LE DÉSIR

Tant et aussi longtemps que les efforts de l’homme seront exclusivement dirigés vers l’élimination des effets de l’action plutôt que sur leur cause, il sera lié à la roue du changement et ses efforts pour éliminer les passions et les habitudes de vie qu’il a formées de façon à surmonter les limitations du plan physique n’auront que peu d’effet. Ce n’est que de temps à autre qu’il prend pleinement conscience du fait que sa principale tâche est de changer la nature des désirs qui excitent ses passions et ses appétits, et qui limitent ses efforts en vue de maîtriser l’action. Le principe du désir sous-tend toute action, qu’il s’agisse du mouvement d’une planète sur son orbite ou du désir de satisfaire un appétit quelconque, et ce n’est que dans la mesure où l’homme peut modifier la nature, la substance même de ses désirs, qu’il peut changer ce qui le caractérise.

Le principe du désir a été si longtemps associé à l’action de ce principe en ce qui concerne les choses matérielles que souvent l’on perd presque entièrement de vue son interprétation plus large. En dernière analyse, il s’agit du pouvoir d’attraction, de l’amour. Si vous examinez le sujet et analysez les effets de l’action de ce principe en retraçant une action jusqu’à son point d’origine, vous verrez que c’est parce que vous aimez l’idée ou l’idéal d’une chose ou d’un objet que vous mettez quelque effort à l’atteindre.

Cet amour peut être caché si loin dans votre conscience que vous n’êtes peut-être pas conscients que c’est la première cause de l’effort que vous faites, mais il est là. C’est en raison d’une certaine impulsion de l’énergie interne d’attraction – de l’amour –, qui vous incite à l’action et qui fait partie de votre propre nature divine, que vous êtes capables d’atteindre un objectif ou encore d’attirer à vous une chose ou un objet qui est un symbole matériel de la force de pensée mise en action par votre désir.

Atteindre vos désirs et la satiété qui s’ensuit clôt le cycle ouvert par la première impulsion du désir spécifique qui vous a incités à l’action dans ce domaine particulier. Comme toute vie, toute action, se meut en spirale. Ainsi lorsque la ronde – ou le cycle – de ce désir précis est complétée, une autre impulsion de la même énergie vous pousse à l’action dans un domaine plus élevé, c’est-à-dire vous force à suivre un désir d’une nature plus élevée.

Vous voyez fréquemment un exemple de ceci dans le cas des personnes qui ont passé le mitan de leur cycle de vie. C’est une idée généralement acceptée que le changement dans la nature des désirs qui s’étaient jusque-là manifestés chez les hommes et les femmes est entièrement dû à la perte du pouvoir de répondre à ces désirs, mais ce n’est pas du tout le cas pour tout le monde. Plusieurs enroulements ou rondes de la spirale de leur cycle de vie peuvent avoir été complétés et les désirs pressants qui guident leur conduite plus tard dans la vie s’être élevés sur l’échelle. Les motivations et les ambitions qui dominent leurs efforts peuvent avoir entièrement changé, les poussant à entreprendre des projets dans des domaines d’une nature beaucoup plus élevée qu’auparavant. Les lois d’évolution prévoient ces changements et les provoquent même, lorsqu’ils ne sont pas contrecarrés par la convoitise insatiable pour les choses inférieures de la vie, car le désir, tout comme n’importe quel autre principe, possède deux pôles d’action, et le pôle négatif du désir est la luxure.

Le « feu créateur » est le principe fondamental de la vie dans chaque atome de manifestation. Il est à la mesure de l’air que vous respirez, de la nourriture que vous mangez et de l’eau que buvez, et il est concentré dans les organes reproducteurs de toute vie organisée.

Chacune de vos inspirations vibre avec exactement la même force que celle qui vous a amenés dans ce monde matériel. La force d’évolution et la force créatrice sont une seule et même chose. C’est cette force qui incite l’esprit d’un enfant à investiguer les mystères de son être et qui, si elle est mise en action par le principe du désir, éveille sa curiosité à l’égard des choses que l’on qualifie généralement d’indécentes et viles.

