LES DEUX SENTIERS

Et maintenant, ô Maître de Compassion, indique la voie à d’autres hommes. Regarde tous ceux qui, frappant pour être admis, attendent, dans l’ignorance et l’obscurité, de voir la porte de la Douce Loi s’ouvrir toute grande !

Voix des Candidats :

Ne révéleras-tu pas la Doctrine du Cœur(49), Maître de ta propre Miséricorde ? Refuseras-tu de conduire tes Serviteurs sur le Sentier de la Libération ?

L’Instructeur parle :

Les Sentiers sont deux, les grandes Perfections trois ; six sont les Vertus qui transforment le corps en l’Arbre de la Connaissance(50).

Qui en approchera ?

Qui le premier y entrera ?

Qui le premier entendra la doctrine des deux Sentiers en un, la vérité révélée au sujet du Cœur Secret(51) ? La Loi qui, évitant l’étude livresque, enseigne la Sagesse, révèle une histoire de douleur.

Hélas, hélas ! Dire que tous les hommes possèdent Alaya(52), sont un avec la grande Âme et que, la possédant, Alaya leur sert si peu !

Regarde comment, semblable à la lune réfléchie dans les vagues tranquilles, Alaya est reflétée par le petit et par le grand : elle se mire dans les plus minuscules atomes, mais ne réussit pas à atteindre le Cœur de tous. Hélas ! Dire que si peu profitent de ce don, de cet inestimable bienfait d’apprendre la vérité, la perception juste des choses existantes, la Connaissance du non-existant.

L’élève demande :

Ô Maître, que dois-je faire pour atteindre la Sagesse ?

Ô Sage, que faire pour acquérir la perfection ?

Cherche les Sentiers. Mais, ô lanou, aie le cœur pur avant d’entreprendre ton voyage. Avant de faire ton premier pas, apprends à distinguer le vrai du faux, le toujours-éphémère du toujours-durable. Apprends par-dessus tout à séparer la science de tête de la Sagesse d’Âme, la doctrine de l’ « Œil » de celle du « Cœur ».

Oui, l’ignorance est comme un vase bouché et sans air ; l’âme comme un oiseau enfermé dedans. Il ne gazouille pas, il ne peut remuer une plume, le chanteur reste muet et engourdi, et meurt d’épuisement.

Cependant, l’ignorance vaut encore mieux que la science de tête sans la Sagesse d’Âme pour l’illuminer et la guider.

Les semences de Sagesse ne peuvent germer et croître dans un espace sans air. Pour vivre et moissonner l’expérience, il faut au mental de la largeur et de la profondeur, et des pointes pour l’attirer vers l’Âme-diamant(53). Ne cherche pas ces pointes dans le royaume de Mâyâ ; mais plane au-dessus des illusions, cherche l’éternel et l’immuable SAT(54) et défie-toi des fausses suggestions de la fantaisie. Car le mental est comme un miroir : il amasse la poussière tout en reflétant(55). Il faut la douce brise de la Sagesse d’Âme pour enlever la poussière de nos illusions. Cherche, ô débutant, à fusionner ton Mental et ton Âme.

Évite l’ignorance, et évite de même l’illusion. Détourne ta face des déceptions du monde ; méfie-toi de tes sens, ils sont faux. Mais dans ton corps, tabernacle de tes sensations, cherche l’ « homme-éternel(56) » dans l’Impersonnel ; et, t’étant mis à sa recherche, regarde en dedans : tu es Bouddha(57).

Évite la louange, ô dévot. La louange conduit à l’illusion de soi-même. Ton corps n’est pas le soi, ton Soi est en lui-même sans corps, et ni la louange ni le blâme ne l’affectent.

La congratulation de soi-même, ô disciple, est comme une tour élevée sur laquelle est monté un sot arrogant. Là, assis dans sa hautaine solitude, il n’est aperçu de nul autre que de lui-même.

La fausse science est rejetée par le Sage, et dispersée aux vents par la Bonne Loi dont la roue tourne pour tous, pour l’humble et le fier. La « Doctrine de l’Œil(58) » est pour la foule, la « Doctrine du Cœur » pour les élus. Les premiers répètent avec orgueil « Voyez, je sais », les derniers, ceux qui ont engrangé avec humilité, avouent tout bas : « Voilà ce que j’ai entendu dire(59) ».

