Elihu c’est l’hiérophante ; il débute par un blâme, et les sophismes des faux amis de Job sont emportés comme le sable devant le vent de l’occident.
« Et Elihu, fils de Barakeel, prit la parole et dit : Ce n’est pas l’âge qui procure la sagesse… mais dans l’homme c’est l’esprit ; l’esprit me presse au-dedans de moi… Dieu parle cependant, tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, et l’on n’y prend point garde. Il parle par des songes, par des visions nocturnes, quand les hommes sont livrés à un profond sommeil, quand ils sont endormis sur leur couche. Alors il leur donne des avertissements, et met le sceau à ses instructions… Sois attentif, Job, écoute-moi ; tais-toi et je t’enseignerai la SAGESSE ».
Et Job qui s’était écrié dans l’amertume de son cœur, en réponse aux sophismes de ses amis : « On dirait, en vérité, que le genre humain c’est vous, et qu’avec vous doit mourir la sagesse… Vous êtes tous des consolateurs fâcheux… mais je veux parler au Tout-Puissant, je veux plaider ma cause devant Dieu ; car vous, vous n’imaginez que des faussetés, vous êtes tous des médecins de néant ». Le malheureux Job, affaibli par la maladie, qui, en face du clergé officiel – ne pouvant offrir d’autre espoir que la nécessité de la damnation – se vit presque forcé par le désespoir à abandonner sa foi patiente, répond : « Ce que vous savez, je le sais aussi ; je ne vous suis point inférieur… L’homme né de la femme ! sa vie est courte, sans cesse agitée. Il naît, il est coupé comme une fleur ; il fuit et disparaît comme une ombre… Mais l’homme meurt, et il perd sa force ; l’homme expire, et où est-il ?… Car le nombre de mes années touche à son terme, et je m’en irai par un sentier d’où je ne reviendrai pas… Oh ! qu’on puisse plaider la cause d’un homme devant Dieu, comme on plaiderait celle de son prochain ! »
Job trouve quelqu’un qui répond à son cri d’agonie. Il prête l’oreille à la SAGESSE d’Elihu, le hiérophante, l’instructeur parfait, le philosophe inspiré. De ses lèvres austères coule le blâme pour son impiété en accusant l’Etre SUPRÊME des maux qui attristent l’humanité. « Dieu » dit Elihu, « est grand par sa puissance ; le Tout-Puissant ne viole pas la Justice, il rend à l’homme suivant ses œuvres : Dieu ne commet pas l’iniquité« .
Tant que le néophyte a été satisfait de sa propre sagesse mondaine, et de son irrévérencieuse opinion de la Divinité et de Ses desseins ; tant qu’il prête l’oreille aux pernicieux sophismes de ses conseillers, le hiérophante s’est tenu à l’écart. Mais, aussitôt que son esprit inquiet est préparé pour recevoir ses conseils et son instruction, la voix de l’hiérophante se fait entendre et il parle avec l’autorité de l’Esprit de Dieu qui le « presse » : « Loin de Dieu l’injustice, loin du Tout-Puissant l’iniquité !… Il ne respecte pas ceux qui se disent sages ».
Où trouverions-nous un meilleur commentaire du prédicateur à la mode qui « multiplie ses paroles sans les appuyer sur la connaissance » ! Cette superbe prophétie satirique, aurait pu être écrite pour représenter l’esprit qui prévaut dans toutes les sectes chrétiennes.
Job écoute la parole de sagesse, et alors le Seigneur lui répond depuis « le tourbillon » de la nature, la première manifestation visible de Dieu : « Sois attentif, Job, écoute-moi ! et considère les merveilleuses œuvres de Dieu ; car, par elles seules, tu connaîtras Dieu. Dieu est grand, mais sa grandeur nous échappe. Il attire à lui les gouttes d’eau, il les réduit en vapeur et forme la pluie (234d) ; non selon le caprice divin, mais en vertu d’une loi établie une fois pour toutes et immuable. Cette loi « transporte soudain les montagnes et elles ne le savent point ; elle secoue la terre sur sa base ; elle commande au soleil et il ne se lève pas ; elle met un sceau sur les étoiles ; … elle fait des choses grandes et insondables, des merveilles sans nombre... Voici, Il passe près de moi, et je ne le vois pas ; Il s’en va, et je ne l’aperçois pas ! (235d).
