LE SILENCE

Ceux qui ont connu le pouvoir du silence – ceux qui ont senti l’action des prodigieuses forces vitales à mesure qu’elles électrisent l’espace qu’elles sillonnent, et qui se sont laissés transporter à l’intérieur de ce calme absolu, là où l’âme entre dans les courants de pensée de l’Infini et perd tout sens du temps et de l’espace, à mesure qu’elle dérive vers des profondeurs insondables ou qu’elle s’élève vers des hauteurs indicibles –, ceux-là peuvent élucider les grands secrets de la vie.

Les affirmations concernant les processus de recréation et de purification de la nature et de l’âme ne sont plus de simples mots lorsqu’elles sont prononcées par ceux qui savent, car ce travail s’accomplit dans le silence et l’obscurité.

La vue d’une âme esseulée, confinée à quelque partie limitée de l’espace pour travailler à son salut, dans le silence et l’obscurité, n’est plus une tragédie effroyable dans l’esprit de l’occultiste – ni l’acte impitoyable d’un Créateur à la justice excessive. Il s’agit plutôt de l’acte miséricordieux et aimant d’un Père qui sait qu’à l’intérieur de cette âme se trouve la semence de sa purification – l’étincelle du Feu vivant de Dieu –, et que cette dernière ne peut accomplir sa mission divine que si elle s’enferme dans ses forteresses et qu’on lui permet de faire son travail dans le silence et l’obscurité, car Dieu doit toujours agir de l’intérieur pour amener les siens à une nouvelle vie.

Lorsque nous prenons conscience du fait que la matière la plus dégoûtante que nous connaissons, la matière fécale animale et humaine, peut être amenée, au moyen de la force vitale qui travaille en elle et   travers elle, à une pureté aussi parfaite que celle de l’eau la plus pure provenant d’un torrent de montagne, si elle est soigneusement confinée dans un lieu à l’abri de la lumière, de l’air et du son, et si nous prenons également conscience que cette force vitale est le pur prana – la substance même de Dieu –, il n’est pas difficile alors de comprendre comment même la créature la plus vile porte en elle le germe d’un Soi Supérieur qui n’a besoin que des conditions appropriées, du silence et de l’obscurité de la crypte de l’âme, pour amener à la vie une entité éternelle, pure et sans tache.

S’il existe un purgatoire pour les âmes pécheresses, qu’est-il donc sinon un reflet de cette obscurité et de ce silence plus grands et plus saints d’origine spirituelle – un état où les âmes peuvent être confinées jusqu’à ce que l’Étincelle divine en elles puisse avoir le temps et l’occasion, par la souffrance spirituelle, de brasser, écraser, mélanger et entremêler l’essence de leur nature inférieure jusqu’à ce qu’elles soient libérées de toute impureté, et que, nouvellement vêtues, ces âmes se trouvent dans un état approprié pour s’avancer une fois de plus et prendre leur place parmi les fils de Dieu ?

En vérité, vous devriez aimer le silence et l’obscurité – tout autant que la lumière –, et vous efforcer de tout votre cœur de saisir leurs mystères. Il faut toujours passer leur portail avec un cœur humble et patient, et y demeurer jusqu’à ce que naisse le germe de la sagesse qui dort actuellement en vous.

Alors seulement pourrez-vous soutenir la lumière de l’Esprit sans être irrémédiablement aveuglés par ses rayons.

N.D.É. Une variante de cette leçon a été publiée : voir leçon 238.

HILARION - Temple 3 - Leçon 474
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