« Le yoga est le pouvoir d’empêcher que l’esprit soit modifié par des impressions externes.1»
Une fois que le pouvoir du yoga est acquis, l’esprit est capable de s’identifier à n’importe quel plan de conscience qu’il puisse désirer, ou à l’essence intérieure ou extérieure de n’importe quel degré de substance, de force ou de conscience. Il possède également le pouvoir de se retirer de n’importe quel plan ou degré de substance, de force ou de conscience.
C’est ce pouvoir qui établit la différence entre le yoga mortel ordinaire et le vrai yoga. Le mental de l’homme ou de la femme ordinaire est lié par des liens de fer, de laiton et d’acier à divers attachements, conditions et illusions du monde matériel. Il n’a aucun pouvoir d’en retirer son esprit ou, s’il a le pouvoir de s’en échapper pour un instant, presque immédiatement l’esprit est modifié et s’identifie à un autre ensemble d’impressions provenant d’une vibration extérieure plus ou moins puissante qu’il reçoit par l’intermédiaire d’un ou plusieurs sens.
L’esprit est plus sensible aux forces externes que l’eau à l’action des vents. Subtil, fluidique et mobile, il répond à la plus faible impulsion, qu’elle provienne de l’intérieur ou de l’extérieur, à moins qu’il ne soit dominé par le Manas Supérieur uni au Sixième Principe, Bouddhi, la Lumière de l’Esprit lui-même. En raison de cette extrême sensibilité du mental inférieur, il tend à s’identifier à l’image de ce qui l’a modifié ; il devient cette image pour le moment.
Ainsi, lorsque le mental perçoit une belle image de n’importe quelle sorte, qu’il s’agisse de la voir, de l’entendre ou de la ressentir, il a tendance à tomber dans le même état de conscience selon l’intensité de l’impression qui est faite. De la même façon, lorsque le mental perçoit des images vues, entendues ou ressenties qui sont déformées, laides et mauvaises, il va aussi avoir tendance à s’identifier à ces dernières.
Dans le cas des belles images, seul du bien peut parvenir à la nature inférieure, car la « Vérité » et la « Beauté » appartiennent au Mental Supérieur, et si le mental inférieur tombe dans ces images, il a tendance à être plus intimement uni avec le Supérieur. Lorsque les images sont mauvaises, le mental tend à une plus grande séparation entre la nature Supérieure et la nature inférieure.
Si le mental ne tombe pas dans ces images mauvaises, c’est parce que la lumière intérieure est trop forte et ne permet pas que le mental soit transformé en cette image. Toutefois, à moins qu’un certain degré de pouvoir du yoga n’ait été développé, l’association constante ou le contact constant avec le côté négatif ou destructif de la vie fera son œuvre sur la loi de l’action que le poète exprime par ces mots :
« Le vice est un monstre si hideux
Que pour le haïr il suffit de le voir ;
Cependant, vu trop souvent, il se familiarise à nos yeux,
D’abord nous le tolérons,
Ensuite nous le plaignons,
Enfin nous l’embrassons. »2
D’où l’importance pour l’étudiant qui veut se mesurer aux sommets de la vie de garder son mental négatif (réceptif) par rapport à l’âme, et positif (combatif) envers le monde, afin que ce monde ne puisse pas transformer sa mentalité en ses formes monstrueuses. Personne n’accepterait volontairement une chose pourrie en son sein, ni une force ou une pensée pourrie en son esprit. Pourtant c’est exactement ce que fait une personne lorsqu’elle écoute ce qu’on dit de mal sur autrui ou qu’elle prête l’oreille à de bas racontars ou à des médisances particulières au sujet de quiconque.
L’association constante avec des forces de ce genre doit produire de deux choses l’une : soit vous refusez de permettre à votre esprit d’être modifié en cette image d’une personnalité inférieure, coupant ainsi le contact en éliminant le vecteur ; soit vous tombez dans l’image et vibrez avec elle pour bientôt vous retrouver balayé au loin dans un tourbillon de forces personnelles inférieures qui ne sauraient avoir leur place dans la conscience aurique d’une personne qui sait et qui a le pouvoir de se tenir face à face avec les Maîtres d’Amour et de Sagesse.
1 – N.D.É. Livre des Yoga Sutras de Patañjali. Il s’agit d’un recueil de 195 aphorismes (sûtras), phrases brèves et laconiques qui sont destinées à être facilement mémorisées.
2 – N.D.É. Essai sur l’homme, Alexander Pope ; Épître II, verset 5.
HILARION - Temple 3 - Leçon 471