Et encore : « Qui est celui qui obscurcit mes desseins par des discours sans intelligence (236d) » demande la voie de Dieu, par Son porte-parole, la Nature. « Où étais-tu quand je fondais la Terre ? Dis-le si tu as de l’intelligence. Qui en a figé les dimensions, le sais-tu ?… Alors que les étoiles du matin éclataient en chants d’allégresse, et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie ?… Quand je dis à la mer : Tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas au-delà, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ?… Qui a ouvert un passage à la pluie pour qu’elle tombe sur une terre sans habitants ; sur un désert où il n’y a point d’hommes… Noues-tu les liens des Pléiades, ou détaches-tu les cordages d’Orlon ?… Lances-tu des éclairs ? partent-ils ? Te disent-ils : Nous voici ? (237d)
« Job répondit, alors, au Seigneur. » Il avait compris Sa volonté et ses yeux furent ouverts pour la première fois. La Sagesse Suprême descendit sur lui ; et si le lecteur demeure confus devant ce PETROMA final de l’initiation, Job, du moins, ou l’homme souffrant de sa cécité, se rend compte de l’impossibilité de prendre « le Léviathan en lui mettant un hameçon dans les narines ». Car le Léviathan c’est la SCIENCE OCCULTE, sur laquelle on peut mettre la main mais rien de plus, dont Dieu ne cherche point à cacher la puissance et les « harmonieuses proportions ».
« Qui soulèvera son vêtement ? Qui pénétrera entre ses mâchoires ? Qui ouvrira les portes de sa gueule ? Autour de ses dents habite sa terreur. Ses magnifiques et puissants boucliers (écailles) sont unis ensemble comme par un sceau ? Ses éternuements font briller la lumière ; ses yeux sont comme les paupières de l’aurore. » « Il laisse après lui un sentier lumineux« , pour celui qui a le courage de l’approcher. Alors, de même que lui, « il regardera avec dédain tout ce qui est élevé, car il n’est roi que pour les enfants de l’orgueil (238d). »
Job s’humilie et répond avec modestie :
Je reconnais que tu peux tout,
Et que rien ne s’oppose à tes pensées.
Quel est celui qui fait parade de sagesse cachée ? –
Dont il ne sait rien ?
Des merveilles qui me dépassent et que je ne conçois pas.
Écoute-moi, et je parlerai ;
Je t’interrogerai, et tu m’instruiras.
Mon oreille avait entendu parler de toi ;
Mais maintenant mon œil t’a vu.
C’est pourquoi je me condamne et je me repens,
Sur la poussière et sur la cendre (239d).
Il reconnaît son « champion » et est assuré que l’heure de sa justification a sonné. Aussitôt le Seigneur dit à ses amis : (« les prêtres et les juges », Deutéronome XIX, 17) « Ma colère est enflammée contre toi et tes deux amis ; parce que vous n’avez pas parlé de moi avec droiture, comme l’a fait mon serviteur Job ». Le Seigneur rétablit alors Job dans son premier état, et lui accorda le double de tout ce qu’il avait possédé. »
Au cours du jugement, le trépassé appelle à son secours les quatre esprits qui président au Lac de Feu, et il est purifié par eux. Il est, alors, conduit à sa demeure céleste, oh il est reçu par Athar et Isis, et il se tient devant Atum (240d) le Dieu essentiel. Dès ce moment il est Turu, l’homme épuré, un esprit pur, et il sera dorénavant On-ati, l’œil de feu, et l’associé des dieux.
