Tant que l’âme de l’homme n’a pas atteint le point d’équilibre – le centre de conscience équilibrant –, cet homme demeure un animal sans but, à la dérive, heureux lorsqu’on le caresse tendrement ; colérique et parfois vicieux lorsque la main est plus ferme ; amical, agréable, égoïstement désintéressé lorsqu’il est amusé, flatté ou adoré ; amer, vengeur et souvent cruel lorsqu’il est ennuyé, ignoré ou maltraité.
Les qualités les plus vives de ces revirements ont été engendrées par les « paires de contraires » au sein de son âme animale. Tant que le changement qui élèvera cette âme animale au niveau de l’environnement de l’âme humaine n’aura pas lieu, il n’y aura que peu d’opportunités de croissance rapide, car c’est dans l’environnement de l’âme humaine que sont emmagasinées les forces et phases supérieures de ces mêmes qualités et que sont accumulés les effets élevés de l’action de la « loi des contraires », proportionnellement aux efforts fournis pour des réalisations quotidiennes ou annuelles.
Bien avant que l’enfant n’atteigne la maturité, il commence à réaliser que le plaisir et la souffrance peuvent se suivre très rapidement.
Les émotions violentes dans une direction sont rapidement suivies d’émotions tout aussi violentes dans une autre direction. Une joie extatique est l’avant-coureur d’un spectre lugubre de douleur ; alors que les années passent les unes après les autres, l’homme commence à accueillir chaque grande joie avec une peur sous-jacente, et cette peur est généralement justifiée. Les périodes entre la joie et la peine sont rallongées et, entre cette joie et le chagrin, l’âme est poussée à la réflexion et à assimiler selon le cas les résultats de ceux-ci. Puis vient une longue période pendant laquelle les joies de la vie n’apparaissent plus que rarement, elles sont moins vives et très temporaires, alors que le chagrin semble interminable. L’homme perd la faculté de s’extasier, ses joies ne sont plus que des choses sans relief, et les périodes de prudence, d’anxiété et de peur deviennent de plus en plus longues. Finalement, même le chagrin perd son pouvoir accablant, la peur est noyée dans l’indifférence et la joie réelle ne vient plus jamais s’attarder dans sa demeure pour une quelconque période de temps.
Ceci est l’histoire de la vie ordinaire, une vie sans but spirituel défini. Mais l’histoire de l’homme qui vit de cette façon ne peut être décrite en des termes aussi simples, pas plus que ne sont identiques les résultats de ses expériences, bien que ces dernières puissent être similaires. Pour l’observateur moyen, les différences peuvent ne pas être évidentes. Elles résident pourtant dans le fait que lorsque l’homme en question atteint le point de son cycle de vie où les périodes rallongées entre la joie et la peine lui laissent du temps pour réfléchir, pour se pencher sur les fruits de ses expériences et les assimiler, il obtient un aperçu du grand but derrière toutes ces fluctuations et comprend qu’il est nécessaire que leur écart s’accroisse ainsi. Il voit que lorsque le pendule de son horloge de vie cessera son mouvement, viendra un moment de repos et de silence opportun pour la venue du « Saint- Esprit » – l’Illuminateur –, celui par qui, uniquement, seront révélés les vastes mystères de la vie.
Le but de la vie deviendra alors clair pour lui.
Il saisira que le pendule peut atteindre le repos et l’équilibre sans que l’horloge ne soit détruite, et que cette dernière pourra être redémarrée à volonté. Il consacrera par conséquent son temps et ses efforts à obtenir le contrôle pour gouverner véritablement sa propre vie plutôt que de permettre à celle-ci d’être contrôlée par les forces élémentales de vie ainsi que par les sens et les émotions.
Finalement, il découvrira qu’il peut réaliser un meilleur travail pour le monde – et incidemment pour lui-même – s’il peut demeurer indéfiniment dans cet état d’équilibre. Il transfert ainsi son énergie de vie vers un plan supérieur et ce, consciemment, alors que le premier type d’homme dont nous parlions précédemment est le jouet de forces qui le contrôlent et le contrôleront jusqu’à la fin de sa vie, et même au-delà.
L’effet ultime d’une action est déterminé par le motif, l’objectif de l’acte, aussi faible en importance que cet effet puisse paraître. Plus le but est désintéressé et orienté vers l’humanité, plus il est grand et plus dure sera la bataille avec les « paires de contraires » ; et pourtant, sans les victoires remportées lors de ces batailles, l’homme ne pourrait jamais s’élever au-dessus de la manifestation de l’animal qu’il était avant l’incarnation des « Fils du Mental ».
Aussi, au lieu de regarder ces « paires de contraires » comme d’inutiles et cruels instruments de torture fabriqués par un Dieu en colère – ainsi que l’homme est tenté de le faire –, il devrait s’efforcer de prendre du recul lorsqu’il est la proie de souffrances diverses et réaliser que, dans leur ensemble, elles sont bénéfiques, utiles et bonnes.
HILARION - Temple 2 - Leçon 159


