LES DOCTRINES ÉSOTERIQUES DU BOUDDHISME PARODIÉES DANS LE CHRISTIANISME – Partie 3

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VI - LES DOCTRINES ÉSOTERIQUES DU BOUDDHISME PARODIÉES DANS LE CHRISTIANISME

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Nous avons déjà dit que suivant les calculs secrets propres aux adeptes des sciences occultes, le Messie est la cinquième émanation ou potentialité. Dans la Cabale juive, suivant laquelle les dix sephiroth émanent d’Adam Kadmon, (placé au-dessous de la couronne), il vient en cinquième rang. Il en est de même dans le système Gnostique ; de même aussi dans le Bouddhique, dans lequel le cinquième Bouddha, Maïtreya, apparaîtra dans son dernier avènement, pour sauver l’humanité avant la destruction finale du monde. Si Vichnou est représenté dans sa dernière apparition à venir comme à son dixième avatar, ou incarnation, ce n’est que parce que chaque unité, considérée comme androgyne, se manifeste en double. Les Bouddhistes qui rejettent l’incarnation bisexuelle, n’en comptent que cinq. Par conséquent, tandis que Vichnou fera sa dernière apparition dans sa dixième incarnation, le Bouddha est censé faire la sienne dans la cinquième (657).

Afin de mieux faire comprendre la véritable signification des avatars connue seulement des adeptes de la doctrine secrète et de démontrer jusqu’à quel point elle a été mal interprétée par les masses ignorantes, nous donnerons, plus loin, les diagrammes des avatars et émanations hindous et chaldéo-cabalistiques (658c). Cette véritable pierre de touche fondamentale des cycles secrets, démontre que loin d’interpréter au pied de la lettre leurs Védas révélés et leur Bible, les pandits Brahmanes et les Tanaïm, qui étaient les savants et les philosophes des époques pré-chrétiennes, étudiaient la création et le développement des mondes comme le fait Darwin, anticipant sur sa méthode et son école dans la sélection naturelle des espèces, leur développement graduel et leur transformation.

Que tous ceux qui sont en désaccord avec nous, lisent attentivement les livres de Manou, même si ce n’est que dans la traduction incomplète de Sir William Jones et celle plus ou moins fantaisiste de Jacolliot. Si nous comparons la Cosmogonie Phénicienne de Sanchoniathon et le récit de Berose, avec la Bhâgavata Pourâna et Manou, nous y trouverons énoncées les mêmes théories que celles qui ont été présentées comme les derniers développements de la science moderne. Nous avons cité, dans notre premier volume certains passages des récits Chaldéen et Phénicien ; jetons les yeux maintenant sur les ouvrages hindous.

« Lorsque ce monde sortit des ténèbres, les principes élémentaires subtils produisirent la graine végétale qui anima les plantes en premier lieu ; puis, des plantes, la vie passa dans les corps fantastiques, qui furent engendrés dans l’ilus des eaux ; puis, à travers une série de formes et d’animaux divers, elle parvint jusqu’à l’Homme (659).

« Celui-ci [l’homme, avant de le devenir] devra passer successivement à travers les plantes, les vers, les insectes, les poissons, les serpents, les tortues, le bétail et les animaux sauvages ; c’est là le degré inférieur. »

« Telles sont, depuis Brahma jusqu’aux végétaux, les transmigrations qui ont lieu en ce monde (660) ».

Dans la Cosmogonie de Sanchoniathon, les hommes sont aussi évolués de l’ilus du chaos (661) et on y retrouve la même évolution et la même transformation des espèces.

Et maintenant donnons la parole à Darwin : « Je crois que les animaux descendent, tout au plus, de quatre ou cinq progéniteurs (662) ».

Et encore : « J’en infère, par analogie, que probablement tous les êtres organiques qui ont vécu sur cette terre, descendent d’une seule forme primordiale quelconque (663) … Je considère toutes Choses, non pas comme des créations spéciales, mais comme les descendants linéaires de quelques êtres qui ont vécu longtemps avant le dépôt de la première couche du système silurien (664c). »

Bref, ils vivaient à l’époque du chaos de Sanchoniathon et dans l‘ilus de Manou. Vyasa et Kapila vont plus loin encore que Darwin et le Manou. « Ils ne voient en Brahmâ que le nom du germe universel ; ils nient l’existence d’une Cause Première ; et, ils prétendent que tout, dans la nature, ne s’est développé qu’à la suite de forces matérielles et fatales », dit Jacolliot (665c).

Toute correcte que soit cette citation de Kapila, elle demande quelques mots d’explication. Jacolliot compare à tout bout de champ Kapila et le Veda Vyasa, avec Pyrrhus et Littre. Nous ne voyons pas de mal à ce qu’on le compare au philosophe grec, mais nous nous opposons catégoriquement à ce qu’on le fasse avec le Comtiste français ; nous estimons que c’est une insulte imméritée à la mémoire du grand sage Aryen. Cet auteur prolifique ne parle nulle part la répudiation de Dieu, l’Esprit universel « inconnu » soit par les anciens Brahmanes, soit par les modernes. Aucun autre Orientaliste n’accuse les Hindous de le faire, malgré les raisonnements dénaturés de nos savants au sujet de l’athéisme des bouddhistes.

