LE PLAN DU DÉVACHAN

Les Initiés de la Loge Blanche discutent rarement du « corps aurique » et de ses centres atmiques, et c’est rarement aussi qu’ils y font allusion en public. C’est un sujet si sacré et en outre un véhicule d’une si grande puissance que le simple fait d’en discuter est susceptible de précipiter des forces incontrôlables pour le bien comme pour le mal. En langage commun, c’est cette essence dans laquelle la Divinité en chaque personne s’incorpore ou se manifeste en premier. Aux yeux d’un mortel, elle ressemblerait à une sorte de sphère subtile, iridescente, de forme ovoïde allongée, irradiant de nombreuses couleurs plus ou moins brillantes selon l’époque au cours de laquelle elle se manifeste et aussi selon le pouvoir et la position cosmique de l’Ego qui s’y manifeste. Ce que j’ai appelé les « centres atmiques » qui sont associés au corps aurique seraient le « Sutratma » ou le « fil d’argent » sur ou dans lequel les différentes incarnations d’un Ego se regroupent, un peu comme les perles d’un collier. La fragrance spirituelle qui exhale de chaque personnalité utilisée par l’Ego, c’est-à-dire l’essence de chaque bonne action et pensée, s’élève comme une couleur ou une force précise qui, étant encore plus purifiée par son contact avec les feux du plan spirituel, devient en définitive une substance spirituelle indestructible, et c’est à partir de ces couleurs purifiées que la lumière blanche éclatante est réfléchie – la base de l’aura individuelle. Les corps « Nirmanakaya », les véhicules ou corps des Grands Maîtres, sont créés au moyen de la « volonté spirituelle » à partir de cette essence aurique. Cette substance ne peut être maîtrisée que par la volonté spirituelle et c’est le degré le plus élevé du potentiel de la substance. Elle est asexuée, éternellement masculine et féminine ; chaque différenciation de cette substance se manifeste sur les plans de la différenciation sous la forme d’un homme et d’une femme. Le véhicule d’un seul Ego est d’abord descendu dans la manifestation au début d’un Manvantara, comme entité possédant une aura individuelle, même si chaque individu n’est, en quelque sorte, entouré que par une partie de cette substance aurique pouvant paraître aux yeux mortels comme une aura unique ou individuelle. Mais, l’aura ne peut jamais être vraiment séparée, quelque soit le sexe que ses personnalités en manifestation choisissent de représenter dans une incarnation. Tôt ou tard, elles doivent être réunies, car aucune des deux ne peut se réaliser sans l’autre.

Dans le cas de la mort d’un être humain normal, l’âme, alors pleinement libérée du corps, monte en dévachan. L’aura laisse alors derrière elle suffisamment de vitalité pour continuer à donner forme et substance au Linga Sharira – le corps astral inférieur ou corps éthérique – pendant un certain temps. Lorsque sa vitalité est épuisée, le corps astral inférieur s’estompe. Même si les termes « s’élever » ou « monter » semblent absolument nécessaires pour conférer la moindre idée des mouvements de l’âme, l’étudiant doit détromper son esprit autant que possible et en exclure toute idée d’espace ou de temps concernant l’existence future d’une âme libérée. Ne tentez pas de localiser la demeure de cette âme sauf si vous pouvez le faire en partie correctement en dirigeant vos « pensées vers l’intérieur ».

Contrairement à l’individu ordinaire, pour qui s’effectue une séparation des principes après la mort, l’Initié – qui a passé par tous les degrés inférieurs de la Loge et qui a atteint le point où un corps physique au sens strict n’est plus nécessaire pour lui – se sépare du Linga Sharira et du corps physique volontairement, lorsqu’il le désire, et reste vêtu du corps spirituel mentionné plus haut, sur le plan astral. Il n’a plus besoin du dévachan ni de repos. Même s’il a le pouvoir de condenser et de concentrer les forces spirituelles qui forment ce corps à un degré suffisant pour créer un corps illusoire qui, à toutes fins pratiques, ressemblera à un corps physique aux sens de l’observateur ordinaire, il ne pourra vivre dans ce corps que pour une courte période, car ce dernier ne peut être maintenu que pour le temps où la volonté est fixée sur lui, et cela ne saurait durer. C’est un corps semblable que Jésus a utilisé après la Résurrection.