Les Cabalistes comprenaient parfaitement le sublime poème de Job. Tandis que beaucoup d’Hermétistes étaient des hommes profondément religieux, dans le fond de leur cœur – comme les cabalistes de toutes les époques – ils étaient les ennemis acharnés du clergé. Combien vraies étaient les paroles de Paracelse, lorsque, harcelé par les persécutions et les calomnies, méconnu de ses amis et de ses ennemis, vilipendé par le clergé et par les laïques, il s’écrie :
« O vous tous de Paris, de Padoue, de Montpellier, de Salerne, de Vienne et de Leipzig ! vous n’êtes pas des instructeurs de la vérité, mais des confesseurs de l’erreur. Votre philosophie est un mensonge. Si vous voulez savoir ce qu’est réellement la MAGIE, cherchez-le dans l’Apocalypse de saint Jean… Puisque vous ne pouvez pas prouver vous-mêmes vos enseignements au moyen de la Bible et de la Révélation, mettez un terme à vos farces. La Bible est la clé et le véritable interprète. Saint Jean, de même que Moise, Elie, Enoch, David, Salomon, Daniel, Jérémie et tous les autres prophètes, était un magicien, un cabaliste et un devin. Si aujourd’hui un de ceux que je viens d’énumérer, ou même eux tous, étaient encore de ce monde, je ne doute pas que vous en feriez un exemple dans votre infâme abattoir ; vous les immoleriez sur place, et si cela vous était possible, le Créateur de toutes choses aussi !!! »
Paracelse a fait la preuve pratique qu’il avait appris quelques choses mystérieuses et utiles dans l’Apocalypse et d’autres livres de la Bible, de même que dans la Cabale ; et cela est tellement vrai, que beaucoup lui ont décerné le titre de « père de la magie et fondateur de la physique occulte de la Cabale et du magnétisme (241d) ».
La croyance populaire dans les pouvoirs surnaturels de Paracelse était si bien enracinée, que la tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours parmi les naïfs Alsaciens, qu’il n’est point mort, mais qu’il « dort dans sa tombe » à Strasbourg (242d). Et ils se murmurent, souvent, à l’oreille que le gazon se soulève à chaque respiration de cette poitrine lasse, et qu’on entend de profonds soupirs quand le grand philosophe du feu se rappelle les criantes injustices qu’il a endurées de la part de ses cruels calomniateurs, pour l’amour de la grande vérité !
On verra, par ces nombreux exemples, que le Satan de l’Ancien Testament, le Diabolos ou Diable des Evangiles et des Epîtres des Apôtres, n’est que le principe antagoniste dans la matière, qui y est nécessairement lié, et qui n’est pas mauvais dans le sens moral du terme. Venant d’un pays persan, les Juifs apportèrent avec eux la doctrine des deux principes. Ils n’ont pas pu introduire l’Avesta, puisque celui-ci n’était pas encore écrit. Mais ils (nous voulons dire les Asidiens et les Pharsis) investirent Ormazd du nom secret de יהוה, et Ahriman du nom des dieux du pays, le Satan des Hittites, et le Diabolos, ou plutôt Diobolos des grecs. L’église primitive, ou tout au moins la partie Paulinienne, les Gnostiques et leurs successeurs raffinèrent encore ces notions ; et l’Eglise Catholique les adopta et les adapta, après avoir passé par le fil de l’épée ceux qui les avaient promulguées.
L’Eglise Protestante est une réaction de l’Eglise Catholique Romaine. Elle n’est, nécessairement, pas cohérente dans toutes ses parties, mais bien un prodigieux amas de fragments, tournant autour d’un centre commun, s’attirant et se repoussant mutuellement. Certaines parties suivant le mouvement centripète sont poussées du côté de Rome, ou du moins vers le système qui permit l’existence de l’ancienne Rome ; d’autres sont renvoyées sous l’impulsion centrifuge, et cherchent à atteindre la grande région éthérée au-delà de l’influence Romaine, voire même chrétienne.
Le Diable moderne est leur principal héritage de la Cybèle romaine, « Babylone, la Grande Mère des religions abominables et idolâtres de la terre ».
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