À moins qu’on ne fasse du Temple un asile pour le persécuté, un endroit de repos pour la personne lasse, un refuge pour la personne sans domicile, sa mission sera un échec comme l’ont été les autres institutions fondées par les Maîtres ou les hommes. Le Temple doit être le lien entre l’homme et les grandes Hiérarchies qui gouvernent l’univers, sinon il sera pire qu’inutile. La recherche de connaissances scientifiques peut conduire le chercheur sceptique jusqu’au point où se termine la force matérielle. Il se trouve alors face à un abîme insondable. Ces recherches aboutissent presque immanquablement à un désir de gloire personnelle ou de richesse matérielle.
La vague de pessimisme qui balaie actuellement la Terre désacralise et détruit les idéaux élevés qui seuls peuvent permettre à l’être humain d’élever sa nature supérieure jusqu’au niveau où il est capable de saisir la vérité spirituelle. L’âme de l’homme se sent tous les jours plus affamée de cette nourriture qui seule peut la sustenter. Dans son ignorance, dans sa folle recherche pour satisfaire cette faim, l’être humain rejette la nourriture spirituelle qui l’avait auparavant satisfait et gardé vivant. Il devrait plutôt la retenir et attendre que les vannes du paradis soient ouvertes à nouveau comme elles l’ont été à certaines périodes – et alors y prendre une si grande provision d’amour désintéressé pour toute la race humaine que la faim devienne à jamais impossible.
L’amour est le seul élément à travers lequel nous pouvons voir clairement, sans distorsion. La haine déforme, magnifie ou rapetisse. La passion aveugle. L’amour véritable ouvre toutes grandes les portes de l’âme et permet à celui qui aime de voir tout ce qui est médiocre de même que tout ce qui est pur et beau en utilisant le pouvoir d’examiner et de classer, de distinguer correctement ce qui est passager de ce qui est permanent dans la vie de l’aimé, et de donner à chacun sa vraie valeur. Mais hélas ! Ce véritable amour est si peu compris, et déguisé sous les termes de diverses prétendues qualités. Il peut rappeler à certains l’image d’un portrait complexe, transcendant, brillant de beauté et de vérité célestes, mais, en dernière analyse, le véritable amour signifie « service dans le sacrifice ». Celui qui a atteint le pouvoir de l’amour n’utilise pas cet amour comme excuse à la familiarité ; il est incapable de s’introduire importunément dans la présence ou dans la vie de l’aimé. Il s’impose l’humilité du véritable service partout et à tout moment où l’occasion se présente. Il supporte avec patience les souffrances morales, se montre vraiment patient et confiant. Même s’il se réjouirait intensément de savoir que son amour est apprécié et payé de retour, il ne demande pas cette reconnaissance.
Il est impossible d’analyser ou de décrire le processus d’évolution qui permet d’atteindre ce sommet d’amour désintéressé. L’agonie de l’âme qui fait partie intégrante de ces sommets solitaires dont chaque néophyte des grands mystères doit faire l’expérience ; la lutte aveugle avec les démons qui lui barrent le chemin ; l’annihilation de ces personnalités élémentales pitoyables et implorantes qui crient des profondeurs de leur torture « Donne ! Donne ! Donne ! » – On doit non seulement rencontrer ces élémentaux et refuser de les satisfaire, mais aussi les faire périr sans passion, de façon délibérée et froide, pour faire place au Moi Supérieur désintéressé, car les lois de l’espace sont inexorables.
Ce jour d’aujourd’hui, aussi sublime soit-il, aussi plein soit-il, s’est levé sur les cadavres d’hier. Les années passées ne sont qu’une ligne interminable de cadavres. Le moment présent est tout ce que nous pouvons connaître de la vie, tout ce qui nous appartient vraiment.
Le combat éternel du non-manifesté pour ouvrir toutes grandes les portes de la vie et les traverser au moyen du manifesté pèse sur nous d’une façon qui peut paraître impitoyable; il nous vide de toute vitalité, fait blanchir nos cheveux et nous amène au bord de la rivière de la mort qu’il nous fait ensuite traverser. Nous devons mourir pour que la vie puisse s’exprimer plus parfaitement. Mais en définitive, cette vie, dans tous ses aspects, est la nôtre. Hier et demain ne sont que des incidents dans un cycle temporel. De même, le «J’étais » de notre Moi transitoire et le « J’arrive » du nouveau Moi qui se manifeste ne sont que des expressions particulières de l’éternel « Je suis ».
HILARION - Temple 1 - Leçon 16


