut donner lieu à de nombreux et abominables abus. »

Voyons maintenant quels sont les abus de la puissance magnétique chez quelques médiums guérisseurs.

L’art de guérir, pour mériter son nom, exige de la foi de la part du patient, ou une santé robuste, unie à une forte volonté chez l’opérateur. Avec de la patience et de la foi, on peut se guérir de presque toute disposition morbide. Le tombeau d’un saint ; une relique sacrée ; un talisman ; un morceau de papier ou d’étoffe, que le supposé guérisseur a eu en mains ; un élixir ; une pénitence ou une cérémonie ; l’imposition des mains, ou quelques mots prononcés d’une façon impressionnante, n’importe quoi fera l’affaire. C’est affaire de tempérament, d’imagination, d’autosuggestion. Dans des milliers de cas, les guérisons portées au crédit du docteur, du prêtre ou de la relique, sont simplement le résultat de la volonté inconsciente du malade. La femme affligée d’une perte de sang, qui se glissait dans la foule, pour toucher la robe de Jésus, fut assurée que sa « foi » l’avait guérie.

L’influence du mental sur le corps est si puissante que, de tout temps, elle a accompli des miracles.

« Combien de guérisons inespérées, subites et prodigieuses ont été opérées par l’imagination, dit Salverte. Nos livres de médecine sont remplis de faits de cette nature, qu’il serait facile de faire passer pour des miracles (365). »

Mais qu’arrive-t-il si le patient n’a pas la foi ? S’il est physiquement négatif et réceptif, et si le guérisseur de son côté est robuste, fort, positif et déterminé, le mal peut être extirpé par l’impérieuse volonté de l’opérateur, volonté qui consciemment ou inconsciemment, attire l’esprit universel de la nature, s’en renforce et rétablit l’équilibre dans l’aura du malade. Qu’il se serve en plus d’un crucifix, comme le fit Gassner ; qu’il impose les mains et la « volonté », comme le zouave français Jacob (z), ou comme le célèbre américain Neewton qui a guéri plusieurs milliers de malades, ainsi que tant d’autres ; ou bien comme Jésus et quelques apôtres qu’il guérisse par une parole de commandement, le processus dans tous les cas est le même.

Dans tous ces exemples, la cure est radicale et réelle, sans fâcheux effets secondaires. Mais lorsqu’on est soi-même malade, et qu’on essaye de guérir les autres, non seulement on n’y réussit pas, mais encore il peut arriver que l’on communique au patient son propre mal, et qu’on lui enlève le peu de forces qu’il peut avoir. Le roi David, parvenu à la décrépitude, renforçait sa vigueur défaillante par le magnétisme vigoureux de la jeune Abischag (366) ; et les ouvrages de médecine nous parlent d’une dame âgée, de Bath en Angleterre, qui ruina successivement la constitution robuste de deux servantes, de la même façon. Les anciens sages, et Paracelse également, enlevaient le mal en appliquant un organisme sain sur la partie malade, et dans les ouvrages de ce philosophe du feu, leur théorie est nettement et catégoriquement exposée. Si une personne malade – médium ou non – tente de guérir, sa force peut être assez intense pour déplacer le mal, pour le chasser de son siège actuel, et le transférer ailleurs, où il ne tardera pas à se montrer ; en attendant le malade se croit guéri.

Mais, qu’arrive-t-il si le guérisseur est malade moralement ? Les conséquences sont infiniment plus préjudiciables ; car il est plus aisé de guérir une maladie corporelle que de purifier une constitution atteinte de turpitude morale. Le mystère de Morzine dans les Cévennes, et celui des Jansénistes sont encore aujourd’hui un mystère pour les physiologistes, aussi bien que pour les psychologues. Si le don de prophétie, comme l’hystérie et les convulsions peuvent être transmis par « contagion », pourquoi pas tout autre vice ? Dans ce cas, le guérisseur communique à son patient devenu maintenant sa victime, le poison moral qui infecte son mental et son cœur. Son contact magnétique est une souillure ; son regard une profanation. Contre cette tare insidieuse le sujet passivement réceptif n’a aucune défense. Le guérisseur le tient en son pouvoir, sous le charme, et impuissant, comme le serpent tient un pauvre et faible oiseau. Le mal qu’un tel « médium guérisseur » peut faire est incalculable ; et malheureusement ils se comptent par centaines.

