L’homme du XIXe siècle est tellement habitué aux inventions et aux découvertes merveilleuses de la science, qui ont permis d’enlever les barrières de la nature et de dévoiler ses secrets, qu’il a tendance, la première fois que son intérêt dans l’occultisme s’éveille, à croire qu’il n’a qu’à attendre assez longtemps pour que les plus grands secrets de l’occultisme, touchant le développement psychique et spirituel, soient dévoilés par des moyens semblables, et qu’il puisse profiter de tous ces avantages sans faire d’effort spécial. C’est pourquoi il refuse d’accepter les déclarations des anciens voyants concernant la nécessité de l’effort personnel, ou d’utiliser les seules méthodes qui permettent, selon eux, de progresser dans ces domaines, parce qu’elles lui demandent invariablement de faire davantage de sacrifices qu’il n’est disposé à en faire. C’est là qu’il commet sa grande erreur, parce qu’il ne pourra jamais comprendre ou utiliser les seuls pouvoirs qui lui permettront de se différencier de ceux qui se trouvent dans les niveaux médiocres de la vie, en exploitant les efforts d’autres personnes.
L’humanité en tant que race atteindra bientôt le point central de son évolution, qu’aucun homme ne peut dépasser en se basant sur les mérites ou les efforts d’un autre homme. Avant que ce point central ne soit atteint, il était possible de progresser aux termes de la loi qui gouverne la différenciation et la répulsion. Au-delà de ce point central, d’autres lois, qui contrôlent la combinaison, l’unification, l’attraction et la cohésion, deviennent primordiales. À ce point, l’opposition ne fait qu’augmenter la difficulté, et a pour résultat final l’anéantissement de la chose ou de la personne en opposition.
Un grand nombre des étudiants des Maîtres ont atteint ou sont près d’atteindre ce point central d’évolution, mais chez eux, le développement de la volonté spirituelle n’a pas suivi le rythme du développement de l’esprit. Par conséquent, certains d’entre eux s’éloignent de leur objectif original et sont emportés dans le tourbillon du développement matériel selon des lignes qui les entraîneront certainement dans la tornade préparée par les forces de la nature pour un grand nombre d’autres personnes.
C’est pour l’homme une pure folie que de s’attendre à pouvoir vivre la même vie inutile et égoïste qu’il menait avant son initiation, même dans les degrés les plus bas de la Loge, et en même temps à faire des progrès importants dans l’occultisme. La ligne de démarcation entre les deux est très nette.
Le néophyte accepté n’a littéralement rien à faire avec les exigences ou les commandes imposées à tout autre disciple ou à tout autre groupe de disciples, ou avec son propre passé. Il a passé un contrat particulier avec son Être Supérieur et son Instructeur, et il n’est redevable qu’à eux seuls.
C’était là une des vérités profondes cachées dans l’ordre que Jésus donnait à un disciple néophyte qui aurait préféré aller s’occuper d’une nouvelle épouse ou enterrer un ami : « Quelle importance cela peut-il avoir pour toi ? Viens et suis-moi. » Contrairement à l’idée générale, il ne s’agit pas là d’un ordre cruel, mais en fait très aimant, et essentiel, parce que tout ce qui pourrait tendre à ramener le disciple dans le bourbier dont il sort, au moment où il est sur le point d’obtenir le pouvoir par lequel il pourrait secourir ceux qu’il laisse ou qui l’ont laissé, serait absolument mauvaise pour lui. Mais quel que soit l’effet de ces premiers efforts, le fait demeure que les méthodes et les moyens par lesquels l’homme peut dépasser le point central sont aussi clairement et aussi précisément définis que les méthodes et les moyens de contrôler la vapeur ou l’énergie électrique, et que « il n’y a pas chez Dieu même l’ombre d’un changement1 » . Il peut atteindre un certain degré de connaissance et de satisfaction mentale par d’autres méthodes, mais cela lui est pratiquement inutile lorsqu’il considère que quoi qu’il fasse, il ne peut pas avancer même d’un seul pas en suivant les anciennes méthodes. Il doit alors soit renoncer à tout, s’abandonner à quelque chose qui lui promet de grands résultats en faisant peu d’efforts, et découvrir la vérité de cette façon, ou retomber très rapidement dans son ancien état d’insatisfaction, de matérialisme et finalement de désespoir. Ou encore, s’il est suffisamment brave, il fera face aux effets de ses échecs antérieurs, rassemblera son courage et prendra la direction qu’il aurait dû prendre longtemps auparavant.
