LA VOIE

« Nul ne vient au Père que par moi.1 » Voilà des mots étranges et incompréhensibles, sauf pour ceux, fort peu nombreux, qui ont pris la voie des Christs ou vont dans cette voie, et qui par conséquent ont une idée de l’objectif – le Père.

L’homme se force à fixer dans son esprit une hypothèse de travail concernant le mystère intangible, omniprésent et inexplicable de la Divinité dans laquelle « Nous vivons, bougeons et avons notre être2 ». Il est toutefois incapable de concevoir un idéal satisfaisant d’une existence sans forme, sans condition et sans limite, dans laquelle toutes les choses et toutes les créatures sont potentiellement ou actuellement vivantes. Par conséquent, tant qu’il n’a pas atteint un niveau de développement assez élevé, là où il s’approche le plus de la vérité, c’est lorsqu’il crée un idéal qui semble constamment s’éloigner, et qui, parce qu’il est intangible et changeant, ne le satisfait que peu de temps. Il ne comprend pas que même son insatisfaction à l’égard de ces idéaux indique qu’il fait beaucoup plus de progrès que lorsqu’il s’attachait à des idéaux moins changeants. C’est lorsqu’on fait un effort trop grand pour s’attacher à une conception limitée de la Divinité, comme on l’a fait dans le passé et qu’on le fait encore dans les religions traditionnelles et au sein de mouvements qu’on appelle la Nouvelle Pensée – c’est-à-dire créer des limites pour ce qui est sans limite –, qu’on fait le plus grand mal aux âmes idéalistes. Le fait de s’attacher avec persistance à un idéal de Dieu usé ou dépassé et de vivre dans la peur de perdre son Dieu si on ne s’y tient pas, alors qu’en réalité le grand Père-Mère qui réside dans son âme plaide pour s’exprimer davantage, constitue un triste obstacle pour l’homme.

C’est par crainte que l’homme commence à limiter Dieu. Lorsqu’il est dominé par la crainte plutôt que par l’amour, il crée un objet de culte ou de peur, qui agira comme des œillères pour son intelligence et sa compréhension. Nous pouvons facilement créer un idéal limité de la grande réalité dans la mesure où il touche ou est actif à l’intérieur de notre propre personne, de notre propre environnement ou de notre petite planète. Mais lorsque nous essayons de combiner deux ou plus de ces champs d’action, nous perdons le lien qui existe entre eux (l’espace vide seul est impensable), et nous ne voyons pas que dans le gouffre que nous venons de créer, la Divinité est aussi active que dans les formes visibles, et probablement davantage. Nous découvrons donc que nous sommes capables de retenir seulement une série de réflexions brisées plutôt qu’une seule réflexion composée, la seule divine réalité, dont la compréhension et l’acceptation nous donneraient une petite idée de la vérité et une meilleure compréhension du fait que les différents dieux que la majorité de la race humaine prend plaisir à honorer, ou à craindre intensément, ne sont que des réflexions brisées.

Il peut être utile à quelques-uns d’entre vous de se souvenir que, quel que soit le point dans la vie ou dans l’espace où notre conscience, nos pensées divines, est centrée, c’est ce point qui est le centre de l’univers pour nous. C’est là que notre Être Supérieur se trouve maintenant, c’est là qu’il a toujours été et qu’il sera toujours. Quand je parle d’un point ou d’un centre de ce genre, je parle du centre dans lequel notre conscience de nous-mêmes comme existence d’une vie individualisée s’est éveillée dans une activité triple, le désir, la volonté et l’esprit – les forces divines –, en d’autres mots, l’âme. La personne qui a conquis le pouvoir de fonctionner en conservant ses forces divines en équilibre est devenue un Sauveur – un Fils de Dieu – une partie de la voie.

Cela peut vous aider un peu si, dans votre méditation, vous pouvez demeurer conscient que dans chaque grain de terre, dans chaque goutte d’eau, dans chaque molécule de feu ou d’air, même invisible pour vous, il y a en action une quantité définie du Christos. Les couvertures extérieures ou les véhicules d’action de ces centres reçoivent et irradient le grand principe de vie, la grande énergie de vie, selon leur croissance et leur développement particuliers. Et même si les formes et les niveaux de puissance qui sont actifs dans chacun d’eux changent continuellement, les centres sont immuables, éternels – ils constituent en fait la substance du « sentier », la voie.

Essayez d’imaginer une sphère de lumière rayonnante, qui s’étend sans cesse, qui augmente sans cesse en puissance et en éclat, et qui rassemble tous les centres dont nous venons de parler, y compris votre propre centre qui n’a ni commencement ni fin – et dont les radiations sont l’amour, la sagesse, la puissance et la vérité –, en fait, la voie vers Dieu.

1 N.D.É. Évangile de Jean 14 6.

2 N.D.É. Actes des apôtres 17 28.

HILARION - Temple 1 - Leçon 73
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