« Grand Crible » est le nom de la « Doctrine du Cœur », ô disciple.

La roue de la bonne Loi se meut rapidement. Nuit et jour, elle moud. Elle ôte du grain doré la balle sans valeur, de la farine, le rebut. La main de Karma guide la roue, les révolutions marquent les battements du cœur karmique.

La vraie connaissance est la farine, la fausse science est la balle. Si tu veux manger le pain de Sagesse, il te faut pétrir la farine avec les eaux claires d’Amrita(60). Mais si tu pétris de la balle avec la rosée de Mâyâ, tu ne pourras que créer de la nourriture pour les noires tourterelles de la mort, les oiseaux de la naissance, de la décrépitude et de la douleur.

Si l’on te dit que pour devenir Arhat tu dois cesser d’aimer tous les êtres – dis-leur qu’ils mentent.

Si l’on te dit que pour gagner la libération tu dois haïr ta mère et te détourner de ton fils, désavouer ton père et l’appeler « chef de famille(61) » ; renoncer à toute pitié pour l’homme et la bête, – dis-leur que leur langue est fausse.

Ce sont là les enseignements des Tirthikas(62), des incrédules.

S’ils t’enseignent que le péché naît de l’action, et le bonheur de l’inaction absolue, dis-leur qu’ils se trompent. La suspension de l’action humaine, la délivrance du mental de son esclavage, par la cessation du péché et des fautes, ne sont pas pour les « Égos-Dévas(63) ». Ainsi le déclare la « Doctrine du Cœur ».

Le Dharma de l’ « Œil » manifeste l’extérieur et le non-existant.

Le Dharma du « Cœur » manifeste Bodhi(64), le Permanent et l’Éternel.

La lampe brûle brillamment quand la mèche et l’huile sont propres. Pour les rendre propres, il faut que quelqu’un les nettoie, la flamme ne sent pas l’opération du nettoyage. « Les branches d’un arbre sont secouées par le vent, le tronc demeure immobile ».

L’une et l’autre, l’action comme l’inaction peuvent trouver place en toi : ton corps agité, ton mental tranquille, ton Âme limpide comme un lac de montagne.

Veux-tu devenir un Yogi du « Cercle du Temps(65) » ?

Alors, ô lanou :

Ne crois pas que s’asseoir dans les forêts sombres, dans une hautaine réclusion et à l’écart des hommes ; ne crois pas que vivre de racines et de plantes, qu’étancher sa soif avec la neige de la Grande Chaîne ; ne crois pas, ô dévot, que cela te conduira au but de la libération finale.

Ne crois pas que briser tes os, déchirer ta chair et tes muscles, t’unisse à ton « Soi silencieux(66) » ne crois pas que lorsque les péchés de ta forme grossière sont vaincus, ô victime de tes ombres(67), ton devoir soit terminé envers la nature et envers l’homme.

Les Bénis ont dédaigné ces pratiques. Le Lion de la Loi, le Seigneur de Miséricorde, percevant la vraie cause de la douleur humaine, abandonna immédiatement le doux mais égoïste repos des tranquilles lieux sauvages. D’Aranyaka(68) il devint l’Instructeur du genre humain. Après que Joulaï(69) fut entré au Nirvâna, il prêcha par les monts et par les plaines, et tint des discours dans les cités, aux Dévas, aux hommes et aux dieux(70).

Sème des actes aimables et tu cueilleras leurs fruits. L’omission d’un acte miséricordieux devient une commission de péché mortel.

Ainsi parle le Sage.

T’abstiendras-tu d’agir ? Ce n’est pas ainsi que ton âme obtiendra sa liberté. Pour atteindre Nirvâna on doit atteindre la Soi-Connaissance, et c’est d’actes aimables que la Soi-Connaissance est l’enfant.

Sois patient, Candidat, comme celui qui ne craint pas l’échec, qui ne courtise pas le succès. Fixe le regard de ton Âme sur l’étoile dont tu es un rayon(71), l’étoile flamboyante qui brille dans les profondeurs sans lumière du toujours-être, dans les champs sans bornes de l’Inconnu.

Sois persévérant comme quelqu’un qui dure à jamais. Tes ombres vivent et s’évanouissent(72) – ce qui, en toi, vivra toujours, ce qui, en toi, connaît, car c’est la connaissance(73), n’est point de cette vie fuyante ; c’est l’homme qui a été, qui est et qui sera, pour qui l’heure ne sonnera jamais.