Mais, comme nous l’avons dit précédemment, il y a de véritables guérisseurs divins qui, malgré toute la malice et le scepticisme de leurs fanatiques adversaires, sont devenus célèbres dans l’histoire du monde. Tels sont le curé d’Ars (Vianney), Jacob (z) de Lyon, Neewton et d’autres. Tels aussi furent Gassner, l’ecclésiastique de Klorstele, et Valentin Greatrakes, l’ignorant et pauvre Irlandais, que patronna le célèbre Robert Boyle, président de la Société Royale de Londres en 1670. En 1870, on l’aurait enfermé dans un asile en compagnie d’autres guérisseurs, si un autre président de la même société avait eu à trancher son cas ; Ou le professeur Lankester l’eût assigné devant les tribunaux, en vertu de la loi sur le vagabondage, pour avoir traité des sujets de Sa Majesté, « par chiromancie ou autres pratiques ».

Pour clore une liste de témoignages qu’on pourrait prolonger à l’infini, il suffit de dire que, du premier au dernier, de Pythagore à Eliphas Levi, du plus illustre au plus humble, tous enseignent que la puissance magique n’est jamais le fait de ceux qui s’adonnent à des vices. Seuls, les cœurs purs « voient Dieu », ou exercent les dons divins, seuls ils peuvent guérir les maux du corps, et compter pour eux-mêmes, avec une certaine sécurité, sur l’aide de « puissances invisibles ». Seuls, ils peuvent rendre la paix aux esprits troublés de leurs frères et sœurs, car les eaux qui guérissent ne jaillissent point de sources empoisonnées ; les ronces ne produisent pas de raisins, et les chardons ne donnent pas de figues. Mais, malgré cela, « la magie n’a rien de surnaturel » ; c’est une science, et même le pouvoir de « chasser les démons » n’en est qu’une branche, dont les initiés faisaient et font encore une étude spéciale. « L’art qui chasse les démons du corps des hommes est une science utile et profitable à l’humanité », dit Josephe (367).

Ces aperçus suffisent pour montrer pourquoi nous nous en tenons à la sagesse des anciens, de préférence à toutes les théories nouvelles imaginées, d’après des événements modernes, concernant les lois des relations entre les mondes et les pouvoirs occultes de l’homme. Si les phénomènes d’une nature physique ont leur valeur comme moyen d’exciter l’intérêt des matérialistes, et de confirmer, tout au moins notre croyance en la survivance de nos âmes et esprits, on peut se demander si, sous leur aspect actuel, les phénomènes modernes ne font pas plus de mal que de bien. Combien y en a-t-il qui, en quête de preuves de l’immortalité, tombent bien vite dans le fanatisme ; et, comme le remarque Stow, « les fanatiques sont plutôt guidés par l’imagination que par le jugement ».

Sans aucun doute, ceux qui croient aux phénomènes modernes peuvent se prévaloir, en faveur de leur foi, d’une grande variété d’avantages, mais le « discernement des esprits » ne figure évidemment pas dans ce catalogue de dons « spirituels ». En parlant des « Diakkas », qu’un beau matin il avait découverts sous les frais ombrages du Summer Land, A. Jackson Davis, le grand voyant américain, dit : « Un Diakka est un être qui prend un plaisir stupide à jouer des rôles, à faire des niches et à personnifier les personnages les plus divers ; les prières ou les paroles frivoles ont pour lui la même valeur ; dominé par sa passion pour les récits lyriques… et dépourvu de sens moral, il n’a aucun sentiment de justice, de philanthropie, ni d’affection. Il n’a aucune notion de ce que les hommes appellent la gratitude ; la haine ou l’amour se valent pour lui ; sa devise est souvent redoutable et terrible pour les autres ; L’EGOISME est tout ce qu’il connaît de la vie privée ; et l’annihilation est pour lui la fin de toute existence privée. Tout dernièrement, l’un d’eux disait à une dame médium, en signant Swedenborg : Tout ce qui a été, est, sera ou pourra être, tout cela JE LE SUIS. La vie particulière d’un être n’est pas autre chose que les fantômes agrégés d’atomes pensants, s’élevant dans leur course jusqu’au cœur central de la mort éternelle (368) et (369). »

Porphyre, dont les ouvrages (pour emprunter l’expression d’un partisan aigri des phénomènes) « moisissent, comme tout vieux rebut, dans les armoires de l’oubli, parle ainsi de ces Diakkas, si tel est leur nom, redécouverts de nouveau au XIXème siècle : « C’est avec le concours direct de ces mauvais démons, que sont accomplis toute espèce de sortilèges… C’est le résultat de leurs opérations, et les hommes qui font du tort à leurs semblables par leurs incantations, rendent habituellement de grands honneurs à ces méchants démons, et tout particulièrement à leur chef. Ces esprits passent leur temps à nous tromper, par un grand déploiement de prodiges et d’illusions faciles. Leur ambition est d’être pris pour des dieux et leur chef voudrait être reconnu pour le Dieu suprême (370). »

L’esprit qui signe Swedenborg – cité par Jackson Davis dans Diakka – et déclarant qu’il est le JE SUIS, ressemble singulièrement à ce chef des mauvais démons de Porphyre.

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