Le bien ne se trouve qu’en Dieu et nulle part ailleurs

  1. Hermès : Le Bien, Asclépios, n’est nulle part ailleurs qu’en Dieu ; plutôt, Dieu est de toute éternité le Bien. En conséquence le Bien est nécessairement la base et l’essence de tout mouvement et de tout devenir : rien n’existe qui en soit dépourvu. Le Bien est entouré d’une Force statique de Manifestation, en équilibre parfait : la Plénitude totale, la Source Universelle, l’Origine de toutes choses. Car lorsque je nomme « Bien » ce qui suffit à tout, j’entends le Bien éternel et absolu.
  2. Or cette propriété n’est à personne d’autre qu’à Dieu. Car il n’est rien qui lui manque, de sorte qu’un désir de possession ne peut l’avilir ; il n’est rien qu’il saurait perdre et dont la perte puisse l’affliger (car souffrance et douleur font partie du mal) ; il n’est rien de plus fort que Lui et qui puisse lutter contre Lui (car plus qu’il n’est conforme à Son essence qu’il soit possible de lui faire injure) ; rien ne Le surpasse en beauté et ne peut donc l’enflammer de l’amour des sens ; rien ne peut Lui refuser obéissance et ainsi exciter son courroux ; il n’est rien qui soit plus sage que Lui et qui puisse éveiller Son envie.
  3. Aucun de ces mouvements émotionnels ne se trouvant donc dans l’Être Universel, il n’y a rien en Lui que le bien. Et de même qu’aucune autre propriété ne se trouve en un tel Être, de même le Bien ne se trouve en personne d’autre.
  4. Car toutes les autres propriétés se trouvent dans tous les êtres, petits ou grands, en chacun d’une manière particulière et même dans le Monde, le plus grand et le plus puissant de toute la vie manifestée : or tout ce qui est créé est plein de souffrance puisque la génération même est une souffrance. Là où est la souffrance (pathos), le Bien est incontestablement absent. Là où est le Bien, aucune souffrance n’existe, incontestablement. Car là où est le jour, il n’y a pas de nuit et là où est la nuit, il n’y a pas de jour. C’est pourquoi le Bien ne réside pas dans le créé mais seulement dans l’incréé. Mais la matière de toutes choses étant une part de l’incréé, elle est aussi, comme telle, une part du Bien. En ce sens le Monde est bon : en tant qu’il produit aussi toutes choses, comme tel il est bon. Mais sous tous les autres rapports il n’est pas bon : parce qu’il est lui aussi sujet à la souffrance, qu’il est changeant et qu’il est Mère de créatures soumises à la souffrance.
  5. Quant à l’homme, il arrive à des normes de bonté par comparaison au mal. Car ici-bas ce qui n’est pas trop mauvais vaut comme bon, et ce qui est jugé bon est un moindre mal. Il est donc impossible que le bien, ici-bas, ne soit pas entaché de mal. Le bien, ici-bas, est toujours touché par le mal et cesse d’être le bien. C’est ainsi que le bien dégénère en mal. Donc le bien est en Dieu seul, oui, Dieu est le bien.
  6. Chez les hommes, Asclépios, le bien n’existe que de nom et nulle part en tant que réalité : ce qui serait d’ailleurs impossible. Car le Bien ne peut trouver de place dans un corps matériel en proie de tous côtés aux tourments, aux tensions insupportables, aux douleurs et aux désirs, aux instincts, aux erreurs et aux perceptions des sens.
  7. Mais le pire, Asclépios, c’est que tout ce vers quoi les choses que j’ai citées poussent les hommes, est considéré ici-bas comme le plus grand bien et non comme le mal extrême. Le désir instinctif du ventre, cause de toutes les actions mauvaises, voilà l’erreur qui, ici-bas, nous tient éloignés du Bien.
  8. C’est pourquoi je remercie Dieu de ce qu’Il a révélé à ma conscience la connaissance du Bien, qu’il est impossible de trouver dans le monde. Car le monde est empli de la plénitude du mal, comme Dieu de la plénitude du Bien, ou le Bien de la plénitude de Dieu.
  9. Autour de l’Essence divine rayonne la Beauté qui, en vérité, habite l’être de Dieu en pureté suprême et immaculée. Osons le dire, Asclépios, l’être de Dieu, s’il est permis d’en parler, c’est le Beau et le Bien.
  10. Le Beau et le Bien ne se trouvent pas en ceux qui sont dans le monde. Toutes choses perceptibles à l’œil sont des apparences, semblables à des ombres. Mais tout ce qui échappe aux sens approche le mieux l’essence du Beau et du Bien. Et l’œil, de même qu’il n’a pas le pouvoir de voir Dieu, ne voit pas non plus le Beau et le Bien. Le Beau et le Bien sont, en toute perfection, une partie de Dieu, de Lui et de lui seul en propre, inséparables de Son Essence et l’expression du plus haut Amour de Dieu envers Dieu.
  11. Si tu peux comprendre Dieu, tu comprendras aussi le Beau et le Bien, dans la suprême splendeur de leur rayonnement, entièrement illuminés par Dieu. Car cette Beauté est incomparable, cette Bonté, inimitable, comme Dieu lui-même. Dans la mesure où tu comprends Dieu, tu comprends aussi le Beau et le Bien. Ils ne peuvent se transmettre à d’autres êtres parce qu’ils sont inséparables de Dieu.
  12. Quand tu cherches Dieu, tu cherches également le Beau. Car il n’y a qu’une seule voie qui puisse y revenir : une vie d’action au service de Dieu à la main de la Gnose.
  13. De là vient que ceux qui sont sans Gnose et ne suivent pas le Chemin fructueux en Dieu, osent nommer l’homme beau et bon, lui qui n’a jamais vu, même en rêve, ce qu’est le Bien, lui qui est sous l’emprise de toutes espèces de mal, qui prend le mal pour le bien, qui s’empare du mal sans jamais s’en rassasier, craignant qu’on le lui dérobe et luttant de toutes ses forces pour le conserver, et même l’augmenter.
  14. Ainsi en est-il, Asclépios, de la bonté et de la beauté humaines. Nous ne pouvons ni les fuir ni les haïr, car le plus dur est qu’elles nous sont nécessaires et que nous ne saurions vivre sans elles.
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