Si tu veux moissonner la douce paix et le repos, Disciple, ensemence avec les graines du mérite les champs des moissons futures. Accepte les douleurs de la naissance.

Recule-toi du soleil dans l’ombre, pour faire plus de place aux autres. Les larmes qui arrosent le sol desséché de la peine et de la douleur produisent les fleurs et les fruits de la rétribution karmique. Au-dessus de cette fournaise de la vie humaine et de sa fumée noire s’élèvent des flammes ailées, des flammes purifiées qui, prenant leur essor sous l’oeil karmique, finissent par tisser l’étoffe glorieuse des trois vêtements du Sentier(74).

Ces vêtements sont : Nirmânakâya(75a), Sambhogakâya(75b) et Dharmakâya robe sublime(75c).

La robe Shâna(76) peut, il est vrai, gagner la lumière éternelle. La robe Shâna suffit à donner le Nirvâna de destruction : elle arrête la renaissance, mais ô lanou, elle tue aussi la compassion. Les Bouddhas parfaits, une fois vêtus de la gloire de Dharmakâya, ne peuvent plus aider au salut de l’homme. Hélas ! les Soi seront-ils sacrifiés au Soi, le genre humain au bien-être des unités ?

Sache, ô débutant, que c’est là le SENTIER Ouvert, la route du bonheur égoïste, évitée par les Bodhisattvas du « Cœur Secret », les Bouddhas de Compassion.

Vivre au bénéfice de l’humanité est le premier pas. Pratiquer les six vertus glorieuses(77) est le second.

Revêtir l’humble robe Nirmânakâya, c’est renoncer pour Soi à l’éternel bonheur, afin d’aider au salut de l’homme. Atteindre la béatitude du Nirvâna, mais y renoncer, est le pas suprême, le pas final, le plus sublime sur le Sentier du Renoncement.

Sache, Ô disciple, que c’est là le SENTIER SECRET, choisi par les Bouddhas de Perfection, qui ont sacrifié le SOI à des Soi plus faibles.

Pourtant, si la « Doctrine du Cœur » a les ailes trop hautes pour toi, si tu as besoin d’aide toi-même et si tu crains d’offrir ton aide aux autres ; alors, homme au cœur timide, sois averti à temps : contente-toi de la « Doctrine de l’œil » de la loi. Espère encore. Car si tu ne peux atteindre le Sentier Secret ce « jour-ci », il sera à ta portée « demain(78) ». Apprends que pas un effort, même le plus petit, dans une bonne ou mauvaise direction, ne peut s’évanouir du monde des causes. Même la fumée dispersée ne reste pas sans traces. « Une parole dure prononcée dans les vies passées n’est pas détruite, mais revient toujours(79) ». Le poivrier ne donnera pas de roses, et l’étoile argentée du jasmin parfumé ne se changera pas en ronces ni chardons.

Tu peux créer en ce « jour » tes chances pour ton « lendemain ». Dans le « Grand Voyage(80) », les causes semées à toute heure portent chacune sa moisson d’effets, car une rigide Justice gouverne le Monde. D’une puissante poussée d’action jamais dans l’erreur, elle dispense aux mortels des vies heureuses ou malheureuses, progéniture karmique de toutes leurs pensées et actions de jadis.

Ô toi au Cœur patient, prends donc tout ce que le mérite a en réserve pour toi. Aie bon espoir, et sois content du destin. Tel est ton Karma, le Karma du cycle de tes naissances, la destinée de ceux, qui dans leur peine et leur douleur, sont nés en même temps que toi, se réjouissent et pleurent de vie en vie, enchaînés à tes actions précédentes.

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Agis pour eux « aujourd’hui », ils agiront pour toi « demain ».

C’est du bourgeon du Renoncement au Soi que jaillit le doux fruit de la libération finale.

Il est condamné à périr, celui qui, par crainte de Mâra, s’abstient d’aider l’homme de peur d’agir pour Soi. Le pèlerin qui voudrait rafraîchir ses membres fatigués dans les eaux courantes, mais qui n’ose s’y plonger par effroi du courant, risque de succomber à la chaleur. L’inaction basée sur la crainte égoïste ne peut produire que du mauvais fruit.