S’il n’y avait aucun mystère entourant le sujet de la conception et de la naissance, et que les dangers de la masturbation et de la luxure étaient clairement et simplement expliqués aux enfants, au même titre que le danger d’être brûlé par le feu, les crocs empoisonnés du serpent du désir inférieur se retireraient. Au lieu de se complaire et d’encourager secrètement les autres à accomplir des actes mauvais et nocifs, l’impulsion contraire serait irrésistible chez un enfant normal.

C’est l’utilisation que nous faisons des forces ou des produits de la nature qui déterminent si leurs résultats seront bons ou mauvais.

Si le véritable but de l’abstinence ou du célibat était pleinement compris comme étant nécessaire pour conserver et concentrer la force vitale, l’essence de vie, à l’intérieur d’un espace moins grand (exactement comme tout gaz ou liquide peut être concentré dans un but précis), le sujet pourrait être ouvertement et intelligemment discuté au lieu d’être entouré de toutes sortes d’interdits comme c’est le cas présentement, et l’action de ceux qui s’efforcent de se développer grâce à la maîtrise de soi pourrait difficilement susciter quelque commentaire que ce soit. Ce serait si évidemment naturel et désirable que cela ne donnerait lieu à aucune controverse, et le danger de céder à la tentation de disséminer l’essence de vie serait grandement réduit.

Le disciple intelligent de la Grande Loge Blanche sait qu’il ne peut à la fois gaspiller les forces de vie et les conserver pour les utiliser en vue d’obtenir pouvoir et développement spirituel. Il sait que le processus alchimique élevé qui consiste à transmuter la matière grossière en énergie pure est dans l’ordre des possibilités pour lui. Il sait aussi qu’obtenir le pouvoir d’atteindre ces résultats relève de sa capacité de faire les sacrifices exigés par la loi universelle. Mais il doit savoir qu’il y a un bon et un mauvais moment pour faire de semblables sacrifices. Il n’a pas le droit de sacrifier un autre être humain. Il n’a pas le droit de faire ce sacrifice à la demande d’un autre être humain. Son propre Soi Supérieur doit être l’arbitre en cette matière. Il doit éloigner de lui la fausse croyance que le célibat et l’abstinence ne sont que des questions de moralité et, par conséquent, sujettes à changer selon les époques, car en fait il s’agit de questions de physique, de chimie, d’affinité alchimique et de changements dans la construction de la forme.

Béni est celui qui, connaissant la différence entre le bien et le mal, choisit le bien parce que son but est sage plutôt que parce qu’il a peur du mal.

Nous aimerions dissiper une fois pour toutes l’idée fausse que tout véritable Initié est opposé au mariage entre des disciples qui tentent de vivre une vie naturelle et normale. C’est l’abus des droits et privilèges que nous condamnons, ainsi que les mariages entre personnes mal assorties ou antagonistes du point de vue astrologique, ou entre celles qui sont mentalement et physiquement inaptes à propager la race humaine. Je vous prie de vous méfier du pseudo-occultiste qui prétend vous conseiller en ces matières. C’est l’œuvre du diable lui-même que font certains individus de cet acabit.

Il doit inévitablement venir un moment dans l’une des vies d’un disciple où les désirs et les passions de nature inférieure doivent finalement être assujettis s’il espère acquérir la maîtrise de soi essentielle au développement spirituel, mais il n’aura aucun doute à ce sujet, car son Soi Supérieur répétera très clairement les avis donnés par son responsable. Le « Y » pythagoricien, inversé, symbolise les deux chemins que le disciple marié ou voué au célibat peut parcourir jusqu’au point où les deux s’unissent pour former le sentier où « ils ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges1 » – des Maîtres – sans rapports sexuels et parfaits.

1 – N.D.É. Évangile de Matthieu 22 30.

HILARION - Temple 3 - Leçon 411
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