Dans l’esprit de l’homme moyen du XIXe siècle, l’expression « Centre de l’Être » n’a aucune signification précise, sauf peut-être celle d’une vague abstraction, un « point métaphysique » indescriptible et sans aucune réalité. La recherche analytique a posé comme principe l’existence de ce point en tant que point d’appui ou levier nécessaire pour soutenir les nombreuses théories avancées concernant l’évolution de la vie. Les étudiants du mysticisme ont élaboré autour de ce point de bien grands édifices qui, au premier contact d’une main compétente, se sont tous inévitablement écroulés comme autant de châteaux de cartes. Le véritable « Centre de l’Être » n’est ni sensation, ni pensée, ni volonté, ni conscience non plus, mais il se tient derrière et à l’intérieur de chacune de ces dernières, dans le « Soi » – ou l’Ego –, dans le « Moi et le Père nous sommes un.1 » du Maître Jésus, dans « le Dieu à l’intérieur de tous les hommes et en toutes choses ». En quelque point que nous soyons dans l’univers, nous sommes tous également proches de ce « Centre » que les mystiques orientaux appellent « Êtreté ».
C’est une chose difficile pour l’esprit non entraîné de saisir cette grande vérité. On s’attache à une qualité au détriment des autres, alors qu’en réalité et en dernière analyse toutes sont égales, et c’est l’utilisation que l’on fait de chacune qui détermine sa position, élevée ou basse. Tant qu’une âme n’a pas atteint un certain seuil d’évolution et que le mental cérébral n’a pas établi de corrélation avec ce dernier ou avec un état correspondant d’évolution de l’âme – car, rappelez-vous ce que j’ai dit auparavant : vous ne pourrez pas considérer correctement ces vérités métaphysiques sans utiliser la « Triple Clef » –, il est impossible de saisir la « Grande Réalité Une », la « Source » de toute véritable paix et de tout véritable bonheur.
L’étudiant négligent peut croire que chaque être porte en lui-même un « Centre » séparé. Toutefois, ces étudiants ont soit oublié ou soit n’ont jamais su que la « Grande Réalité » se reflète dans toutes choses ou personnes créées – tout comme la lune qui possède le même nombre de reflets qu’il se trouve de surfaces réfléchissantes –, et que la cause de toutes les divergences d’opinions réside dans le fait que le « Soi » (ou l’Ego) de chacun s’est identifié à l’un de ces reflets plutôt qu’au « Soleil Spirituel Central » – le « Soi véritable » ou « véritable Ego » de tous – et qu’il s’acharne à accroître le pouvoir de séparation plutôt que le pouvoir d’agrégation des âmes.
L’immense pouvoir des forces d’évolution actuellement à l’œuvre dans la préparation d’une nouvelle race ou d’une nouvelle humanité est si peu compris – et quand il est compris, si souvent utilisé à des fins indignes en raison soit d’idées fausses ou soit de motifs corrompus –, qu’il revient à tous ceux qui en ont acquis une connaissance, même superficielle, de non seulement maintenir bien en main le « Centre vital de leur Être », mais aussi de faire tout leur possible pour enseigner aux autres à faire de même.
Parmi une certaine catégorie de gens qui ont permis au mental cérébral d’abrutir et de presque atrophier le véritable « Centre du cœur », c’est presque devenu une croyance généralisée que la conscience en l’homme appartient entièrement au plan du mental. Plusieurs d’entre eux, aussi bien que d’autres qui n’ont jamais établi comme pratique d’écouter ou d’obéir à cette voix intérieure, s’exclament fréquemment : Je ferais ce qu’il faut si seulement je savais comment. Je ne peux me développer sans aide. » Dans le cœur de chaque être humain normal réside, cachée, la porte qui mène à la porte du Temple. Toute personne qui frappe à cette porte avec un désir sincère, qui entre dans le silence et qui écoute, entendra la réponse à toutes ses questions dans la mesure où ses questions seront en rapport avec le besoin immédiat de l’âme. Plusieurs ont rabaissé cette « petite voix silencieuse » ou se sont découragés parce que le plan entier de leur évolution individuelle n’a pas été étalé ouvertement et dans sa totalité devant les yeux de leur esprit, oubliant qu’aucun homme ne peut manger aujourd’hui la nourriture qui soutiendra son corps demain. « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien.2 », s’est écrié le Grand Maître. Lorsque nous atteignons le point où nous sommes parfaitement d’accord pour « former une feuille à la fois », nous avons fait un grand progrès. Une intense soif de croissance a détruit plus de vignes humaines que n’importe quel manquement à une loi ; car le feu produit par cette soif projette sur le sentier une explosion de chaleur qui détruit petit à petit le tendre brin d’herbe qui tente d’émerger du sol où il a été planté.
La « Grande Force Maîtresse » – le « Christ », le « Pouvoir du Sacrifice », le « Centre de l’Amour », le « Centre de la Vie » –, par une direction du pouvoir d’attraction et une génération incessante, attire continuellement à elle chaque atome en manifestation qui appartient au Grand Temple de l’Humanité. Elle le transmute, le soupèse et le place dans une position juste, là où la pure Lumière Blanche pourra briller directement – plutôt que d’une manière oblique – dans le cœur de l’homme, et là où pourra émerger dans la raison aussi bien que dans l’intuition, au lieu d’un reflet déformé, la « Grande Réalité Une » – le « Centre de l’Être ».
Tant que l’homme exerce son pouvoir de répulsion, ce grand mariage de l’âme ne peut avoir lieu. Et ce pouvoir, l’homme l’exerce dans chaque action qui blesse son prochain en pensée, en parole ou en action, et également chaque fois qu’il refuse d’entendre la voix de son Dieu intérieur – qui doit toujours lui parler d’abord à travers sa conscience ou encore lorsqu’il a appris, de bien des façons, à obéir et à endurer.
Mon cœur est avec vous, chers enfants, dans des vagues d’amour et de compassion toujours grandissantes. Rapprochez-vous les uns des autres, rapprochez-vous de moi, et n’oubliez jamais que je suis dans le Grand Maître et qu’il est en moi, et que nous pouvons tous devenir « un » en ce « Centre » comme ce « Centre » est « un » en Dieu.
Ne craignez jamais la vraie prière, car la vraie prière est communion avec l’Infini. Il serait bon pour vous que vous reconnaissiez le fait que la vraie méditation est prière ; pas une vaine répétition de mots vides, mais plutôt une grande effusion d’amour au « Centre de tout ce qui est », lequel vous ramènera, depuis le sommet de sa vague, les premiers échos du chant de la vie.
1 N.D.É. Évangile de Jean 10 30.
2 N.D.É. Évangile de Matthieu 6 11.
HILARION - Temple 3 - Leçon 456