Le dévot égoïste vit sans but. L’homme qui n’accomplit pas la tâche à lui assignée dans la vie, a vécu en vain.

Suis la roue de la vie, suis la roue du devoir envers race et famille, ami et ennemi, et ferme ton esprit aux plaisirs comme à la peine. Épuise la loi de la rétribution karmique. Gagne des Siddhis pour ta future naissance.

Si tu ne peux être Soleil, sois alors l’humble planète. Oui, si tu es empêché de flamboyer comme le soleil de midi sur la montagne coiffée de neige de l’éternelle pureté, choisis alors, ô néophyte, une plus humble carrière.

Indique la « Voie » – même faiblement, et perdu dans la foule – comme fait l’étoile du soir, à ceux qui suivent leur chemin dans l’obscurité.

Regarde Migmar(81), alors qu’à travers ses voiles cramoisis son « Œil » passe rapidement sur la Terre assoupie. Regarde l’aura flamboyante de la « Main » de Lhagpa(82) étendue avec un amour protecteur sur la tête de ses ascètes. Tous deux sont maintenant les serviteurs de Nyima(83) laissés en son absence pour veiller silencieusement dans la nuit. Pourtant tous deux, dans les Kalpas passés, étaient de brillants Nyimas, et pourront dans des « Jours » futurs redevenir deux Soleils. Tels sont les hauts et les bas de la Loi karmique dans la nature.

Ô lanou, sois comme eux. Éclaire et réconforte le pèlerin en peine, et cherche celui qui en sait encore moins que toi ; celui qui s’assied, abattu par la désolation, affamé du pain de Sagesse autant que du pain qui nourrit l’ombre…, sans Instructeur, sans espoir, sans consolation ; et fais-lui entendre la Loi,

Dis-lui, ô candidat, que celui qui fait de l’orgueil et de l’amour-propre les esclaves de la dévotion ; que celui qui, accroché à l’existence, met néanmoins sa patience et sa soumission aux pieds de la Loi comme une douce fleur aux pieds de Shâkya-Thubpa(84) devient un Srotâpanna(85) dans cette naissance. Les Siddhis de perfection peuvent apparaître loin, très loin, mais le premier pas est fait : il est entré dans le courant, et il peut acquérir la vue de l’aigle de montagne, l’ouïe de la timide daine.

Dis-lui, ô aspirant, que la vraie dévotion peut lui ramener la connaissance, cette connaissance qui était la sienne dans des incarnations passées. La vue-déva et l’ouïe-déva ne sont pas obtenues en une seule et courte vie.

Sois humble, si tu veux atteindre la Sagesse.

Sois plus humble encore, quand tu te seras rendu maître de la Sagesse.

Sois Comme l’Océan qui reçoit tous les ruisseaux et toutes les rivières. Le calme puissant immuable, il ne les ressent pas.

Contiens ton Soi inférieur par ton Soi Divin.

Contiens le Divin par l’Éternel.

Oui, grand est celui qui est le meurtrier du désir.

Encore plus grand celui en qui le Soi Divin a tué jusqu’à la connaissance du désir.

Surveille l’Inférieur de peur qu’il ne souille le Supérieur.

La voie de la liberté finale est au-dedans de ton SOI.

Cette voie commence et finit en dehors de Soi(86).

Humble et non prisée des hommes, telle est aux regards hautins du Tirthika, la terre mère de tous les fleuves, vide est la forme humaine aux yeux des insensés, bien qu’emplie des douces eaux d’Amrita. Pourtant la source des rivières sacrées est la terre sacrée(87) et celui qui a la Sagesse est honoré par tous les hommes.

Les Arhats et les Sages à la Vision infinie(88) sont rares comme la fleur de l’arbre Oudoumbara. Les Arhats naissent à l’heure de minuit, en même temps que la plante sacrée aux neuf et sept tiges(89), la sainte fleur qui s’ouvre et s’épanouit dans les ténèbres, sous la pure rosée et sur le lit glacé des hauteurs coiffées de neige, hauteurs jamais foulées par les pieds des pécheurs.

Aucun Arhat, ô lanou, ne devient tel dans l’incarnation où pour la première fois l’Âme commence à aspirer vers la libération finale. Pourtant, ô toi impatient, à aucun guerrier s’offrant volontairement pour combattre dans l’ardente lutte entre les vivants et les morts(90), à aucune recrue ne peut jamais être refusé le droit d’entrer dans le Sentier qui mène vers le champ de Bataille.