Ce sont les gens de la première catégorie qui sont les plus agressifs, les plus critiques et les plus portés à condamner les autres en ce qui concerne la recherche. Comme l’effet de leur propre échec a pénétré leur nature tout entière, ils ne peuvent admettre qu’il y ait quoi que ce soit de valable là où ils ont échoué. Ils oublient que leur échec était prévisible, parce qu’ils ne pouvaient pas ou ne voulaient pas suivre les règles qu’on leur avait données. Ils tirent vanité de leur supposée perspicacité à voir, et de leur moralité à exposer, ce que, dans le silence de leur propre âme, ils savent être une fausse estimation de quelque chose qui les dépasse de beaucoup. Ils sont en fait des objets de pitié pour ceux qui connaissent leur véritable personnalité.
Une façon pour un étudiant d’atteindre ce triste état d’esprit est d’établir des règles et des conditions avant d’aider ses camarades, sans se préoccuper de leurs besoins et en se cachant le fait que ses méthodes ne seraient d’aucune utilité pour accomplir une tâche donnée à d’autres. Une personne semblable est tellement possédée par ses propres idées qu’elle est totalement incapable de percevoir les élémentaux qui l’attendent sur les plans intérieurs pour la faire trébucher lorsque son esprit sera totalement engourdi.
Il est impossible d’aider un homme à moins qu’il ne choisisse d’être aidé. Tout ce que vous pouvez faire jusqu’à ce point-là, est de « lancer votre pain sur l’eau2 », et le pain peut vous revenir ou non. Si l’homme ne peut pas voir les avantages de la méthode que vous voulez employer pour l’aider, et si vous n’acceptez pas son évaluation de ses besoins, vous aurez tous deux simplement perdu une autre occasion. Il n’y a pas de meilleur exemple pour illustrer la vérité de l’importance d’être détaché du résultat, parce que les résultats de votre pensée ou de votre action visant à aider ne devraient pas vous importer personnellement, pas plus que la façon dont l’aide que vous avez donnée a été utilisée, à partir du moment où vous avez décidé de fournir cette aide.
Il est facile de prouver la vérité de cette déclaration à partir d’un point de vue personnel. Quelle valeur aurait pour vous la table de multiplication, si on vous disait que vous ne pouvez l’utiliser que d’une certaine façon, alors que votre devoir, votre tendance personnelle et tout votre cœur vous poussaient à l’utiliser d’une autre façon, qui vous permettrait de régler un problème infiniment important pour vous ?
Le détachement des résultats est essentiel pour atteindre les hauteurs de la vie, sur le côté personnel de l’équation, mais il est également vrai que les barreaux de l’échelle de la vie sur laquelle vous montez sont construits par les occasions de gratitude que vous avez données aux âmes que vous avez aidées à atteindre un ou plusieurs de ces barreaux.
« S’il n’y a de la place que pour ton frère au soleil, place-toi à l’ombre, afin de pouvoir ajouter à sa lumière. Tu découvriras que la lumière vous guidera tous les deux, toi et ton frère. »
Souviens-toi qu’il y a toujours de la place sur le barreau le plus élevé de l’échelle de la vie pour celui qui peut atteindre cette hauteur. Ce n’est que sur les barreaux inférieurs de l’échelle qu’il y a trop de grimpeurs. Souviens-toi aussi qu’à partir du barreau du milieu jusqu’au plus élevé, chaque barreau est atteint par le renoncement activé par le discernement.
1 N.D.É. Épître de Jacques 1 17.
2 N.D.É. Ecclésiaste 11 1.
HILARION - Temple 1 - Leçon 99


