L’AMOUR DIVIN

Que vaut un théorème d’Euclide pour l’étudiant qui se tord de douleur parce qu’il vient de se briser une jambe ? Que valent un traité sur la constitution de la matière, ou sur les courants d’énergie qui circulent dans les centres auriques, pour le disciple dont l’âme affamée n’est plus qu’une immense aspiration vers l’amour et le contact divins ? Ce n’est pas que ce disciple soit intellectuellement incapable de saisir la connaissance qu’il reçoit ainsi et de reconnaître sa valeur, mais le gouffre profond que son désir a créé entre son intellect et son cœur est devenu temporairement infranchissable. En effet, le besoin d’union avec son Être Supérieur est devenu infiniment plus grand pour sa conscience que le besoin de bouillie mentale. Son âme a plus besoin de nourriture que son intellect n’a besoin de stimulation ou de satisfaction. Si précieuses que ces connaissances puissent être pour lui à d’autres moments, lorsque son aspiration vers le divin le possède, elles deviennent non seulement sans valeur, mais nuisibles.

Les habitants de ce monde entrent dans une période de réaction au stress et à la fatigue des travaux intellectuels. Le matérialisme et les autres « ismes » du même acabit sont sortis de leur sommeil il y a environ un quart de siècle, ont passé le point central de leur durée pour le présent cycle, et, dans leur agonie, ravivent de toujours nouvelles faim et soif de vertu, d’amour divin, du « visage du Père ». Ils ont beau refouler ce besoin tant qu’ils le peuvent, le combattre ou essayer de le satisfaire avec une diète matérielle ou mentale, les âmes des hommes n’en crient qu’avec plus de persistance jour après jour. Finalement, le ciel même est rempli de ces plaintes, et la demande formulée ainsi peut alors recevoir une réponse et être satisfaite. Nous devons désirer une chose en particulier plus que nous désirons l’ensemble de toutes les autres, et être prêt à sacrifier tout le reste pour cette seule chose, avant que notre demande puisse acquérir suffisamment de puissance pour forcer sa manifestation.

Pour l’homme d’affaires, l’incapacité des choses matérielles à lui fournir une satisfaction devient atroce. L’horizon en perpétuel rétrécissement du scientifique ou de l’universitaire moyen laisse son âme en quelque sorte écrasée entre les pages d’un livre. Cette pauvre âme mal nourrie peut posséder de la profondeur et de la largeur de vue, mais elle n’a pas d’épaisseur, c’est-à-dire pas de place pour s’étendre, pas d’espace dans lequel des choses vivantes pourraient croître et fleurir, et qu’elles pourraient remplir de beauté, de joie et de contentement. Lorsque la longue, très longue histoire de cette vie sur Terre sera racontée, il n’y aura rien qui vaille la peine d’être conservé pour servir au but ultime – c’est-à-dire la réunion avec la grande Vie Père-Mère qui nous a donné la vie par son amour et nous soutient dans notre espoir de voir un jour « Dieu face à face ». En passant, cette dernière phrase est une phrase mystique, car elle décrit la réunion de la matière et de l’esprit.

Prenez bien garde à la façon dont vous critiquez la foi de la plus humble créature qui vit avec le Dieu idéal qu’elle adore, que ce soit sa propre création ou qu’elle lui vienne d’ailleurs, parce que la perte de cette foi peut lui faire perdre aussi le pouvoir d’aimer. Cela peut durer quelques années, ou des milliers d’années.

Les gens mondains se moquent facilement de l’idée qu’une personne puisse aimer un principe spirituel. Ils pourraient tout aussi bien se moquer de la grande loi qui régit l’activité des eaux de la terre, du ciel et de la mer. La loi de la gravitation n’a pas plus l’effet de faire passer une seule goutte d’eau du firmament et de la terre au ruisseau, puis à la rivière et finalement à l’océan, que l’amour de Dieu d’éveiller et d’attirer à lui l’amour de l’homme. Au cours des jours d’épreuves qui arriveront très bientôt, et que la race humaine s’est attirés et s’attire encore, quand les voix de la justice, de la compassion et de la charité ne se feront plus entendre dans le pays, quand la force primera le droit et que chaque homme s’armera contre les autres hommes, le seul élément positif, la seule réalité vivante, qui conservera à la terre sa forme, et arrosera et conservera la graine de la nouvelle humanité, sera l’amour endormi de l’homme pour Dieu dans les cœurs des masses de l’humanité ; l’amour qui s’éveillera de ce long sommeil suite à ces souffrances, et qui, à son réveil, contemplera, comme dans un miroir, son propre beau et fort visage dans le visage de toutes les autres créatures, de toutes les autres choses.

Quelle importance a le nom que vous lui donnez, que ce soit Dieu, Amour, Attraction, Gravitation, Loi ou Vie ? Tous ces noms ne forment qu’un seul nom, tous ces mots ne forment qu’un seul mot. Les mortels ne peuvent prononcer ce mot, et on ne peut pas ajouter à ce nom la dernière lettre du dernier mot avant que la dernière chose manifestée ne soit à nouveau devenue la première, avant que la gueule du serpent n’ait englouti sa queue.

Ne condamnez pas votre voisin comme hypocrite parce que ses actions ne se conforment pas toujours à ses paroles, surtout lorsqu’il lui arrive de parler de l’amour de Dieu dans son cœur. Il est peut-être menteur, voleur, adultère, et tout ce que le monde considère comme mauvais. Mais en même temps, le merveilleux pouvoir endormi depuis longtemps, et qui n’a pas encore eu le temps de changer sa nature inférieure, peut s’éveiller dans son cœur. Si un électricien vous disait qu’une dynamo est capable de produire un certain voltage d’électricité, vous ne refuseriez pas de l’écouter en le critiquant durement. Si la question vous intéressait suffisamment, vous le laisseriez faire sa démonstration, et vous l’aideriez à organiser le système de production d’électricité afin de pouvoir en juger par vous-même. La dynamo humaine peut n’être capable de montrer qu’une petite partie du pouvoir de l’amour, mais le fait que votre voisin vous parle de l’amour de Dieu vous prouverait que cet amour peut s’éveiller, parce que nous ne pouvons pas imaginer une chose qui n’existe pas pour nous à quelque niveau de notre vie.

Le grand, le pire malheur de l’époque actuelle est qu’il semble être impossible de rassembler en une organisation efficace les divers groupes de gens qui travaillent dans le même but. Le phénomène « Judas » ou « Thomas » se manifeste invariablement dans tous les groupes, ce qui produit des doutes, des trahisons et finalement des conflits. Ce processus entraîne la formation de barrières entre ce groupe et tous les autres. Les diverses Églises nationales du monde conservent toutes des formes, des cérémonies et d’autres vestiges de la vérité éternelle, tout comme le font de nombreux groupes religieux et laïques. Si tous ces groupes pouvaient s’entendre, et se mettre d’accord ne serait-ce que sur un seul principe, l’histoire du monde serait changée en un instant. Mais le Désintégrateur ne cesse jamais de travailler, et il finira par causer une sorte de folie, qui fera que tous les hommes s’attaqueront aveuglément à tout et à toutes les personnes qu’ils verront. Lorsque cette période se terminera, alors arrivera l’autre période dont j’ai parlé – une période au cours de laquelle la faim du cœur – de Dieu – dominera tous les autres désirs. À ce moment-là, Dieu pourra à nouveau parler à l’homme dans le silence.

HILARION - Temple 1 - Leçon 36
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