Car il doit vaincre ou succomber.

S’il est vainqueur, Nirvâna sera à lui. Avant qu’il ne rejette son ombre de sa dépouille mortelle, cette cause féconde de l’angoisse et de la douleur sans limites – en lui les hommes honoreront un grand et saint Bouddha.

Et s’il succombe, alors même il ne succombera pas en vain ; les ennemis qu’il aura tués dans sa dernière bataille ne reviendront pas à la vie dans sa prochaine incarnation.

Mais si tu veux atteindre Nirvâna, ou rejeter le prix(91), que le fruit de l’action et de l’inaction ne soit pas ton motif, homme au cœur indomptable.

Sache que le Bodhisattva qui échange la Libération pour le renoncement afin de se vêtir des misères de la « Vie Secrète(92) », est appelé « trois fois honoré », ô candidat de la douleur à travers les cycles.

Le SENTIER est un, disciple, et pourtant, à la fin, il est double. Ses étapes sont marquées par quatre et sept Portails. À une extrémité – bonheur immédiat ; à l’autre – bonheur différé. Tous deux sont la récompense du mérite. Le choix est entre tes mains.

L’Un devient les deux, l’Ouvert et le Secret(93). Le premier conduit au but, le second à l’immolation de Soi.

Quand tu as sacrifié le changeant au permanent, le prix est à toi : la goutte retourne là d’où elle est venue. Le SENTIER Ouvert mène à l’inchangeable changement, au Nîrvâna, au glorieux état d’Absoluité, à la Béatitude qui dépasse la pensée humaine.

Ainsi le Premier Sentier est LIBERATION.

Mais le second Sentier est RENONCIATION, aussi est-il appelé le « Sentier de Douleur ».

Ce Sentier Secret conduit l’Arhat à une inénarrable douleur mentale, la douleur pour les morts vivants(94), l’impuissante pitié pour les hommes voués à la misère karmique, fruit du Karma, que les Sages n’osent apaiser.

Car il est écrit : « Enseigne à éviter toutes causes ; quant à l’ondulation de l’effet, comme la grande vague de la marée, tu la laisseras suivre son cours ».

Tu n’auras pas plus tôt atteint le but de la « Voie Ouverte » qu’elle te conduira à rejeter le corps de Bodhisattva et te fera entrer dans l’état trois fois glorieux de Dharmakâya(95) qui est l’oubli pour toujours du Monde et des hommes.

La « Voie Secrète » mène aussi à la béatitude Paranirvanique – mais à la fin de Kalpas sans nombre : après des Nirvânas gagnés et perdus par pitié infinie et par compassion pour le monde des mortels abusés.

Mais il est dit : « Le dernier sera le plus grand ». Samyak Sambouddha, le Maître de Perfection abandonna son SOI pour le salut du Monde, en s’arrêtant au seuil du Nirvâna, l’état pur.

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Tu as la connaissance maintenant concernant les deux Voies. Le temps viendra où tu devras choisir, ô toi à l’Âme ardente, quand tu auras atteint la fin et franchi les sept Portails. Ton esprit est clair. Tu n’es plus empêtré dans les pensées illusoires, car tu as tout appris. La vérité se tient dévoilée et te regarde sévèrement en face. Elle dit :

« Doux sont les fruits du Repos et de la Libération pour l’amour du Soi ; mais plus doux encore les fruits du long et amer devoir. Oui, le Renoncement pour l’amour des autres, pour l’amour des frères en humanité qui souffrent ».

Celui qui devient un Pratyeka Bouddha(96) ne fait sa soumission qu’à son Soi.

Le Bodhisattva qui a gagné la bataille et qui tient le prix dans la paume de sa main, dit cependant dans sa divine compassion :

« Pour l’amour d’autrui j’abandonne cette grande récompense » et accomplit le plus grand Renoncement.

UN SAUVEUR DU MONDE, voilà ce qu’il est.

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Regarde ! Le but de béatitude et le long Sentier de la Souffrance sont là-bas dans le lointain. Tu peux choisir l’un ou l’autre, ô aspirant à la Douleur, dans les cycles à venir !…

OM VAJRAPANI HUM.

LES DEUX SENTIERS - HELENA PETROVNA BLAVATSKY - 1889
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