C’est un crime en occultisme que de gaspiller force et énergie, et on ne peut concevoir qu’un Maître comme Jésus ait pu utiliser cette force aurique sacrée à des fins triviales, comme se matérialiser pour prouver qu’il vivait toujours ou pour donner des instructions à ses disciples, en particulier si un autre médium était disponible, par exemple un agent préparé à travers qui ses souhaits pouvaient être accomplis par l’utilisation de formes d’énergie inférieures.

Règle générale, nous avons une très faible idée du formidable pouvoir de la « volonté spirituelle ». Elle a tout pouvoir sur toutes les formes de force et de matière d’un rang inférieur au sien sur l’échelle de l’être.

L’enseignement théosophique en rapport avec le plan du dévachan n’a jamais été pleinement compris par les masses humaines. À l’époque où H.P.B. est venue à nous, il y avait de bonnes raisons de dissiper ou d’occulter temporairement la vieille idée du « ciel », car la majorité de la race humaine avait trop longtemps fixé son esprit sur l’idée d’un lieu de gratifications sensuelles où cessaient toute peine et toute douleur, et l’aspiration ainsi éveillée avait détourné le désir d’une phase plus importante du développement actif, à un point tel que vraiment trop d’âmes lasses et éprouvées par le chagrin « baissaient les bras », littéralement, et abandonnaient inutilement le combat de la vie.

Le plan du dévachan a été qualifié de « plan de l’illusion », alors qu’en fait il n’est pas plus illusoire que ne l’est le plan physique ou n’importe quel autre plan de l’être. La vie dévachanique est en réalité constituée des idéaux pleinement réalisés de toutes les races de gens qui ont jamais vécu. Une image mentale de ces idéaux s’est en quelque sorte imprimée sur l’essence aurique d’ère en ère, et l’Ego vit au sein de ces idéaux durant une période dévachanique, tout comme il vit au sein de ses idées matérialisées durant la vie terrestre.

La loi de compensation prévoit toujours que pour toute douleur ou toute souffrance il y ait une paix et un plaisir correspondants, et le dévachan donne l’occasion de réaliser la paix et le plaisir que la vie terrestre ne pouvait procurer. Un grand Initié renonce temporairement à cette compensation afin de l’ajouter à la somme de ses justes compensations en aidant ses compagnons pèlerins et, grâce à cette grande renonciation, il gagne le pouvoir d’entrer dans l’état du Nirvana où plus aucune incarnation dans la chair ne l’attend. Chaque habitant ordinaire du dévachan doit revenir sur Terre à la fin d’une période de temps précise pour y entreprendre un nouveau cycle de vie. Ayant atteint l’état du Nirvana, l’Ego en incarnation n’est plus lié à la forme ou à la matière.

La doctrine orthodoxe voulant qu’on rejoigne des amis et qu’on arrive dans un endroit de paix et de parfaite compréhension est donc fondée sur une vérité, bien que cet état ne soit pas éternel. L’affirmation souvent répétée, à l’effet que nous portons en nous le « ciel » et « l’enfer », est également vraie.

Cela pourra nous aider à comprendre quelque peu l’état dévachanique si nous considérons le degré de bonheur dont un groupe de personnes en parfaite sympathie et affinité peut faire l’expérience lorsque, poussées par un seul motif élevé, elles se rencontrent pour se perdre dans la considération ou la contemplation de la beauté, de la force et de la joie de l’idéal qui a été le pouvoir moteur de leur rencontre. Dans ces circonstances, tout sentiment de temps et d’espace est annihilé et elles sont vraiment un groupe d’âmes « n’ayant qu’une seule pensée » et cette pensée serait, en quelque sorte, l’incarnation des idéaux élevés que tous ont été capables de concevoir.

Aucun simple sentiment de gratification ne peut même commencer à conférer ce bonheur sans mélange, car il se trouve toujours « un ver dans le bourgeon » de chaque gratification des sens.

HILARION - Temple 2 - Leçon 326
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