LA TRANSMUTATION

En dépit des efforts du clergé catholique pour clarifier la doctrine de la transmutation, c’est-à-dire la transmutation du pain et du vin en corps et sang du Maître Jésus, le laïc moyen trouve très difficile de comprendre le processus ou d’accepter ce qui semble un miracle.

Comme cette doctrine est fondée sur l’action d’une grande loi naturelle, et que les membres du Temple sont aussi fortement préoccupés des effets de cette loi que tout groupe de personnes peut possiblement l’être, je vais faire un effort pour vous donner de l’information sur cette transmutation et les phénomènes qui en résultent. Tout occultisme est fondé sur les principes du désir, de la motivation et de la volonté. Ces trois formes d’énergie deviennent, dans l’action, la lumière, la chaleur et la flamme-père, la mère, le fils-créateur, le destructeur et le conservateur.

Pour comprendre l’aspect supérieur de toute chose ou de toute condition, nous devons examiner l’aspect inférieur de cet objet. En ce qui nous concerne actuellement, ce sera le corps physique, qui est l’aspect négatif du corps spirituel – le fils – le corps christique – le conservateur. Pour que le corps physique puisse être soutenu et préservé, le principe fondamental du désir pousse l’animal à l’action, dans l’objectif (motivation) d’obtenir (de manger) et d’assimiler, à intervalles réguliers, suffisamment de nourriture pour soutenir le corps pendant une période de temps définie. Cette action des forces est devenue presque automatique chez l’homme. Aucun homme sain d’esprit ne pense qu’il peut priver son corps de nourriture et continuer à vivre. Le fait que l’âme de l’homme a besoin de nourriture autant que son corps, et en a également besoin à intervalles précis et en quantité suffisante, n’est pas toujours reconnu ou accepté. En conséquence, dans la majorité des cas, la nourriture est inadéquate, et n’est fournie qu’à des périodes irrégulières. Pour un observateur attentif, le résultat de cette négligence est évident dans les visages et les formes des personnes qu’il rencontre. Dans le cas de la création animale, c’est très différent, parce que, à moins qu’ils ne soient privés de nourriture et de boisson par leurs conditions de vie, ce qu’on appelle l’instinct (et que l’homme a perdu) amène l’animal à utiliser inconsciemment les forces qui correspondent au désir, à la motivation et à la volonté chez l’homme, et l’âme animale se trouve presque automatiquement nourrie. En ce qui concerne l’homme, s’il faisait précéder chaque repas par une expression consciente du désir de recevoir de la nourriture pour son âme, et si, pendant qu’il absorbe cette nourriture, il tournait son esprit vers une motivation plus élevée que la simple satisfaction d’un appétit, et s’il terminait son repas par quelques moments de reconnaissance et de remerciement silencieux, les trois formes d’énergie seraient inévitablement mises en action. En essence, ceci fournirait à son âme la nourriture, la digestion et l’assimilation. La nourriture fournie au corps serait alors bénie, et créerait par conséquent les meilleures conditions de santé, parce que ceci établirait une harmonie entre les forces. « La santé, c’est l’harmonie ».

Souvenez-vous que ce n’est pas la nourriture grossière qui entre dans ce merveilleux réceptacle qu’est l’estomac qui pénètre finalement dans le sang pour nourrir et revitaliser le corps. Cette nourriture est désintégrée, et brassée par l’action des sucs gastriques jusqu’à ce que les vies de feu qui animent la nourriture soient libérées de façon à pouvoir entrer dans le sang. Elles laissent leurs corps (les déchets) partager le sort de toutes les formes extérieures et de tous les états de matière. Chacune des enveloppes de ces vies de feu est liée à un plan ou un état particulier de la matière, qui possède une essence suffisamment fine pour être sous le contrôle de la volonté et de l’esprit.

Si le désir a amené la volonté à déterminer qu’une certaine proportion et une certaine forme des enveloppes de ces vies de feu devaient nourrir l’âme, et que l’esprit a fourni la force dynamique qui a fait prononcer par les lèvres les sons capables de diriger cette essence, rien ne peut empêcher le résultat recherché de se produire. Encore une fois, les mêmes forces ou des forces semblables sont mises en action par le désir, la volonté et l’esprit dans les remerciements qui suivent le repas, et le processus de la digestion et de l’assimilation par l’âme est alors complet. N’oubliez pas que l’Ego est d’abord responsable de prendre de la nourriture dans l’intérêt du corps physique, et qu’il est aussi fortement intéressé à nourrir l’âme. Je ne veux pas laisser entendre que c’est seulement de cette façon que l’âme est nourrie, parce qu’il est dit avec justesse : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient du Père. » Chacun de ces mots est un fils de Dieu, une créature vivante, parce que seule la vie peut soutenir la vie. Comme il n’existe pas de choses mortes, l’âme peut être nourrie par tous ces contacts, si elle est capable de chercher et de trouver cette nourriture.

S’il prend les mots suivants, « Ne vous préoccupez pas de ce que vous allez manger », au sens littéral plutôt qu’au sens figuré comme il le devrait, le croyant orthodoxe moyen ne fait aucun effort pour éveiller en lui le désir, la volonté et l’esprit spirituels avant, pendant et après ses repas. Par conséquent, il ne fournit pas à son âme sa nourriture d’une façon méthodique et périodique. Son âme doit donc se nourrir des miettes qui tombent de la table d’un homme riche – le parfait. Hélas ! même ces miettes sont trop lourdes pour la digestion mentale de l’âme non préparée. Par conséquent, cette âme est trop souvent forcée de se soutenir avec les pelures, les déchets de l’individu mondain, égoïste et intéressé qui a jeté des aliments sans prix parce qu’il n’avait pas d’âme à nourrir et qu’il ne se préoccupait pas de l’âme des autres. Ah ! quelle pitié infinie, quel malheur cosmique ! La cuisine du monde prépare chaque jour des repas qui pourraient nourrir, revigorer et revitaliser les millions d’âmes humaines qui se laissent mourir de faim, les âmes écrasées, à moitié développées, torturées, tentées, à la volonté brisée – qui quittent chaque jour l’incarnation alors qu’il y a de la manne en grande quantité, et par conséquent de la vie pour tous.

Une personne qui reconnaît la nécessité de nourrir son âme, et qui établit une façon méthodique et périodique de le faire, en obtenant et en utilisant les symboles extérieurs de cette nourriture et en éveillant l’énergie du son à l’aide d’un rituel verbal, emmagasine littéralement des trésors dans le ciel et aide à créer une structure éternelle dans laquelle et à travers laquelle son Ego pourra fonctionner lorsque sa forme extérieure sera devenue de la poussière et des cendres.

Divers aliments et boissons contiennent davantage et une meilleure qualité de ces vies de feu que d’autres. Parmi ceux-ci, on compte le blé, le vin et l’eau. Ces aliments sont plus facilement désintégrés et assimilés. Par conséquent, leurs vies de feu sont plus rapidement et plus complètement détachées de leurs liens avec les formes plus brutes de la matière et plus facilement digérées par les sucs gastriques.

Ce que j’ai dit peut sembler décrire la dégradation d’une grande idée spirituelle. Mais plutôt que de vous encourager à déprécier ou à rabaisser un idéal, je préférerais vous aider à élever tous vos idéaux, et voir à ce que la loi naturelle dirige et l’esprit et la matière.

Il n’existe pas de fonction plus sainte que celle de fournir de la nourriture au corps. Il est impossible de concevoir un processus plus dégradant que celui de remplir son estomac uniquement pour satisfaire son appétit.

HILARION - Temple 1 - Leçon 59
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