Au contraire Jacolliot affirme plus d’une fois que les savants Pandits et les Brahmanes éduqués n’ont jamais partagé les superstitions populaires ; il affirme leur croyance inébranlable dans l’unité de Dieu et l’immortalité de l’âme, bien que, sans aucun doute, ni Kapila, ni les Brahmanes initiés, ni les partisans de l’école Vedânta, n’admettraient l’existence d’un créateur anthropomorphe, une « Cause Première » au sens chrétien du mot. Jacolliot, dans ses Traditions Indo-Européennes et Africaines, est le premier à attaquer le professeur Muller, pour insinuer que les dieux hindous étaient des « masques sans acteurs des noms sans êtres et non des êtres sans noms (666) ». Il ajoute en citant, pour étayer son argument, de nombreux versets tirés des livres sacrés hindous : « Est-il possible de refuser à l’auteur de ces stances une conception claire et définie de la force divine de l’Etre Unique, le maître et le Seigneur de l’Univers ? Les autels étaient-ils alors élevés à une métaphore (667) ? »

Ce dernier argument est parfaitement juste, en ce qui concerne la négation de Max Muller. Mais nous doutons fort que le rationaliste français ait mieux compris la philosophie de Kapila et de Vyasa, que ne l’a fait le philologue allemand des « niaiseries théologiques » comme celui-ci traite l’Atharva-Veda. Le professeur Muller et Jacolliot ont beau prétendre à une vaste érudition, et connaître à fond le sanscrit et d’autres anciennes langues orientales, il leur manque à tous deux la clé pour déchiffrer les mille et un mystères de l’ancienne doctrine secrète et sa philosophie. Seulement là où le philologue allemand ne daigne même pas prendre la peine d’étudier ces « niaiseries théologiques » et magiques, nous constatons que l’hindouiste français ne perd pas une occasion de s’instruire. De plus, il admet loyalement son incompétence pour sonder jamais les profondeurs de cet océan de connaissances mystiques. Non seulement il croit à son existence, mais dans tous ses ouvrages il attire l’attention des savants sur ses traces indéniables qu’on trouve à chaque pas dans l’Inde. Néanmoins, bien que les savants Pandits et les Brahmanes, ses « maîtres vénérés » des pagodes de Villianour et de Chédambarom dans le Carnatique (668), aient, paraît-il, catégoriquement refusé de lui révéler les mystères de la partie magique de l’Agroushada-Parikshai (669c), et du triangle du Brahmâtma (670), il persiste dans sa loyale déclaration que tout est possible dans la métaphysique hindoue, y compris que les systèmes de Kapila et de Vyasa soient demeurés incompris jusqu’à ce jour.

Jacolliot détruit tout le poids de son assertion en formulant immédiatement après, la contradiction suivante :

« Nous demandions un jour à un Brahmane de la pagode de Chédambaram, qui appartenait à l’école sceptique des naturalistes de Vyasa, s’il croyait à l’existence de Dieu. Il nous répondit en souriant : Aham eva Para-brahma, je suis moi-même un dieu.

Que veux-tu dire par cela ?

Je veux dire que chaque créature sur la terre, si humble soit-elle, est une partie immortelle de la matière immortelle (671). »

Cette réponse aurait été celle de tout ancien philosophe cabaliste ou gnostique des premiers temps. Elle renferme l’esprit même du commandement delphique et cabaliste, car la philosophie ésotérique a résolu, il y a des siècles, le problème de ce que l’homme était, est, et sera. Si ceux qui croient au verset de la Bible, que le « Seigneur Dieu forma l’homme de la poussière de la terre et souffla dans ses narines le souffle de la Vie (672) », rejettent, en même temps, la notion que chaque atome de cette poussière, de même que chaque particule de cette « âme vivante » contient « Dieu » en elle-même, nous plaignons alors, la logique de ces chrétiens. Ils ignorent les versets qui précédent celui-là. Dieu bénit également toutes les bêtes des champs et toute créature vivante, dans l’air et dans l’eau, et Il les dote toutes de sa vie qui est le souffle de Son propre Esprit, et l’âme de l’animal. L’humanité est l’Adam Kadmon de « l’Inconnu », Son microcosme, et Son seul représentant ici-bas, et chaque homme est un dieu sur la terre.

Nous est-il permis de demander à ce savant français, qui paraît si au courant de chaque sloka des livres de Manou, et d’autres auteurs Védiques, quelle est la signification de cette phrase qu’il connaît si bien :

« Les plantes et la végétation révèlent une foule de formes, à cause de leurs actions antérieures ; elles sont entourées de ténèbres, mais néanmoins dotées d’une âme intérieure, et elles ressentent également le plaisir et la souffrance« 

(Manou, livre I, 48-49).

Si la philosophie hindoue enseigne que les formes les plus inférieures de la vie végétale sont douées d’une espèce d’âme, comme le sont même tous les atomes dans l’espace, comment est-il possible qu’elle refuse à l’homme le même principe immortel ? Et si une fois, elle admet que l’homme a un esprit immortel, comment niera-t-elle logiquement l’existence de la source originelle, je ne dirai pas la première, mais la Cause éternelle ? Ni les rationalistes ni les sensualistes qui sont incapables de comprendre la métaphysique indienne, ne devraient juger l’ignorance des métaphysiciens hindous d’après la leur.

Ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, le grand cycle comprend le progrès de l’humanité depuis son germe dans l’homme primordial sous la forme spirituelle, jusqu’à la dégradation la plus profonde à laquelle il puisse atteindre, chaque étape successive dans la descente étant caractérisée par une force plus grande et une plus grande grossièreté de la forme physique, que celle qui l’avait précédée – et se termine au Déluge. Mais tandis que le grand cycle, ou âge, exécute sa course, sept cycles mineurs sont parcourus, chacun marquant l’évolution d’une nouvelle race procédant de la race antérieure, sur un monde nouveau. Et chacune de ces races ou grands types de l’humanité se subdivise en familles, et celles-ci en nations ou en tribus, de même que nous voyons aujourd’hui les habitants de la terre subdivisés en Mongols, Caucasiens, Indiens ?

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