LA VALEUR D’UN HOMME

Que l’étudiant fasse ses observations du point de vue de Dieu, de la Nature ou de circonstances fortuites, il doit être évident, même pour l’esprit d’un casuiste, que le pouvoir qui donne forme à la matière a décrété qu’aucune forme, qu’il s’agisse de celle d’un homme, d’une montagne ou d’une goutte d’eau, ne devait perdurer au-delà d’une certaine période prédéterminée. La loi de périodicité – un outil pour modeler la forme – est utilisée avec autant de perfection et de manière aussi inexorable pour déterminer la durée de vie d’une organisation humaine que pour déterminer celle d’un homme ou d’une amibe. Il n’existe qu’un seul outil plus important et supérieur à cette loi de périodicité susceptible d’être utilisé par la Divinité dans la forme d’un univers. Cet outil est la loi de service. Celui qui est suffisamment sage et humble pour le percevoir et tirer profit par cette perception de la méthode, du but et des résultats de l’action de ces deux lois sur la vie des autres peut, s’il le veut, modeler les circonstances de sa propre vie selon la nouvelle forme vaguement perçue à distance par son imagination. Cette forme lointaine est construite avec les outils de la Divinité décrits ci-dessus, à partir de la substance que l’homme a lui-même créé jour après jour, mais elle est élaborée selon un plan dont les détails sont jusqu’à présent au-delà de son pouvoir de perception. S’il peut se contenter d’avancer joyeusement et de manière désintéressée en créant la substance pour cette forme – sans faire de pause afin de mesurer la quantité créée ni se féliciter du succès de ses efforts ou, pire encore, tomber dans un état de désespoir relatif aux échecs apparents rencontrés dans cette activité de création –, il apprendra un jour qu’il aura été utilisé inconsciemment comme instrument pour créer les contreforts au sommet desquels il se découvrira lui-même, dressé, fixant le sommet de la grande chaîne de montagne qui se tiendra devant lui. Mais, c’est lorsqu’il aura atteint le sommet des premiers contreforts que viendra l’heure de sa première et véritable épreuve. Il devra alors apprendre qu’à moins d’avoir acquis le pouvoir d’équilibre qui lui permettra de se tenir droit et sans peur, par son seul soutien – le bâton inébranlable de l’humilité –, il devra irrémédiablement être renvoyé vers l’oubli ou quelque autre état indéterminé d’illusion.

Lorsque l’astre de la vie d’un homme est sur une course ascendante, lorsqu’il a atteint le sommet des premiers contreforts, la valeur de cet homme est déterminée par les pouvoirs qui règlent et dirigent son évolution. Il dépendra entièrement de la vision qu’il aura pu saisir de la plaine qui l’entoure et de la localisation de la prochaine colline sur laquelle il devra monter s’il doit jamais être capable d’atteindre une plus haute altitude, un plus haut degré de connaissance et de pouvoir dans son présent cycle de vie. En d’autres termes, cela dépendra de la découverte du champ de service dans lequel il sera le plus utile pour l’humanité dans son ensemble ainsi que de sa capacité de maintenir le trône de la Divinité dans son propre cœur si une plus grande opportunité se présentera à lui.

La valeur du disciple accepté et assermenté de la Grande Loge Blanche est déterminée rapidement et de façon très précise en ces temps de séparation. Métaphoriquement, la hauteur, la profondeur et le poids de chacun est déterminé par la mesure du développement atteint, particulièrement en ce qui concerne les pouvoirs de « perspicacité », de «persévérance » et de « service ». La rapidité avec laquelle ce disciple – puis un autre – pourrait dégringoler la colline serait un spectacle pitoyable pour l’observateur ordinaire qui serait incapable de comprendre que c’est le pouvoir moteur de l’égoïsme seul qui a précipité sa victime du sommet de la colline jusque dans la plaine du dessous, mais que cette plaine était auparavant son habitat naturel et qu’elle continuera de l’être jusqu’à ce qu’il développe une stabilité et un dessein suffisants pour se maintenir de nouveau sur la colline.

Mis à part l’égoïsme, l’indolence et l’instabilité, il n’existe pas de qualité aussi susceptible de conduire l’homme à chuter que l’égotisme. Aucune forme n’est plus rapidement désintégrée que celle construite au moyen d’un égotisme exagéré et d’un soi plein de ses propres vertus.

L’humanité est lente à apprendre que la valeur d’un homme est mesurée par la Divinité ainsi que par les Serviteurs de la Divinité, et transmise à la conscience de chaque homme qui a réussi à atteindre le sommet ne serait-ce que d’une seule colline de la vie. Seuls ceux qui restent attachés à la plaine du dessous – le plan de leurs propres passions et désirs – peuvent être trompés par l’égotisme, ceci seulement en raison du fait qu’ils sont englués dans une toile d’ingratitude, de désobéissance et d’égoïsme semblable à celle qui fait de l’égotiste ce qu’il est, c’est-à-dire son propre prisonnier.

HILARION - Temple 2 - Leçon 150
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